La droite tente de masquer ses divergences pour sauver les meubles
Les couteaux sont tirés au sein des Républicains après la défaite de François Fillon, qui a jeté l'éponge lundi, même si la droite veut essayer...

La droite tente de masquer ses divergences pour sauver les meubles

Les couteaux sont tirés au sein des Républicains après la défaite de François Fillon, qui a jeté l'éponge lundi, même si la droite veut essayer...
Public Sénat

Par Nadège PULJAK

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les couteaux sont tirés au sein des Républicains après la défaite de François Fillon, qui a jeté l'éponge lundi, même si la droite veut essayer de sauver les meubles, voire davantage, aux législatives.

Au lendemain de l'échec historique au premier tour de la présidentielle du candidat de la droite (troisième à 20,01%), le bureau politique a avalisé lundi soir un texte de compromis entre les différentes positions de ses membres. "Face au Front National, l’abstention ne peut être un choix, nous appelons à voter contre Marine Le Pen pour la faire battre au second tour de l’élection présidentielle", selon un communiqué.

Le parti laisse donc implicitement le choix entre le vote blanc ou le vote Macron.

En début de bureau politique, M. Fillon avait déclaré n'avoir "plus la légitimité pour mener" le "combat" des législatives. "Je vais redevenir un militant de cœur parmi les autres", a-t-il affirmé, ajoutant qu'il allait "penser (sa) vie autrement", sans précision.

Outre le second tour le 7 mai, les législatives, en juin, seront potentiellement explosives pour un parti construit en 2002 pour éviter le cas de figure actuel, son éviction au premier tour d'une présidentielle.

L'ex-candidat de la droite a invité ses principaux ténors "à rester unis" et à ne pas se "disperser dans des combinaisons pré-électorales".

Le principal enjeu pour Les Républicains est de rester unis, ne serait-ce qu'en apparence, pour ne pas perturber davantage des électeurs sonnés par la défaite et tentés, pour certains, de voter FN.

Or, le texte de compromis sur le second tour a fait l'objet d'âpres discussions en Comité politique dans la matinée: faut-il ou non appeler explicitement à voter Macron, au risque que les électeurs de droite s'y perdent?

La discussion a été houleuse entre les partisans du vote explicite pour le candidat d'En Marche! - Nathalie Kosciusko-Morizet, Valérie Pécresse, Jean-François Copé, Luc Chatel, Thierry Solère, Xavier Bertrand, Christian Estrosi, Gérard Larcher -, et ceux qui appelaient à "faire barrage au FN" -Laurent Wauquiez, François Baroin, Eric Ciotti, Jean-Frédéric Poisson- sans évoquer M. Macron.

Le candidat défait de la droite à la présidentielle François Fillon arrive au siège du parti Les Républicains à Paris le 24 avril 2017
Le candidat défait de la droite à la présidentielle François Fillon arrive au siège du parti Les Républicains à Paris le 24 avril 2017
AFP

"Notre position doit être claire", a plaidé NKM. Mais "c'est suicidaire de se rallier à Macron et, ensuite, aux législatives, d'appeler à se battre contre lui", a argué Wauquiez.

M. Estrosi, élu à la présidence de la région PACA en 2015 grâce au retrait des socialistes désireux de contrer le FN, a fustigé ce compromis. "Il y a un risque d'élection de Marine Le Pen", a-t-il affirmé lundi soir sur CNews, jugeant que "soutenir très clairement Emmanuel Macron" est "notre responsabilité historique", sous peine de faire "prendre un risque important à notre Nation".

- UN PROGRAMME TROP RADICAL -

François Fillon : score par département
François Fillon : score par département
AFP

L'ancien candidat de la droite sorti du jeu, certains ont aussi remis en cause son programme jugé trop radical. "Après l'échec, il faut revoir la ligne politique" du parti, a estimé Alain Juppé. Des élus proches du maire de Bordeaux ou de Bruno Le Maire, voire quelques sarkozystes, ont mis en garde leur "famille" contre le "rétrécissement de la droite sur une ligne politique exclusivement identitaire et conservatrice", qui serait "sans issue".

Lors d'un déjeuner avec quelques caciques LR, l'ex-chef de l'Etat Nicolas Sarkozy a, lui, demandé aux Républicains de "reprendre l'offensive" avec une campagne pour les législatives "plus ouverte sur la droite populaire" (pas de hausse de TVA, plus de souplesse sur la suppression des postes de fonctionnaires, défiscalisation des heures supplémentaires...).

Les responsables du parti craignent également de possibles fuites de candidats LR aux législatives vers le camp macroniste, à l'instar d'élus de droite, la plupart chiraquiens.

Christian Jacob, président des députés LR, a demandé "l'exclusion et l'investiture de candidats contre nos candidats qui iraient chez Macron".

Les Républicains peuvent au moins être rassurés sur un point: le président de l'UDI Jean-Christophe Lagarde, qui a appelé à voter Emmanuel Macron au second tour, a exclu lundi une suspension de l'accord de son parti avec LR pour les législatives, récusant toute négociation avec En Marche!.

Partager cet article

Dans la même thématique

La droite tente de masquer ses divergences pour sauver les meubles
3min

Politique

« Soit je quittais l’Afghanistan, soit j’étais morte » : le récit bouleversant de la fuite de cette para-athlète de son pays

Désormais, Zakia Khudadadi concourt sous les couleurs de la France. Un épilogue heureux pour cette championne de para-taekwondo qui a fui son pays en 2021 lors de la prise de pouvoir des talibans. Un récit émouvant, ainsi qu’un combat personnel mené aussi bien sur les tapis que dans la vie, qu’elle raconte au micro de Caroline Delage dans Sport etc… sur Public Sénat.

Le

La droite tente de masquer ses divergences pour sauver les meubles
6min

Politique

Breturn : « La porte est ouverte, ils n'ont qu'à revenir ! » lance cet eurodéputé espagnol

Alors que la présidente de la Commission a annoncé vouloir faire du Canada le premier « membre associé » de l’UE, les 27 s’interrogent : faut-il créer un nouveau statut ? Cette piste est aussi explorée dans le cas de la Grande-Bretagne qui exprime ses regrets et son envie de se rapprocher de l’Union, dix ans après le référendum sur le Brexit. Alors faut-il que l’Europe s’ouvre et jusqu’où ? On en débat dans Ici l’Europe avec les eurodéputés Nicolas Bay (France, ECR) et Javier Moreno Sanchez (Espagne, S&D).

Le

FRA – VOEUX DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
11min

Politique

Marine Le Pen demande la démission de Richard Ferrand : le président du Conseil constitutionnel est-il vraiment sorti de sa réserve ?

Les parlementaires du RN et de l’UDR ont saisi le Conseil constitutionnel pour demander la « démission d'office » de son président, Richard Ferrand. Celui-ci a estimé publiquement que la révision de la Constitution proposée par Marine Le Pen n’était pas faisable. Interrogés par Public Sénat, plusieurs constitutionnalistes considèrent qu’il a pris parti sur une question de droit toujours en suspens depuis plus de soixante ans. D’autres, comme Dominique Rousseau et Benjamin Morel, dénoncent une tentative de déstabilisation de la part de l’extrême droite, contre une institution susceptible de jouer les garde-fous face à l’application du programme du RN.

Le