La droite « essaye de faire oublier » la séquence des retraites « en se faisant passer pour des gros bras », selon Jean-Philippe Tanguy (RN)

Le député (Rassemblement national) de la Somme est convaincu que le durcissement du projet de loi immigration, porté par la droite sénatoriale, ne survivra pas à la lecture à l’Assemblée nationale et deviendra un « texte Frankenstein ».
Guillaume Jacquot

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Le discours de fermeté de la droite sénatoriale sur le projet de loi immigration ne semble pas impressionner Jean-Philippe Tanguy, le président délégué du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale. Invité ce 26 juin d’Audition publique, l’émission politique des chaînes parlementaires en partenariat avec Le Figaro live, le député de la Somme anticipe un texte remanié, sous la pression de l’Assemblée nationale. « La minorité présidentielle, la Macronie, va sans doute rétablir le texte précédent, avec l’aide sans doute des socialistes et des verts, et tenter de faire passer d’autres trucs avec les Républicains. Et au final ce sera un texte Frankenstein, qui ne tiendra pas la route », pronostique-t-il.

Selon lui, les propositions du Sénat ne constituent que des « effets d’annonce » dans ces conditions. Au terme de l’examen en commission des lois, juste avant l’ajournement du projet de loi, les sénateurs avaient notamment intégré plusieurs restrictions supplémentaires, en resserrant les critères du regroupement familial ou encore en restreignant le périmètre de l’aide médicale d’Etat (AME). C’est sur cette base que reprendra la discussion cet automne, a annoncé Gérald Darmanin le 23 juin, dans Le Figaro. La droite est par ailleurs très réticente à toute perspective de titres de séjour pour les métiers en tension, et donc de régularisation de travailleurs sans papier dans ces entreprises. Si Elisabeth Borne s’est dite prête à « discuter » des « modalités » de ces titres, Jean-Philippe Tanguy y voit une équation insoluble entre les deux parties. « Si les Républicains sont cohérents, le texte ne peut pas passer. Si Madame Borne est cohérente, elle ne soutiendra pas son propre texte. »

« Les Républicains, comme parti, sont terrifiés par la dissolution »

Cet automne, si le texte est bien réinscrit à l’ordre du jour, le député RN s’attend donc à des négociations insolubles sur le sujet. Selon lui, les Républicains « veulent refiler le mistigri de la responsabilité de ce bazar au gouvernement, après avoir assumé leur impopularité sur les retraites, puisqu’on sait que l’essentiel de l’inspiration du texte sur le durcissement des retraites venait du Sénat. » Dans le contexte de l’approche des élections sénatoriales en septembre, le député RN considère que la droite sénatoriale « essaye de faire oublier ça, en se faisant passer pour des gros bras. »

De son côté, le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, croit tout de même à une voie de passage sur le projet de loi immigration. Pour contraindre le gouvernement à être réceptif aux propositions de son camp, le sénateur a rappelé à toutes fins utiles que la motion de censure était une « possibilité » pour LR à l’Assemblée nationale. Pour Jean-Philippe Tanguy, la droite n’est pas prête à activer cette arme. « Les Républicains, comme parti, sont terrifiés par la dissolution », lance-t-il.

Le député de la Somme n’a d’ailleurs pas digéré la copie finale sur la loi d’accélération des énergies renouvelables, en février. Jean-Philippe Tanguy estime que LR « aurait dû voter contre », après l’abandon du droit de veto des maires sur les projets d’implantation d’éoliennes, un marqueur initial de la droite sénatoriale. « Au Sénat, ça commence à faire un bout de temps qu’il y a une belle alliance entre les Républicains et le gouvernement », a-t-il affirmé, en direction des maires. Comme beaucoup d’autres, le RN est bien aussi lancé en campagne dans les sénatoriales.

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