La colère de Mélenchon pourrait l’aider dans sa stratégie « dégagiste »
La colère de Jean-Luc Mélenchon contre la justice et les médias après les perquisitions chez LFI a terni son image de "présidentiable" mais peut...

La colère de Mélenchon pourrait l’aider dans sa stratégie « dégagiste »

La colère de Jean-Luc Mélenchon contre la justice et les médias après les perquisitions chez LFI a terni son image de "présidentiable" mais peut...
Public Sénat

Par Baptiste BECQUART

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La colère de Jean-Luc Mélenchon contre la justice et les médias après les perquisitions chez LFI a terni son image de "présidentiable" mais peut, à plus long terme, l'aider dans sa stratégie "dégagiste", selon des analystes.

La matinée de mercredi a concentré tout le problème qu’affronte actuellement La France insoumise (LFI). Jean-Luc Mélenchon tenait pour la première fois une conférence de presse commune avec son nouvel allié Emmanuel Maurel, qui vient de quitter le PS : quelques minutes après, il attaquait une nouvelle fois les médias et se redisait victime d'une "persécution politique".

La belle prise que constituent M. Maurel et la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann est ainsi passée au second plan alors que LFI, consciente du plafond atteint, s'efforce depuis plusieurs mois d'apparaître comme centrale et rassembleuse.

Deux sondages en septembre plaçaient d'ailleurs le mouvement, arrivé quatrième de la présidentielle, plusieurs points au-dessus des autres formations de gauche en vue des élections européennes.

"Un pourcentage important de Français le pensaient proche de leurs préoccupations et aussi détenteur d'une stature de chef d’État", mais la séquence ouverte depuis les perquisitions "marque une rupture radicale avec la possibilité d'élargissement", analyse Gilles Finchelstein, directeur de la Fondation Jean-Jaurès, proche du PS.

De fait, 64% des personnes interrogées pour un sondage Elabe mercredi, et singulièrement 49% de ses électeurs en 2017, se sont dits "choqués" par l'attitude de M. Mélenchon et de ses proches. De surcroît, sa cote d'influence a chuté de 25 à 18%, et en particulier chez les sympathisants de gauche de 82 à 71%, selon une enquête BVA publiée vendredi.

En contestant radicalement -et vertement- l'autorité judiciaire, le pouvoir politique et les médias, Jean-Luc Mélenchon tient coûte que coûte sa ligne "dégagiste", un "populisme de gauche" - selon l'expression de son inspiratrice la philosophe belge Chantal Mouffe - visant à mobiliser les affects en politique du peuple contre une oligarchie.

Mais il "rencontre les limites de cette stratégie", estime Pascal Perrineau, chercheur au Cevipof. "On peut l'appliquer en politique mais quand il s'agit de la justice ça donne l'impression de vouloir échapper à son cheminement inexorable".

Pour le sociologue Dominique Wolton, spécialiste de la communication politique, c'est le dégagisme même qui est risqué. Car si la tendance s'installe durablement, "celui qui fait dégager sera dégagé demain, d'autant que Mélenchon est dans la vie politique depuis des décennies".

- Conquérant ou défensif ? -

Pour le spécialiste de la gauche Philippe Raynaud, Jean-Luc Mélenchon
Pour le spécialiste de la gauche Philippe Raynaud, Jean-Luc Mélenchon "se doit d'être identifié par ses partisans comme le plus ferme, celui qui est le moins dans le système"
AFP/Archives

D'une certaine manière, M. Mélenchon est assigné à cette stratégie, relève le spécialiste de la gauche Philippe Raynaud, professeur à l'université Panthéon-Assas : "Son pari était de récupérer l'électorat de Marine Le Pen, et pour l'instant il n'y est pas arrivé. Du coup, il se doit d'être identifié par ses partisans comme le plus ferme, celui qui est le moins dans le système."

Dans une tribune publiée dans Le Figaro lundi, Arnaud Benedetti, professeur associé à La Sorbonne, mettait cependant en garde: "Passé les premières émotions et réprobations portées par l'instantanéité médiatique, le travail de sape (du "système"), inexorable, continuera sa métastase. C'est ce constat qui fonde le pari de Jean-Luc Mélenchon: le moment est venu d'accélérer dans une atmosphère de décomposition que tout le monde pressent mais n'ose sur le fond reconnaître et regarder en face".

Selon lui, Jean-Luc Mélenchon "ne construit pas sur l'instant mais sur la dynamique dont il estime qu'imprévisible par nature, elle est habitée néanmoins par un rejet grandissant des vieilles structures".

Philippe Raynaud abonde: la stratégie du député des Bouches-du-Rhône ne s'inscrit "pas dans une perspective immédiate ou à court terme de conquête du pouvoir".

Le reste de la gauche elle, contre-attaque, dénonçant des atteintes contre la liberté de la presse et l'indépendance de la justice, et des signes d'union contre Jean-Luc Mélenchon se multiplient. Jeudi soir, l'ex-candidat PS Benoît Hamon (Générations) et Ian Brossat (PCF) se sont rencontrés avant d'assister, au côté de l'essayiste Raphaël Glucksman, à une soirée de lancement d'un "Serment" pour l'accueil des migrants.

Mais M. Mélenchon, observe Pascal Perrineau, peut compter sur le fait que ces "confettis" ont pour l'heure des "capacités de mobilisation populaire extrêmement faibles".

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