La campagne Le Pen et ses accents identitaires séduisent la droite « hors les murs »
Marine Le Pen mène une campagne aux accents identitaires, insistant sur le "patrimoine immatériel" et la défense de la ...

La campagne Le Pen et ses accents identitaires séduisent la droite « hors les murs »

Marine Le Pen mène une campagne aux accents identitaires, insistant sur le "patrimoine immatériel" et la défense de la ...
Public Sénat

Par Guillaume DAUDIN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Marine Le Pen mène une campagne aux accents identitaires, insistant sur le "patrimoine immatériel" et la défense de la "civilisation" française pour le grand plaisir d'une droite dite "hors les murs", incarnée par Philippe de Villiers ou Patrick Buisson.

C'était le 27 février, devant un Mont-Saint-Michel ensoleillé: la candidate du FN a salué "la grandeur de notre patrimoine (...) notre gastronomie, notre belle langue, nos règles de courtoisie, notre baguette de pain, notre petit café sur le zinc d'un bistrot, tout ce qui fait ce que nous sommes". Et cela se reproduit à chaque discours.

Désormais, même si elle tape toujours sur une Union européenne qui serait "totalitaire", Marine Le Pen adjoint systématiquement "l'identité" à "la souveraineté" comme réponse aux maux touchant la France.

Marine Le Pen, donnée qualifiée pour le second tour dans tous les sondages, insiste beaucoup sur le risque de la perte du patrimoine matériel et immatériel", constate le chercheur Jean-Yves Camus auprès de l'AFP.

"C'est nettement moins centré sur l'euro" que lors de la campagne de 2012, constate Nicolas Lebourg, chercheur à l'Observatoire des radicalités politiques.

Hésitant voire pessimiste avant la campagne, un soutien de Marion Maréchal-Le Pen ne tarit plus d'éloges sur le "très grand pragmatisme" de Marine Le Pen, qui va chercher les voix là où elles sont, "clairement à droite", et essaie de profiter de l'affaiblissement de François Fillon.

La nièce de Marine Le Pen, elle-même, joue le rôle d'appât pour l'électorat droitier face à "l'impasse" Fillon: elle fait le service après-vente du projet, "centré sur l'identité française".

Car pour elle comme pour un certain nombre de frontistes, "la condition de la victoire de Marine Le Pen sera l'alliance du peuple de droite au sens large (...) avec une partie de la droite conservatrice, incarnée notamment par ce que l’on qualifie de droite +hors les murs+".

- 'Tout excès à droite se paiera' -

Et justement, de ce côté-là, le changement de ton de Mme Le Pen lui semble profitable. Nicolas Dupont-Aignan, Henri Guaino, candidats à la présidentielle, ou l'entrepreneur Charles Beigbeder, ne semblent certes pas prêts à franchir le Rubicon, du moins avant le premier tour. "Des trouillards", pour un frontiste.

Mais il se murmure que Philippe de Villiers, figure de cette droite éditoriale qui écoule nombre de livres sur l'identité perdue ou la menace que représenterait l'islam, verrait désormais Mme Le Pen d'un bon oeil. De là à officialiser un soutien en bonne et due forme avant le premier tour? "C'est faux", répond celui-ci à l'AFP, ajoutant n'avoir "rien à dire" sur la campagne de la patronne du FN.

D'autres voix de ce courant se rallient aussi au panache frontiste. Robert Ménard, le maire de Béziers contempteur régulier du FN, n'hésite plus: "la droite sincère doit se retrouver derrière" Marine Le Pen.

Le petit parti Siel, ex-groupuscule frontiste qui a pris son indépendance récemment, s'est lui aussi "satisfait" de "la droitisation récente, au moins apparente, du discours", et appelle à soutenir la candidate.

La dirigeante d'extrême droite a elle tempéré ses critiques contre l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, qualifié en 2014 de "mercenaire avec des méthodes de barbouze" après l'affaire des enregistrements pirates, mais désormais considéré, selon des propos rapportés par Valeurs Actuelles, comme un membre de "cette grande famille de pensée enracinée et patriote".

Le FN a aussi fait "une petite inflexion pro-business", selon un dirigeant, dans les 144 engagements présidentiels dévoilés début février, dans lesquels est la sortie de l'euro --qui ne convainc guère hors du FN-- est devenue "rétablissement d'une monnaie nationale".

Enfin, le FN joue sur les apparences: Florian Philippot, "bras gauche" de Marine Le Pen honni dans la mouvance, est moins au premier plan.

A droite toute, donc? Mme Le Pen préfère elle vanter "la force des équilibres" de son projet à jour. Pour Nicolas Lebourg, le balancier est risqué: "Elle a bien raison pour être première au premier tour, mais tout excès à droite se paiera sur le second tour."

"Il ne faut pas non plus magnifier l'impact" de la droite "hors les murs", renchérit M. Camus.

Partager cet article

Dans la même thématique

La campagne Le Pen et ses accents identitaires séduisent la droite « hors les murs »
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le

La campagne Le Pen et ses accents identitaires séduisent la droite « hors les murs »
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le