L’ouverture de l’assurance chômage aux démissionnaires sera très encadrée
Dans Le Parisien, la ministre du Travail a présenté ce vendredi les mesures retenues dans la réforme de l’assurance chômage, après six semaines de négociations entre les partenaires sociaux. Le droit aux allocations-chômage sera étendu aux démissionnaires, mais sous des conditions restrictives : seulement 30.000 personnes pourraient en bénéficier.

L’ouverture de l’assurance chômage aux démissionnaires sera très encadrée

Dans Le Parisien, la ministre du Travail a présenté ce vendredi les mesures retenues dans la réforme de l’assurance chômage, après six semaines de négociations entre les partenaires sociaux. Le droit aux allocations-chômage sera étendu aux démissionnaires, mais sous des conditions restrictives : seulement 30.000 personnes pourraient en bénéficier.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

On en sait un peu plus sur la réforme de l’assurance chômage, l’un des trois volets qui composeront le projet de loi présenté en Conseil des ministres à la mi-avril, avec celui de l’apprentissage (relire notre article) et celui de la formation professionnelle (dévoilé lundi). Le texte pourrait être baptisé « pour la liberté de choisir son avenir professionnel ».

En ajoutant à ces trois chantiers les ordonnances « réformant le dialogue social », adoptées à l’été 2017, la ministre du Travail évoque dans le Parisien ce vendredi les « quatre piliers de la flexisécurité française » (une notion qui combine flexibilité du marché du travail et sécurité des actifs).

Muriel Pénicaud, qui annonce que le texte ne fera pas, cette fois, l’objet d’ordonnances, affirme que le gouvernement est « en phase avec le texte de l’accord », conclu le 22 février entre syndicats et patronat, après six semaines de discussions. Plusieurs syndicats conditionnent néanmoins leur signature aux arbitrages du gouvernement. La CFDT attend notamment de l’exécutif qu’il respecte « l’équilibre du texte ».

Les démissionnaires couverts par l’assurance chômage (sous conditions)

Parmi la création de « nouveaux droits» : l’extension aux démissionnaires des allocations-chômage. Ce droit existe déjà dans une quinzaine de situations précises : c’est notamment le cas des salariés qui quittent leur entreprise, pour suivre leur conjoint(e) qui a été muté(e).

L’élargissement de ce droit à tous les salariés était une promesse de campagne d’Emmanuel Macron, accueillie avec de sérieuses réserves de la part des partenaires sociaux, qui craignaient une dégradation des comptes de l’Unedic, l’organisme qui gère l’assurance chômage. Les syndicats ont obtenu gain de cause : ces démissionnaires auront la même durée d’indemnisation que les autres, à savoir deux ans (trois dans le cas des séniors). La ministre n’a cependant rien indiqué sur le montant de celle-ci.

Les conditions d’éligibilité seront strictes. Le gouvernement veut limiter la possibilité d’user ce droit une fois tous les cinq ans. Et le salarié devra présenter obligatoirement un projet professionnel qui devra être « vérifié » au préalable par une instance. Libération ajoute que le projet du salarié devra même répondre « aux besoins du marché ».

Selon la ministre, qui insiste sur la nécessité de « bien informer » les salariés en amont, entre 20.000 et 30.000 personnes pourraient être concernées chaque année.

De leur côté, les partenaires sociaux ont proposé de conditionner le droit à une ancienneté dans l’emploi de sept années.

Ce point majeur de la réforme, selon le calcul des syndicats, impliquerait un surcoût de 180 millions d’euros pour l’Unedic. Avec l’abaissement à 5 ans du gouvernement, « quelques dizaines de millions d’euros supplémentaires » s’ajouteraient, estime Muriel Pénicaud. « Sur un budget global de 33 milliards d’euros, ça ne change pas la dimension du sujet. »

Les indépendants indemnisés sous un régime différent

Autre promesse présidentielle à traduire dans la réforme : l’indemnisation chômage des indépendants qui cesseraient leur activité. Le projet du gouvernement prévoit le versement de 800 euros, pendant six mois, pour les indépendants en liquidation judiciaire et qui avaient un bénéfice annuel « autour de 10.000 euros ». « C’est un signal fort que nous envoyons à tous ceux qui ont le courage et l’envie de se lancer », selon la ministre citée par Le Parisien. Notons qu’en 2016, le montant de l’allocation-chômage moyenne atteignait 1.010 euros nets.

En revanche, l’Unedic, dont les comptes devraient retrouver l’équilibre l’an prochain, ne devrait pas intervenir dans le financement de la mesure. Selon la ministre, le nouveau droit sera financé par les recettes de la CSG.

Limiter le recours aux contrats courts

La lutte contre les contrats courts (CDD, intérim), qui représentent 90% des recrutements selon les chiffres du gouvernement, est renvoyée aux branches professionnelles, qui négocieront chacune jusqu’en décembre pour se fixer des « objectifs quantitatifs et qualificatifs ». En cas de résultats non satisfaisants, le gouvernement menace à nouveau de dégainer son système de bonus-malus, qui n’a pas du tout les faveurs du patronat. Les modalités n’en sont pas précisées mais Muriel Pénicaud a prévenu que cette possibilité serait inscrite dans le projet de loi.

Sanctions et gouvernance : des questions reportées

Signe que ces deux sujets sont sensibles, la question du mécanisme des sanctions des chômeurs – alors que le gouvernement veut intensifier les contrôles – et de la gouvernance du système de l’assurance chômage seront abordées lors d’une discussion ultérieure en mars entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Ces réunions devront notamment définir ce qu’est une « offre raisonnable d’emploi ».

Les réflexions autour de la gestion du système de l’assurance chômage ne s’annoncent pas moins explosives : l’exécutif entend faire intervenir l’État dans le giron de l’Unedic, qui est jusqu’à présent géré de manière paritaire par les syndicats et le patronat.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: S. Lecornu protection debat democratique contre les ingerences
6min

Politique

Budget, fin de vie, crises, tests antidrogue et ambitions : retour sur une année de gouvernement Lecornu

Le premier ministre souffle en toute discrétion sa première bougie à Matignon. Après un faux-départ, il a réussi à faire adopter le budget 2026, ce qui était loin d’être acquis. Mais impossible de lancer de grandes réformes, à l’exception de l’adoption, malgré l’absence de majorité absolue, du texte sur la fin de vie. Quant à l’idée d’être le recours de son camp pour 2027, il l’écarte. S’il passe l’écueil du dernier budget, il pourrait aller au bout du quinquennat.

Le

Paris: Crisis meeting at Elysee Palace with Macron and leaders of the majority
10min

Politique

Sénatoriales : confiants, Les Indépendants, à majorité Horizons, sont prêts à se rapprocher de la majorité de Gérard Larcher

Avec 20 sénateurs, dont 11 Horizons, le groupe des Indépendants espère « gagner des sièges » lors des sénatoriales, avance son président, Claude Malhuret. Avant de faire partie intégrante de la majorité sénatoriale ? Les choses dépendront des rapports de force au Sénat et de la présidentielle. Mais en Seine-Maritime, département d’Edouard Philippe, comme en Vendée, où Bruno Retailleau est candidat, Horizons et LR font déjà l’union.

Le

Blois: Political figure at summer convention campusPS.
6min

Politique

François Ruffin tenté par la primaire du PS, mais rabroué par Raphaël Glucksmann : que disent les règles de participation à ce scrutin ?

François Ruffin espère participer à la primaire co-organisée par le Parti socialiste, une idée que laisse prospérer Olivier Faure, le Premier secrétaire du PS. Présenté comme le favori de cette primaire, Raphaël Glucksmann défend le mode d'organisation actuel, et rappelle que le principe d’un scrutin limité à l’arc social-démocrate a été validé par un vote des militants socialistes.

Le

« Vraie fébrilité », « gigantesque mascarade » : la réaction de Sébastien Lecornu après les fuites sur le budget peine à convaincre au Sénat
7min

Politique

« Vraie fébrilité », « gigantesque mascarade » : la contre-attaque de Sébastien Lecornu, après les fuites sur le budget, interpelle au Sénat

La saisine de la procureure de Paris, après la divulgation dans la presse de pistes de travail, non arbitrées, sur la taxation de l’épargne salariale, a surpris au sein de la commission des finances du Sénat. Plusieurs sénateurs n’adhérent pas à la version de fuites qui auraient échappé au contrôle du gouvernement.

Le