La caisse de retraite du secteur de l’énergie redoute une « catastrophe industrielle » dans la mise en œuvre de la réforme
La commission des affaires sociales a entendu le directeur de la Caisse nationale des industries électriques et gazières. Nicolas Mitjavile a émis quelques points d’alerte sur la réforme des retraites, du point de vue de l’intendance ou de l’attractivité du secteur.

La caisse de retraite du secteur de l’énergie redoute une « catastrophe industrielle » dans la mise en œuvre de la réforme

La commission des affaires sociales a entendu le directeur de la Caisse nationale des industries électriques et gazières. Nicolas Mitjavile a émis quelques points d’alerte sur la réforme des retraites, du point de vue de l’intendance ou de l’attractivité du secteur.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Près de 150 000 salariés sont affiliés aujourd’hui à la Caisse nationale des industries électriques et gazières (IEG), et 200 000 retraités en dépendent. Comme d’autres régimes dits spéciaux, le régime des IEG est concerné par la réforme des retraites. Les agents seront affiliés au régime de droit commun pour l’assurance vieillesse, tout en étant régis par les statuts existants. Le projet de loi organise également la fermeture du régime spécial de retraite pour les agents qui seront recrutés à compter du 1er septembre 2023.

Le projet de loi actuellement en discussion au Parlement n’épuise cependant pas la totalité des changements à venir pour cette branche. Le gouvernement souligne la nécessité « à terme de revoir le circuit financier de financement de ces régimes », donnant rendez-vous à l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2024. Sur un aspect purement comptable, les transformations à venir n’effraient pas Nicolas Mitjavile. « Le régime est équilibré. Il l’a toujours été. Il l’est de par la loi, il continuera à l’être », a déclaré le directeur de la Caisse nationale des industries électriques et gazières, auditionné par la commission des affaires sociales du Sénat ce 8 février. « Nous avons un régime qui est très solide, qui restera solide si la réforme est adoptée. »

« N’y pensez pas du point de vue informatique »

Nicolas Mitjavile, qui a notamment travaillé à la direction financière du groupe EDF durant sa carrière, se montre nettement moins serein sur la mise en œuvre de la réforme, côté traitement administratif. « C’est le succès ou l’échec d’une réforme », a-t-il mis en garde. L’application de la réforme dès septembre lui semble prématurée. « N’y pensez pas du point de vue informatique […] Je me permets d’alerter votre commission sur le fait que, si nous allons trop vite, on aura, on peut avoir ce qu’on appelle dans le jargon des informaticiens une catastrophe industrielle. Ça peut ne pas fonctionne tout simplement. Ça peut aussi coûter beaucoup plus cher. »

Voici pour le côté technique et administratif. Nicolas Mitjavile évoque également d’autres enjeux à prendre en considération. La clause du grand-père, c’est-à-dire une application de la réforme aux nouveaux entrants uniquement, va poser des difficultés sur le plan des ressources humaines. « Managérialement, ce n’est pas simple », considère-t-il.

Le directeur veut aussi attirer l’attention du Sénat sur l’attractivité des métiers des industries électriques et gazières. « Il y a une vingtaine d’années, on attirait des talents. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus difficile », insiste-t-il. « Quand on parle d’équité ou pas d’équité des régimes de retraite, il faudrait avoir une vision beaucoup plus générale : les salaires et la couverture sociale. » Le régime des retraites n’est « qu’un élément », selon lui. Passé par le Crédit Lyonnais dans les années 90, Nicolas Mitjavile observe que la couverture sociale des salariés du gaz et de l’électricité est « probablement beaucoup moins bonne que la convention collective des banques » ou « ce qu’on a chez Total ».

Sur le régime de retraite, il rappelle que les dernières réformes ont fait converger le régime des industries électriques et gazières vers le régime général. Ainsi, pour les personnes qui partent sans anticipation, l’âge de départ en moyenne se fait à 62,9, comme dans le régime général. En tenant compte des salariés qui partent par anticipation, il est de 60,4 ans, un peu en dessous de la moyenne. Mais ce décalage est dû, selon lui, à une montée en charge progressive des réformes.

À lire aussi >> Fin du régime spécial de la RATP : en 2026, la compensation de l’Etat devra être « de 1,2 milliard d’euros », selon le responsable de la caisse de retraite

Partager cet article

Dans la même thématique

Presidential candidate Jean-Luc Melenchon gives a press conference in Paris
7min

Politique

Écorégions : Jean-Luc Mélenchon propose de redessiner la carte des régions pour faire de la France « la première République écologique du monde »

En pleine séquence de canicule, le chef de file de La France insoumise relance son projet de « république écologique ». Le candidat à l’élection présidentielle propose, s’il accède à l’Élysée, de remplacer les régions actuelles par treize « écorégions » organisées autour des bassins versants. Une réforme institutionnelle ambitieuse, qui reste à ce stade une proposition de campagne.

Le

Session of questions to the government at the National Assembly
9min

Politique

Main tendue de Laurent Wauquiez à Édouard Philippe : « C'est le retour de la droite la plus bête du monde », tacle le camp de Bruno Retailleau

Dans les colonnes du Figaro, le patron des députés de droite, Laurent Wauquiez semble avoir, une fois de plus, savonné la planche du candidat à la présidentielle de son parti, Bruno Retailleau, estimant, sans le nommer, qu'il devrait « savoir se retirer le plus tôt possible » au profit du candidat le mieux placé pour rassembler la droite et le centre, en l'occurrence Édouard Philippe. Si l'entourage de Laurent Wauquiez dément tout soutien au candidat Horizons, ses propos agacent mais ne surprennent pas vraiment le camp du Vendéen.

Le

La caisse de retraite du secteur de l’énergie redoute une « catastrophe industrielle » dans la mise en œuvre de la réforme
3min

Politique

Loi d’urgence agricole : « Si le Sénat fait le choix de faire capoter le texte, ce sera sa responsabilité », tacle Marc Fesneau, président des députés MoDem

Invité de la matinale de Public Sénat ce jeudi, Marc Fesneau a réaffirmé les lignes rouges de la majorité gouvernementale concernant le projet de loi d’urgence agricole, actuellement examiné au Sénat. La réintroduction de plusieurs pesticides par les sénateurs menace de « faire capoter le texte », qui ne pourra être voté en l’état à l’Assemblée, avertit l’ancien ministre de l’agriculture.

Le