La CFDT sous le quinquennat Macron: un rôle à définir
La CFDT a accompagné la plupart des réformes, y compris impopulaires, des précédents gouvernements, au risque d'apparaître comme...

La CFDT sous le quinquennat Macron: un rôle à définir

La CFDT a accompagné la plupart des réformes, y compris impopulaires, des précédents gouvernements, au risque d'apparaître comme...
Public Sénat

Par Bertille OSSEY-WOISARD

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La CFDT a accompagné la plupart des réformes, y compris impopulaires, des précédents gouvernements, au risque d'apparaître comme leur "interlocuteur privilégié". Son rôle reste à définir pendant le quinquennat Macron, mais d'ores et déjà elle multiplie les mises en garde sur la réforme du code du travail.

1995, la CFDT soutient le plan Juppé de réforme de la protection sociale, vilipendé par la CGT et FO et à l'origine d'une crise sociale. Huit ans plus tard, elle signe une autre réforme impopulaire, celle des retraites également présentée par la droite, déclenchant un départ massif d'adhérents.

En 2016, pour la très critiquée loi travail, François Hollande a pu compter, lui aussi, sur l'appui de la CFDT, taxée par ses détracteurs de "relais" du gouvernement après avoir accompagné toutes les réformes sociales du quinquennat. A ses côtés, comme souvent, la CFTC et l'Unsa.

Mais comme pour prendre ses distances avec Emmanuel Macron, pour qui la CFDT a ouvertement appelé à voter afin de faire barrage au Front national, son numéro un, Laurent Berger, multiplie les mises en garde depuis deux semaines.

"Non, la CFDT ne veut pas être un interlocuteur privilégié. Elle est en capacité de contester lorsqu'elle n'est pas d'accord et de s'engager lorsqu'elle est d'accord", souligne-t-il.

L'une des premières réformes promises par le nouveau président va porter sur le code du travail, avec notamment davantage de place donnée à l'accord d'entreprise. Cette philosophie, portée par la CFDT depuis les années 1960, a déjà été mise en application dans la loi El Khomri pour ce qui concerne le temps de travail.

Mais la confédération se montre beaucoup plus critique sur une autre réforme: le plafonnement des indemnités prud'homales, une "ligne rouge" pour elle.

Et la logique même d'une réforme rapide du droit du travail "à la hussarde" hérisse la confédération, qui souhaite également des précisions sur les modalités de l'étatisation de l'assurance chômage et s'inquiète de la suspension du compte pénibilité.

"Le calendrier n'est pas tenable, sauf à passer en force ou de façon superficielle", s'inquiète M. Berger, qui promet qu'il n'y aura "ni complaisance, ni opposition stérile" avec le gouvernement.

- 'Sans l'aval des syndicats' -

Pour Guy Groux, chercheur au centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), il est "impensable de considérer que la CFDT puisse jouer un rôle secondaire ou périphérique si demain il y avait des négociations entre le gouvernement et le syndicalisme".

Mais "est-elle prête à s'engager toute seule? Tout dépendra jusqu'où veut aller le gouvernement dans la libéralisation du marché du travail", ajoute-t-il.

De leur côté, la CGT, FO et Solidaires promettent une mobilisation, après avoir mis des dizaines de milliers de personnes dans les rues en 2016 contre la loi El Khomri.

"Le risque que ces forces parviennent à mobiliser est réel", jugent l'avocat Jacques Barthélémy et l'économiste Gilbert Cette, dans une tribune parue dans le Monde cette semaine.

Dans ce contexte, le gouvernement devra s'appuyer sur "des forces réformistes" et élaborer des compromis: "parmi ces alliés possibles, la CFDT, devenue premier syndicat de France dans le secteur privé, est évidemment incontournable", jugent-ils.

En prenant en compte le secteur public, la CGT demeure la première organisation française.

La nomination de Muriel Pénicaud au ministère du Travail, sur laquelle M. Berger porte une "appréciation très positive", apparaît comme un gage donné par M. Macron.

Mais l'exécutif peut tout aussi bien passer en force sur les réformes sociales, estime Dominique Andolfatto, professeur de sciences politiques.

"La réforme des retraites de 2010 s'est faite sans l'aval des syndicats. Et s'il est clair que Macron escompte un soutien des réformistes, notamment la CFDT mais aussi la CFTC, la CFE-CGC et l'Unsa, il ne veut pas non plus être leur otage", ajoute-t-il.

Les élections législatives s'avèrent un point clé pour l'équipe Macron. "On y verra plus clair avec les rapports de force qui existeront au sein de l'Assemblée nationale. C'est ce qui déterminera la marche à suivre pour le gouvernement et le contenu des ordonnances" réformant le code du travail, souligne M. Groux.

Partager cet article

Dans la même thématique

La CFDT sous le quinquennat Macron: un rôle à définir
3min

Politique

Crise pétrolière : « Avec le transport maritime à la voile on est à 1g de CO2 par tonne de matériel transporté au km » se réjouit cet entrepreneur

Alors que le détroit d’Ormuz est toujours bloqué, et que les prix des hydrocarbures sont toujours au plus haut, certaines solutions de transports maritimes, hier décriées, montrent tout leur intérêt. Avec un taux d’émission de gaz à effet de serre faible et une ressource inépuisable, le transport maritime à la voile développé par une jeune entreprise bretonne a tous les avantages, comme l’explique ce chef d’entreprise dans l’émission « dialogue citoyen » présentée par Quentin Calmet.

Le

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le