La Défenseure des droits constate une hausse des réclamations des usagers liée à la dématérialisation des services publics
Ce mercredi 6 juillet, Claire Hédon a été auditionnée par la commission des lois du Sénat sur le rapport annuel de la Défenseure des droits. La présidente de l’institution alerte sur la distance croissante qui s’installe entre citoyens et institutions, en particulier les citoyens les plus vulnérables. L’année précédente a aussi été marquée par la lutte contre la hausse des discriminations. C’est une nouvelle réussite pour l’institution, qui représente une véritable alternative de résolution des problèmes des usagers des services publics.

La Défenseure des droits constate une hausse des réclamations des usagers liée à la dématérialisation des services publics

Ce mercredi 6 juillet, Claire Hédon a été auditionnée par la commission des lois du Sénat sur le rapport annuel de la Défenseure des droits. La présidente de l’institution alerte sur la distance croissante qui s’installe entre citoyens et institutions, en particulier les citoyens les plus vulnérables. L’année précédente a aussi été marquée par la lutte contre la hausse des discriminations. C’est une nouvelle réussite pour l’institution, qui représente une véritable alternative de résolution des problèmes des usagers des services publics.
Public Sénat

Par Tessa Jupon

Temps de lecture :

6 min

Publié le

L’activité de l’institution croît d’années en années. La Défenseure des droits a traité 115 000 dossiers en 2021, soit une hausse de 18,6 % par rapport à 2020. Le président de la commission des lois du Sénat, François-Noël Buffet, l’affirme dès le début de l’audition, « cette institution a trouvé sa place dans le paysage institutionnel ». Le Défenseur des droits est une autorité constitutionnelle indépendante chargée de veiller au respect des libertés et des droits des citoyens par les administrations et organismes publics. Il comprend près de 550 délégués bénévoles répartis sur l’ensemble du territoire français. Ses délégués accueillent les usagers de l’administration, les informent sur leurs droits et les orientent dans leurs démarches. Le Défenseur des droits est un recours accessible, parfois le dernier, pour les usagers désemparés, pour toute personne rencontrant des difficultés avec les services publics ou victime de discriminations.

 

Les plus touchés sont les plus vulnérables

 

De plus en plus d’usagers, en particulier les plus vulnérables, font face à la déshumanisation et à l’éloignement des services publics. « Les défaillances, obstacles et entraves touchent d’abord les personnes vulnérables », alerte Claire Hédon devant la commission des lois. Face à la marche rapide vers la dématérialisation, ce sont souvent les plus précaires qui n’ont aucun accès aux démarches administratives en ligne. Pour éviter une perte irréversible de confiance des citoyens dans les services publics, pour la Défenseure des droits, il est certain que la transformation numérique doit s’accompagner d’un lien humain. « Remettre de l’humain dans la machine c’est indispensable ». La dématérialisation des démarches administratives a des conséquences sur l’organisation des services publics et notamment le contact des agents avec les usagers : des guichets sont fermés, moins d’employés sont présents aux accueils… L’usager doit de plus en plus compter uniquement sur lui-même.

Les conséquences sur la population se font ressentir. Claire Hédon perçoit régulièrement sur le terrain « le doute, le repli sur soi et la violence » des citoyens délaissés par cette transformation numérique. Selon elle, « l’évolution n’est pas cependant inéluctable, il faut que tous les droits soient garantis ». La Défenseur des droits met en garde les responsables politiques. Pour avancer, « il faut refuser les glissements qui placent les plus vulnérables dans des zones de non-droits ».

 

« Redonner confiance c’est aussi lutter contre les discriminations »

 

Les saisines de l’organisme relatives aux discriminations ont augmenté de 22,2 % entre 2020 et 2021. Une hausse inquiétante qui s’explique en partie par le lancement de la plateforme antidiscriminations.fr qui permet de signaler et sanctionner les discriminations. Depuis le lancement, 17 000 appels et 3 500 discussions instantanées ont été recensés par la structure. « La plateforme est une écoute de qualité faite par nos délégués territoriaux, les appels durent environ 40 minutes. Nos agents prennent vraiment le temps d’échanger ». Un espace pour s’informer, s’exprimer et faire valoir ses droits.

Pour Claire Hédon, des progrès sont encore à faire. La Défenseure des droits formule des recommandations. « La lutte ne peut pas reposer uniquement sur les épaules des victimes, un certain nombre de mesures doivent être mises en œuvre : communiquer sur ces discriminations, créer un fonds de financement des recours collectif, mettre en place de vraies sanctions pour les entreprises, et créer un observatoire pour mesurer ces discriminations ».

Les inégalités observées se matérialisent principalement par les contrôles d’identité, effectués dans la majeure partie des cas en fonction de l’origine de l’usager, les étrangers discriminés à l’embauche à cause de leurs noms non francisés, ou encore les femmes enceintes qui n’arrivent pas à retrouver un emploi équivalent avec un salaire équivalent après leurs grossesses. Enfin, Claire Hédon aborde également la question des droits de l’enfant et de la nécessité de prendre en considération la santé mentale des enfants comme une priorité absolue dans chaque décision de politique publique. « La parole de l’enfant doit aussi être prise en compte », déplore-t-elle.

 

Une vraie capacité à résoudre les problèmes

 

« Notre institution a une capacité à résoudre les problèmes par l’écoute, la rigueur et même l’obstination ». Claire Hédon explique cette réussite par l’accueil physique des délégués territoriaux du Défenseur des droits qui dispose de 870 locaux repartis dans toute la France. Des guichets sont accessibles aux usagers qui bénéficient « d’une écoute humaine ».

Toute personne peut saisir directement et gratuitement la Défenseure de droits par simple lettre. Il dispose de pouvoirs d’enquête élargis (audition, communication de pièces) comme les autorités administratives indépendantes. La Défenseure des droits peut privilégier un règlement amiable en formulant des recommandations ; ou, s’il estime qu’une faute a été commise, solliciter l’engagement de poursuites disciplinaires auprès de l’autorité compétente. Les conflits sont principalement réglés par la médiation, 80 % des règlements amiables engagés aboutissent favorablement.

L’institution peut aussi intervenir devant toutes les juridictions nationales et européennes pour présenter son analyse du dossier qu’il traite. Il peut aussi présenter ses observations de sa propre initiative. En revanche, le Défenseur des droits intervient en toute indépendance ; il ne représente aucune des parties. En 2021, 172 observations devant les tribunaux ont été rapportées et les juridictions les ont suivies dans 82 % des cas.

L’année 2021 est aussi marquée par un renforcement des pouvoirs de l’institution qui devient un nouvel appui pour les lanceurs d’alerte. La Défenseure d’alerte est désormais chargée de les informer et de les conseiller, ainsi que de défendre leurs droits et libertés. De nouvelles responsabilités qui démontrent son importance et sa légitimité à agir pour prendre en compte la tension de la société et lui redonner confiance envers nos institutions.

Partager cet article

Dans la même thématique

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le

ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
3min

Politique

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.

Le