L’exécutif fait flèche de tout bois pour renouer avec les collectivités
Changement de ton et de méthode: l'exécutif ne ménage pas sa peine depuis dix mois pour tenter d'effacer la brouille initiale...

L’exécutif fait flèche de tout bois pour renouer avec les collectivités

Changement de ton et de méthode: l'exécutif ne ménage pas sa peine depuis dix mois pour tenter d'effacer la brouille initiale...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Changement de ton et de méthode: l'exécutif ne ménage pas sa peine depuis dix mois pour tenter d'effacer la brouille initiale avec les collectivités territoriales, en portant mercredi l'offensive sur les conditions d'exercice du mandat de maire qu'un projet de loi doit améliorer.

C’était y a tout juste deux ans, le 17 juillet 2017. Ce jour-là, Emmanuel Macron inaugurait en grandes pompes au Sénat la première "Conférence nationale des territoires", plateforme de dialogue entre l'Etat et les représentants d'élus, censée établir une relation de confiance. Mais l'initiative a rapidement déraillé...

"Trois jours après, pan, coup de rabot sur les collectivités", se souvient une source gouvernementale, en référence à une coupe de 300 millions d'euros, à laquelle se sont superposées d'autres sources de crispations (suppression d'emplois aidés, baisse des APL, communication autour de la suppression de la taxe d'habitation...).

"Et tout cela un mois et demi avant les sénatoriales", se désespère le même responsable, en visant autant "la technostructure de Bercy et Matignon" que le manque de culture des territoires de la garde rapprochée d'Emmanuel Macron.

24 mois plus tard, "la confiance est en train de revenir. C'est un travail de longue haleine", souligne auprès de l'AFP la ministre de la Cohésion des territoires Jacqueline Gourault.

"Il y a sûrement eu des maladresses de l'Etat d'un côté et probablement des postures de l'autre", ajoute l'élue MoDem qui fut maire, conseillère départementale et régionale, sénatrice...

Car entre-temps, l'exécutif a vu ses relations rapidement se détériorer avec les trois principales associations d'élus représentant les maires (AMF), les départements (ADF) et les régions (ARF). En leur sein, "Les Républicains et le Parti socialiste sont à la manœuvre, en co-gestion, et ont parfois le sentiment que c'est la seule chose qu'il leur reste et que c'est de là qu'ils se rebâtiront, qu'ils pourront faire chuter la majorité", grince un membre de l'exécutif.

Ces relations délétères ont atteint leur apogée en juillet 2018, quand ces associations ont décidé de boycotter la dernière CNT en date. Amenant le gouvernement à revoir sa stratégie, après avoir pris conscience "que c'était compliqué de mener une politique nationale si elle n'est pas relayée et mise en œuvre en partenariat avec les collectivités", dixit un ministre.

A la faveur d'un remaniement en octobre 2018, le ministère de la Cohésion des Territoires a été reparamétré pour y inclure le suivi des collectivités locales. Une tâche attribuée au jeune mais déjà expérimenté secrétaire d'Etat Sébastien Lecornu, issu de LR, épaulé dans cette mission rabibochage par le secrétaire d'Etat à Bercy Olivier Dussopt, ex PS.

- "Preuves d'amour" -

Trois sillons ont été creusés, détaille-t-on au sein du gouvernement. "Diversification des interlocuteurs", en s'appuyant sur d'autres associations d'élus ; "plus de concertations" dans l'élaboration des textes, comme la réforme de la fonction publique ; "lien direct" avec les élus, à la faveur des déplacements des ministres.

Sur ce point, les deux têtes de l'exécutif ont "mouillé la chemise", dixit un ministre. Le grand débat qui a suivi la crise des "gilets jaunes" a vu Emmanuel Macron multiplier les interventions de plusieurs heures auprès des élus.

Moins démonstratif, Edouard Philippe a reçu par brassées des maires de droite et de gauche à Matignon, avec dans un coin de la tête la préparation des élections municipales. Et il vante à tout crin les mérites du programme de revitalisation "Action coeur de ville" ou le succès revendiqué des "contrats de maîtrise de la dépense publique" passés avec les collectivités.

Le projet de loi présenté mercredi par M. Lecornu destiné aux maires, et celui portant sur la "décentralisation et différenciation" préparé par Mme Gourault pour le premier semestre 2020, doivent permettre de poursuivre cette reprise de contact.

"Toutes ces actions très concrètes en direction des territoires (...) montrent qu'il y a véritablement un acte II qui s'ouvre dans nos relations avec les collectivités territoriales", a estimé la ministre : "C'est-à-dire un climat de confiance, de responsabilité, c'était une évolution nécessaire".

Du côté des élus, "on a vu qu'il y a eu un changement de pied", confirme à l'AFP le président de l'Association des petites villes Christophe Bouillon. "On commence à avoir quelques preuves d'amour, on ne peut pas les rejeter, mais il faut encore attendre que l'ensemble du paysage apparaisse pour dire si on a été compris", insiste-t-il.

Partager cet article

Dans la même thématique

Blois: Socialist Party figure at the Socialist Party summer camp
4min

Politique

Sénatoriales : après l’aval des socialistes en Seine-Maritime, l’accord national PS-Ecologistes n’est plus menacé

L’accord national entre les socialistes et les écologistes pour les sénatoriales a failli partir à vau-l’eau. Les réticences de la fédération PS de Seine-Maritime pour céder la deuxième place à une écologiste ont entraîné un bras de fer entre Verts et Roses. Bras de fer qui s’est soldé par un retour au calme et un gentlemen’s agreement entre les deux parties.

Le

Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
8min

Politique

Présidentielle : Sarah Knafo, une campagne peut en cacher une autre

À quelques mois de la présidentielle de 2027, Sarah Knafo s’impose comme l’un des visages les plus en vue de Reconquête !. Omniprésente dans les médias, en librairie le 2 septembre avec « Le Casse du siècle », l’eurodéputée de 33 ans assure pourtant qu’Éric Zemmour reste le « candidat naturel » du parti. Une complémentarité revendiquée entre les deux, mais qui nourrit inévitablement une question, derrière la campagne de Éric Zemmour, Sarah Knafo prépare-t-elle aussi la sienne ?

Le

Bapteme du grand amphitheatre du ministere des Armees du nom de Pierre Messmer.
4min

Politique

Mort d’Édouard Balladur : « Serviteur exigeant de la France » pour Emmanuel Macron, « un mentor », salue Nicolas Sarkozy

L’ancien Premier ministre Édouard Balladur, rival honni de Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle de 1995, est décédé, lundi soir, à l’âge de 97 ans. « Un serviteur exigeant » pour la France », a salué Emmanuel Macron. « Un exemple, un mentor et un ami », pour Nicolas Sarkozy. De nombreux hommages lui ont été rendus de la part des responsables politiques.

Le