La baisse « spectaculaire » du nombre de détenus « a facilité la maîtrise de l’épidémie en détention », note un rapport sénatorial
Depuis le 17 mars, la situation dans les prisons était particulièrement inquiétante. Mais avec la réduction des crimes et délits liée au confinement, l’arrêt des tribunaux et les libérations anticipées, la pression est restée « limitée ». Selon les sénateurs de la Commission des lois, la situation sanitaire semble aujourd’hui sous-contrôle.

La baisse « spectaculaire » du nombre de détenus « a facilité la maîtrise de l’épidémie en détention », note un rapport sénatorial

Depuis le 17 mars, la situation dans les prisons était particulièrement inquiétante. Mais avec la réduction des crimes et délits liée au confinement, l’arrêt des tribunaux et les libérations anticipées, la pression est restée « limitée ». Selon les sénateurs de la Commission des lois, la situation sanitaire semble aujourd’hui sous-contrôle.
Quentin Calmet

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La baisse est historique. Depuis le début de l’état d’urgence sanitaire, les effectifs des prisons françaises ont diminué de 15%, « ce qui est sans précédent dans l’histoire récente de l’administration pénitentiaire », note un rapport sénatorial publié mercredi 29 avril 2020Au dernier décompte, la population carcérale a diminué de 11 500 détenus depuis le début de l’état d’urgence sanitaire. « Le taux d'occupation moyen des prisons est désormais inférieur à 100% des capacités », a expliqué Nicole Belloubet au Monde, dans son édition datée du 30 avril 2020Ces chiffres sont principalement liés à trois facteurs : la baisse de la délinquance depuis le début du confinement, la « mise en sommeil » des juridictions et les libérations anticipées pour les détenus en fin de peine.

Vives inquiétudes en début de crise

Cette baisse du nombre de détenus « a certainement facilité la maîtrise de l’épidémie en détention », analyse le rapport sénatorial qui rappelle les fortes inquiétudes autour des prisons en début de crise du coronavirus. En effet, la réduction du nombre de détenus par cellule a facilité le travail des personnels, désormais tous équipés de masques, tout en diminuant le risque de contaminations à l’intérieur des établissements pénitentiaires. Le rapport cite la prison de Bordeaux-Gradignan, où « 45 à 50 détenus » dormaient sur des matelas à même le sol, en début de crise, « ce qui conduisait à faire cohabiter trois détenus dans une cellule de moins de neuf mètres carrés ». Grâce à la diminution de la surpopulation carcérale, ce cas de figure ne concerne plus aucun détenu à ce jour, notent les sénateurs.

Crise sanitaire « limitée »

Sur le plan sanitaire, la crise dans les lieux de privation de liberté est restée « limitée », dixit le rapport. « Le problème sanitaire a été contenu de manière très satisfaisante », ajoute Nathalie Delattre, sénatrice du Mouvement radical, et qui a co-signé ce volet du rapport.

Les sénateurs retracent l’évolution du nombre de cas avec plusieurs sources. Tout d’abord, selon l’administration pénitentiaire, au 14 avril, on comptait « 65 membres du personnel testés positifs au covid-19 et de 465 autres présentant des symptômes. Chez les détenus, on dénombrait, à la même date, 34 contaminations confirmées et 433 personnes présentant des symptômes. » Ces chiffres avaient largement augmenté dix jours plus tard. Le 24 avril, Adeline Azan, la contrôleure des lieux de privation de liberté, mentionne alors 250 cas de covid-19 chez les agents de l’administration pénitentiaire et 101 chez les détenus. Cette évolution en dix jours pourrait être liée soit à la hausse du nombre de contaminations, soit à l’augmentation du nombre de tests, notent les rapporteurs de la Commission des lois du Sénat.

La contamination des personnels et des détenus reste cependant contenue, et notamment grâce à la décision de l’administration pénitentiaire de suspendre les parloirs et les activités menées par des personnes extérieures aux prisons. Cette décision est entrée en vigueur dès le 17 mars.

Tensions dans les prisons

Avec les mesures de confinement, les craintes étaient vives. Plusieurs mouvements de violences ont suivi l’annonce de la suspension des visites, mais, à part à la prison d’Uzerches, en Corrèze, les sénateurs n’ont répertorié au total qu’une douzaine d’incidents mineurs dans les prisons. « Il y a apaisement global », analyse Nathalie Delattre. Fin mars, une ordonnance a exclu les participants de mutineries de la liste des bénéficiaires de réductions de peine. Selon le rapport, cette décision, ainsi que la pédagogie autour des mesures de confinement, expliquerait que les tensions soient restées contenues.

Un geste en faveur des détenus

Pour compenser la suspension des parloirs, les détenus ont reçu l’équivalent de 40 euros de communication par mois, « ce qui correspond à onze heures de communication en France métropolitaine vers une ligne fixe et à cinq heures vers un téléphone portable », explicite le rapport. Les sénateurs appellent l’administration pénitentiaire à déplafonner ce montant, « de manière à ce qu’ils puissent conserver un lien fort avec leurs familles. » 

Ce rapport sur les lieux de privation de liberté a été réalisé dans le cadre du comité de suivi de l’état d’urgence sanitaire de la Commission des lois du Sénat. Les sénateurs entendent le poursuivre avec une visite de la prison de Fresnes dans les prochaines semaines. C’est dans ce centre pénitentiaire que l’on compte le seul et unique détenu décédé du covid-19 en France.  

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Lebanon Israel Iran
4min

Politique

Frappes israéliennes à Beyrouth : « Les Libanais ont compris que ce n’était que le début »

L’armée israélienne a annoncé, vendredi matin, qu’elle allait mener de nouvelles frappes contre le Hezbollah sur la banlieue sud de Beyrouth. L’escalade militaire entre Israël et l’Iran s’étend désormais pleinement au Liban. Tatiana Krotoff, journaliste au service international du quotidien francophone libanais, l’Orient du Jour, fait état du choc de la population après l’ordre d’évacuation de la banlieue sud de Beyrouth par l’armée israélienne.

Le

La baisse « spectaculaire » du nombre de détenus « a facilité la maîtrise de l’épidémie en détention », note un rapport sénatorial
3min

Politique

Municipales à Paris : « Ma liste du premier tour sera ma liste du second tour » déclare Emmanuel Grégoire

Invité de la matinale de Public Sénat, le candidat socialiste à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, a réagi aux tensions entre les partis de gauche à l’approche des municipales. Donné en tête des intentions de vote au premier tour par un sondage Ipsos-BVA, il affirme vouloir aborder le scrutin avec une alliance déjà constituée, tout en excluant toute entente avec La France insoumise pour le second tour dans la capitale.

Le

La baisse « spectaculaire » du nombre de détenus « a facilité la maîtrise de l’épidémie en détention », note un rapport sénatorial
5min

Politique

Saint-Etienne : le stade Geoffroy-Guichard et l’AS Saint-Etienne s’invitent dans le débat des municipales

Lors du débat organisé par Public Sénat et TL7, la proposition de vendre le stade Geoffroy Guichard, propriété de la mairie, à l’ASSE a été mise sur la table par le candidat Horizons, Eric Le Jaouen. Les huit candidats sont aussi revenus sur l’affaire Perdriau, qui a vu l’ancien maire condamné à cinq ans de prison dans une affaire de chantage à la sextape.

Le