“L’illusion nationale”, roman photo pour “comprendre les électeurs FN”

“L’illusion nationale”, roman photo pour “comprendre les électeurs FN”

En publiant un roman-photo, fruit de deux années d'enquête dans trois villes Front national - Beaucaire, Hénin-Beaumont et...
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En publiant un roman-photo, fruit de deux années d'enquête dans trois villes Front national - Beaucaire, Hénin-Beaumont et Hayange -, Valérie Igounet, historienne, et Vincent Jarousseau, photographe, veulent "donner à comprendre ces personnes que l'on n'entend jamais, les écouter".

Question: Pourquoi ce livre ?

Réponse: Ce qu'on voulait surtout, c'est donner à comprendre, montrer ces personnes que l'on n'entend jamais, les écouter, et pourquoi pas les comprendre. Comprendre pourquoi elles votent Front national, c'est tout. Et dans le livre, chacun donne ses raisons. Il y des thématiques communes, qui rejoignent le logiciel du Front national, et puis après chaque personne répond aussi par rapport à ce qu'elle est. Il y a quelque chose qui est essentiel: on voit que - et cela fait 20 ans que je travaille sur ce parti - depuis que Marine Le Pen en est présidente, il y a vraiment une libération de la parole. Les gens en parlent beaucoup plus facilement, et c'est vrai que ce parti pourrait être en passe de se banaliser, au moins aux yeux de ses électeurs.

Q: A qui vous adressez-vous à travers ce roman-photo ?

R: A tout le monde. Je pense que c'est une lecture instructive. Parce qu'il n’y a pas une approche manichéenne dans ce livre. Le propos, ce n’est pas "le Front national c’est mal", ou "F comme fachiste, N comme nazi", c’est tout le contraire.

L’autre jour, je discutais avec un ex-élu FN de Hayange, toujours élu mais en indépendant maintenant. Il me racontait qu’il est allé voter à la primaire socialiste, et l'homme qui présidait le bureau de vote lui a dit: "Toi je ne te sers pas la main, sors d’ici". Moi, je dis: "Cette personne qui préside le bureau de vote n’a strictement rien compris. Polariser les camps à outrance, ça ne sert à rien, convaincre les convaincus, ça ne sert à rien. Je parle de lui, mais ça pourrait être beaucoup d’électeurs du Front national. Dans certains cas, dans la manière dont on parle aux gens, on ne fait que les conforter.

Y compris dans le traitement médiatique du FN: pendant que je travaillais, il m’est arrivé de voir des sujets où on moquait tout ce qui ne ressemblait pas à un urbain en Stan Smith un peu éduqué. Ce sont des approches qui ne servent à rien, et qui au contraire ne font qu’accélérer le phénomène. Je ne les accuse pas, mais ça ne sert à rien.

Q: On considère souvent le vote FN comme un vote de rejet. Qu'avez-vous ressenti pendant votre enquête ?

R: On a dans le panel des électeurs des personnes qui votent vraiment par adhésion, et on en a qui votent aujourd’hui par adhésion, mais auparavant par rejet. Ce qui est étonnant pour moi, ce sont ces personnes qui ont voté Hollande en 2012, qui étaient des électeurs de gauche et l’assumaient totalement, et qui ont basculé. Et ce basculement les a totalement embarqués dans des thématiques du FN. Tout de suite, immédiatement, ils revendiquent haut et fort le nationalisme exacerbé, la priorité nationale, la charte des migrants etc. C’est pour moi le plus étonnant. Ils sont xénophobes et l’assument totalement. Ce discours qu’on entend, "pourquoi eux et pas nous alors que nous on trime", est prégnant chez eux.

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