La démission du général de Villiers, un test pour l’autorité de Macron
La démission fracassante du chef d'état-major des armées, sur fond de coupes budgétaires abruptes et de réformes au pas de charge, constitue un...

La démission du général de Villiers, un test pour l’autorité de Macron

La démission fracassante du chef d'état-major des armées, sur fond de coupes budgétaires abruptes et de réformes au pas de charge, constitue un...
Public Sénat

Par Laurence BENHAMOU et Sabine WIBAUX

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La démission fracassante du chef d'état-major des armées, sur fond de coupes budgétaires abruptes et de réformes au pas de charge, constitue un premier test majeur pour Emmanuel Macron et sa gouvernance fondée sur l'autorité.

En démissionnant mercredi, Pierre de Villiers, aussitôt remplacé par François Lecointre, a mis en évidence la contradiction entre un chef de l’État qui, depuis son investiture, vante l'importance qu'il accorde à l'armée et une réduction budgétaire où celle-ci est la plus grande perdante.

De quoi alimenter le soupçon d'un président qui ne tient pas ses promesses, cette accusation de "hollandisme" qu'Emmanuel Macron veut avant tout éviter, a confié un de ses proches à l'AFP.

C'est aussi un test direct pour son autorité et sa manière de gérer la contestation.

Le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a ainsi réaffirmé mercredi son rôle de "chef", et averti que tout désaccord impliquerait un départ, ministres compris.

"Quand il y a un désaccord, l'un s'en va et est remplacé. C'est la même chose avec un directeur d'administration centrale, un directeur de services pour un maire ou un ministre avec lequel le Premier ministre aurait un désaccord", a insisté Christophe Castaner, rappelant que 180 directeurs d'admnistration centrale sont eux aussi sur la sellette.

- 'Faire passer la pilule' -

Le président Emmanuel Macron, le 18 juillet 2017 à l'Elysée, à Paris
Le président Emmanuel Macron, le 18 juillet 2017 à l'Elysée, à Paris
AFP

"Emmanuel Macron a décidé de passer en force auprès de l'armée qu'il a utilisée à fond pour sa communication: cela ne pouvait pas marcher", commente l'expert en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet. "Pendant sa campagne il a fait des promesses généreuses mais met en place une politique d'austérité. Ce qui se passe avec l'armée préfigure ce qui risque de se passer dans d'autres secteurs", ajoute-t-il. "Savoir comment on fait passer la pilule est un défi pour tous les présidents."

C'est le dilemme que doit résoudre l'exécutif en démarrant ses réformes, qui commencent à susciter des remous jusqu'au sein de sa large majorité.

A commencer par les efforts d'économies demandées cette semaine aux collectivités locales, qui craignent que la suppression de la taxe d'habitation n'aboutisse à les priver de toute liberté d'action.

Les coupes budgétaires abruptement annoncées début juillet ont par ailleurs crispé plusieurs secteurs, en particulier l'enseignement supérieur, la justice ou encore l'Intérieur.

Et pour les économies massives annoncées pour 2018 (20 milliards environ), les priorités politiques "ne se traduiront pas forcément en priorités budgétaires" car "plutôt que dépenser plus, on peut réorienter", a souligné M. Castaner.

Emmanuel Macron a en revanche a réglé rapidement ces dernières semaines deux crises délicates.

La semaine dernière, devant les protestations des milieux d'affaires, l’Élysée est intervenu pour assurer que les baisses d'impôt, notamment de l'ISF et des charges patronales, commenceraient dès l'an prochain.

L'affaire des assistants parlementaires du Parlement européen, mettant en cause notamment le Modem, s'est terminée par le départ de son allié François Bayrou.

- Éviter la fronde -

Et les ordonnances sur la loi travail ont été votées sans remous à l'Assemblée jeudi.

Pour éviter tout risque de fronde, le président a d'ailleurs effectué mardi soir une visite surprise auprès des députés de sa majorité. "Il n'y a pas de caporalisme ici, il n'y a pas d'ordre jupitérien, comme diraient certains", a assuré le chef de l’État.

Il en a pourtant profité pour les inciter à "l'exigence" et à garder comme "boussole" ce "qu'attendent les gens" et "ce qui est bon pour le pays".

Une réponse aux rares élus REM qui ont émis publiquement quelques critiques comme Jean-Jacques Bridey, président de la commission de la Défense de l'Assemblée qui a "regretté" la coupe de 850 millions dans le budget de la Défense.

Emmanuel Macron doit aussi surveiller sa popularité, toujours élevée avec 66% de bonnes opinions en juillet mais en baisse de 3 points.

Cette crise a redonné du tonus à l'opposition. Les députés LR ont dénoncé "la dérive d'un pouvoir personnel" alors que la présidente du FN Marine Le Pen a pointé "les limites très inquiétantes de M. Macron".

A gauche, le leader de La France Insoumise (LFI) a dénoncé "une erreur absolument énorme" d'Emmanuel Macron.

Partager cet article

Dans la même thématique

French Prime Minister Sébastien Lecornu Chairs Crisis Cell in Marseille Over Heatwave
6min

Politique

« La chaleur monte encore d’un cran » : la canicule inquiète l’exécutif, entre feux de forêt record et passages aux urgences en hausse

Pour la première fois, le gouvernement a déployé ce vendredi le plan Orsec de lutte contre les catastrophes et accidents pour faire face aux chaleurs extrêmes dans les départements en vigilance rouge canicule. Les températures vont encore grimper ce week-end, renforçant les inquiétudes sur les fronts de l’hôpital et des feux de forêt.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
9min

Politique

Présidentielle 2027 : le PS enterre la primaire ouverte et fragilise Olivier Faure

Après avoir été mis en minorité par les députés socialistes sur la stratégie à adopter lors de la motion de censure déposée par les Écologistes en pleine canicule, Olivier Faure a essuyé un deuxième revers, cette fois devant les militants de son propre parti. En rejetant sa proposition de primaire ouverte, le PS fragilise son premier secrétaire et ouvre une nouvelle phase de la course à la présidentielle. Au centre de toutes les interrogations désormais, la place que choisira d’occuper Raphaël Glucksmann.

Le

Paris: Debat reforme des retraites au Senat
5min

Politique

Sénatoriales : Guillaume Gontard va quitter la présidence du groupe écologiste, après six années passées à sa tête

Après le prochain renouvellement sénatorial du 27 septembre prochain, Guillaume Gontard quittera la présidence du groupe écologiste qu'il occupe depuis 6 ans. L'élu de l'Isère n'est pas renouvelable, mais a décidé de passer la main à la rentrée prochaine. Il se dit fier du travail accompli et « d'avoir pu instaurer une parole écologiste qui compte » au sein de la Haute Assemblée.

Le