L’histoire du combat des maires en 6 dates

L’histoire du combat des maires en 6 dates

Relais de l’état, super « assistante sociale », ou encore promoteur immobilier, le maire est tout à la fois. À l’occasion du 100e Congrès des maires de France, retour sur le rôle d’un élu à part et très apprécié des Français : le maire. De la manifestation des maires contre l’ingérence de l’État dans les finances communales dès 1953, à la lutte de certains élus contre la fermeture des services publics dans les zones peu denses durant les années 2000, les 36 000 maires ont toujours défendu une certaine organisation de la France.
Public Sénat

Par Priscillia Abereko

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1947, la figure du maire rural
En 1947, le maire est d’abord un paysan au milieu des paysans. Il mène la même vie qu’eux, partage leur peine et leurs soucis. Un peu le père, un peu le patron, un peu le guide. C’est en cela que réside la force du maire : sa proximité avec ses habitants. Pour le Président de l’association des maires de France, François Baroin : « c'est tellement vrai » et même si « il existe encore ce maire, mais je ne sais pas si on le dirait comme ça, mais un guide on ne dit plus ça aujourd’hui (…) », mais « le maire est au point de départ de l’existence et il est aussi à la fin malheureusement lorsqu’un deuil frappe une famille. (…) Il est aux côtés de chacune des vies qui composent cette communauté locale. Au fond c’est la petite patrie, la commune ».

1953, la mobilisation des maires
En 1953, les maires donnent de la voix. Réunis pour leur 38ème congrès à l’Hôtel de ville de Paris, les maires de France descendent dans la rue contre l’ingérence de l’État dans les finances communales. Pour Jean Dumonteil, journaliste et directeur de la revue La Lettre du Secteur Public ce n’est pas la première fois que les communes et l’État s’opposent sur ce sujet. Mieux en 1907 c’est déjà la suppression d’une fiscalité propre aux communes : l’octroi, qui est à l’origine de la création de l’association : « Il s’agissait de supprimer l’octroi, cela représentait trois cinquième de la fiscalité pour les grandes villes. En 1953, ils ont toutes les raisons d’être furieux. Il y a trois décrets qui sont parus dont un, qui demande aux fonctionnaires des finances d’agir en opportunité sur les dépenses des communes ».

Cet éternel combat a toutefois évolué ces dernières années au regard de la loi. François Baroin l’atteste, « la grande différence entre les années 50 à 70 et depuis 1982 les lois de décentralisation, c’est que la Constitution de notre loi fondamentale garantie la libre administration des collectivités locales ».

1970, l’affaire du 5-7
Dans les années 60, les maires prennent davantage de responsabilités. Désormais, ce sont eux qui sont mis en cause en cas de catastrophes, de problèmes graves. L’affaire du 5-7 en est le parfait exemple. En 1970, à Saint-Laurent-du-Pont, la boîte de nuit « 5-7 » brûle : 146 personnes meurent. Très rapidement, le maire de la ville, M. Perrin est poursuivi. Une véritable prise de conscience s’opère alors. Pour Jean Dumonteil, à la suite de cet incident, « les maires vont se mobiliser. Ça sera un long combat pour obtenir de nouvelles lois. (…) Le sénateur Fauchon va aboutir à une loi sur la responsabilité pénale des décideurs publics ».

Une responsabilité qui reste encore aujourd’hui au cœur des préoccupations des élus, pour François Baroin, lui-même déjà poursuivi en tant que maire de Troyes : « l’État définit un périmètre, un cadre général et ensuite dégage sa responsabilité. La loi telle qu’elle a été faite dit : voila maintenant le périmètre, à vous de trouver les financements et si cela se passe mal c’est vous qui irez en prison (…) On essaye de mettre en place des structures de décision qui fait qu’on se rapproche le plus possible du zéro risque. Mais le zéro risque n’existe pas. Cela fait partie de l’exercice de la responsabilité. On ne peut pas dire, je suis maire j’incarne et je n’accepte pas le principe de responsabilité. Cette responsabilité est pour certains écrasante et elle est pour tous un sujet de préoccupation ».

1977, Jacques Chirac maire de Paris
À partir de 1975, le maire de Paris est élu au suffrage universel direct. Deux ans plus tard, Jacques Chirac remporte les municipales. Il est le premier maire de Paris, après la réforme du statut du maire de la capitale en 1975. Cette élection marque le début de la transformation du rôle du maire : désormais ses pouvoirs deviennent plus importants que ceux du préfet.

Un changement considérable pour François Baroin dans la mesure où « la ville dans le statut PLM (Paris-Lyon-Marseille) devient également département. Ce sont les deux missions avec l’exercice des responsabilités conjointes, la proximité et le domaine social. Maintenant les débats ont toujours existé entre la ville de Paris et l’État, notamment sur la problématique de la sécurité, car le préfet de police dans sa spécificité a la prérogative régalienne où la maîtrise de l’ordre public se confond aussi avec la tranquillité du voisinage dont c’est normalement la responsabilité juridique du maire ».

Les lois de 1982 sur la décentralisation "change tout" pour les maires selon Jean Dumonteil
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1982, les maires favorables à la décentralisation
En 1982, les maires sont favorables à la décentralisation. Cette loi permet un allégement de la tutelle de l’État envers les maires Un réel changement pour Jean Dumonteil, « c’est là qu’on voit des gens qui mettent en œuvre leur projet de territoire, des projets de développement. C’est vraiment là que concrètement se fait l’organisation décentralisée de la France consacrée par la suite avec la réforme constitutionnelle acte II de la décentralisation de Raffarin ».

Une liberté accrue mais des moyens limités. Pour François Baroin,  « cela s’est aggravé puisqu’années après années, l’État n’ayant plus les moyens ni humain ni financier d’assumer telle ou telle responsabilité, transfert des compétences et censé transférer des moyens (…) La période entre 1982 et aujourd’hui, c’est une période où on a plus de liberté certes mais plus de compétences et moins de moyens financiers ».

1998, la crise des vocations des maires
En 1998, face aux charges nouvelles et à l’excès de responsabilités, les maires font face à une crise des vocations. Ras-le-bol général, charge de travail importante, démissions à répétition… les maires sont dans tous leurs états. Dans les Vosges, cette crise prend une tournure inquiétante : chaque mois, c’est un maire qui rend son écharpe tricolore. Pour Jean Dumonteil, « c’est un sujet récurrent. Effectivement, c’est compliqué, il y a des gens qui découvrent que ce mandat ce n’est pas la facilité. Il ne s’agit pas d’avoir que des honneurs. Aujourd’hui le maire est en première ligne dans toute la crise sociale. Il y a toujours des vocations, il y a des démissions, peut être un peu plus en ce moment ».

Une fonction dure, mais que beaucoup d’élus privilégient encore. Pour François Baroin, « ce n’est pas absurde que beaucoup d’élus qui ont des responsabilités nationales au fond préfèrent l’intérêt de la mission ».

 

Bibliographie :

  • Une histoire de France par les villes et les villages, de François Baroin, éd Albin Michel
  • Paysages français – une aventure photographique 1984-2017, Bnf éditions

 

Retrouvez l'intégralité de l'émission présentée par Fabrice d'Almeida, samedi à 8h30 et 15h30, dimanche à 12h et lundi à 23h.

 

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