« La fête est finie ». Pour la nouvelle année, Bruno Retailleau fait son retour avec (beaucoup) de chiffres. Le président des LR a présenté ce mercredi les propositions de son parti sur le travail, autrement dit ses propositions.
« Les questions de sécurité, d’immigration et d’identité me collent à la peau »
« Très identifié sur le régalien », de l’aveu même de l’ancien ministre de l’Intérieur – « les questions de sécurité, d’immigration et d’identité me collent à la peau », semble presque regretter celui qui a pourtant savamment entretenu cette image – l’enjeu pour le sénateur, qui caresse l’ambition de se présenter à la présidentielle 2027, est aussi d’élargir son spectre.
A la tête des LR, il a lancé une cinquantaine de groupes de travail dans tous les domaines, sous la houlette de Pierre Danon, qui était déjà le Monsieur économie de la campagne de François Fillon. L’énarque et ancien banquier d’affaires chez Morgan Stanley, Julien Chartier, qui est aussi passé par l’inspection générale des finances, est aussi à la manœuvre, en tant que directeur des études du parti. La méthode n’est pas sans rappeler celle de Nicolas Sarkozy, qui avec Emmanuelle Mignon, avait élaboré le projet de l’UMP pour la présidentielle de 2007. « La comparaison avec le travail d’Emmanuelle Mignon est bonne. Ce n’est pas juste trois conventions avec trois spécialistes. C’est une quantité de travail programmatique. C’est un travail de fourmi, assez ingrat », nous expliquait l’entourage de Bruno Retailleau en novembre.
« L’économie est ma langue maternelle, ma culture »
Avec le travail, ce n’est qu’un début. « Je ferai des conférences de presse très régulièrement, tous les mois à peu près, pour présenter différents sujets », explique l’ancien président du groupe LR du Sénat, évoquant « l’école », et bien sûr le « régalien », on ne se refait pas. Mais ceux qui suivent Bruno Retailleau depuis longtemps savent que l’économie ne lui est pas étrangère. Durant ses premières années à la tête des sénateurs LR de la Haute assemblée, il animait chaque année la conférence de presse de son groupe lors du budget. « L’économie est ma langue maternelle, ma culture », lance le Vendéen.
Muni d’une télécommande pour diriger lui-même sa présentation Powerpoint, professeur Retailleau a dévoilé un projet déjà largement détaillé et chiffré, élaboré avec l’aide de François Asselin, ancien président de l’organisation patronale CGPME. Le pupitre devant lui affiche le slogan « travail gagnant ».
« Social étatisme »
Dénonçant « à la fois un déclassement et un appauvrissement » des Français, il promet de « changer totalement de modèle. Il va falloir renverser la table. Il faudra le courage de dire la vérité, le courage de le faire », tonne Bruno Retailleau, dans des accents qui rappellent la campagne de 2017 de François Fillon, dont il était le bras droit. « Les causes, c’est notre modèle qui est à bout de souffle. C’est le social étatisme », soutient le sénateur de Vendée.
Pour sortir du « décrochage spectaculaire » du pays, Bruno Retailleau a concocté une potion d’inspiration libérale, qui n’est pas sans rappeler le « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy. Le tout devant permettre de générer « 2 % de croissance » en plus et « 30 milliards d’euros d’économies », qui seront restitués aux salariés par « 15 milliards d’euros de pouvoir d’achat, ce qui fait 500 euros par mois » et 15 autres milliards pour « la compétitivité des entreprises ». « Il y aura par ailleurs un plan d’économies de plus de 20 milliards d’euros sur 5 ans », précise-t-il, dont les détails seront présentés plus tard.
« Treizième mois »
Sans surprise, Bruno Retailleau reprend l’un des vieux tubes de la droite : « Sortir des 35 heures ». Il propose d’annualiser le temps de travail, en passant de 1607 heures (les 35 heures hebdomadaires) à 1623 heures, soit « pousser à 2 jours en plus, soit 16 heures en plus, mais rémunérés », et non offerts, comme avec l’idée des deux jours fériés de François Bayrou. Il ajoute :
Au-delà de ce seuil de 1607 heures, le patron des LR défend l’idée d’appliquer « zéro cotisation et zéro impôt » pour les salariés et l’entreprise, hormis CSG et CRDS. De quoi gagner, pour un salarié à 2115 euros net par mois avant impôt, 230 euros de plus par mois, soit 2800 nets par an, une forme de « treizième mois ». Pour l’entreprise, l’intérêt est de savoir « que le coût horaire ne va pas exploser », précise François Asselin. Et quid de la majoration de + 25 % des heures supplémentaires, comme actuellement ? Le responsable LR renvoie à la négociation collective, pour les heures au-delà.
« Permette de creuser l’écart entre le revenu de l’assistant et le revenu du travail »
Deuxième mesure importante : le « revenu d’incitation à l’activité », en rendant obligatoire les 15 heures d’activité complémentaire au RSA, et en fusionnant le RSA, la prime d’activité et l’ASS (allocation spécifique de solidarité) pour mieux inciter à la reprise du travail. Il réduit au passage l’allocation de 30 %, pour que travailler permette de réellement gagner plus et d’arbitrer en faveur de la reprise du travail, plutôt que de rester sans activité. Exemple avec « une maman solo avec un jeune enfant », qui verrait le total de ses allocations passer de 1486 euros à 1153 euros par mois. Pour un mi-temps, elle gagnerait 470 euros de plus en travaillant, contre 270 avec le système actuel.
Autre idée forte : créer un « compte social unique ». Plutôt que l’allocation sociale unique, « pas faisable, compliquée à faire » et « plus coûteuse », car amenant à « aligner toujours sur les gagnants », Bruno Retailleau prône maintenant de « ne fusionner rien du tout », mais de « retracer ce qu’on gagne », au travers de ce compte social unique. « L’idée, c’est de plafonner (l’ensemble des aides) à 70 % du Smic », afin de « permettre de creuser l’écart entre le revenu de l’assistant, le revenu de solidarité et le revenu du travail ». Et de faire là aussi des économies. Un couple avec deux enfants verrait ainsi le total de ses aides passer de « 2375 euros cumulés » à « 1685 euros après réforme ».
« Libérer le travail des seniors »
Bruno Retailleau veut aussi « libérer le travail des seniors », en revoyant le cumul emploi/retraite, là aussi avec un système d’exonération de cotisation chômage et retraite, dont le coût est composé par une baisse de 30 % de la pension de retraite.
Enfin, le président des LR compte relancer la réforme de l’assurance chômage, en reprenant la réforme Attal, en appliquant vraiment le principe de l’arrêt de l’allocation après un troisième refus d’offre d’emploi. Il entend aussi « encadrer strictement » les ruptures conventionnelles qui se multiplient et coûtent 9 milliards d’euros par an. Pour freiner cette « dérive », il veut « limiter la durée d’indemnisation et plafonner la hauteur de l’allocation, suite à une rupture conventionnelle ». Bruno Retailleau a aussi dans le viseur les travailleurs frontaliers, en leur appliquant une référence nationale, et lutter contre « les stratégies d’alternance emploi/chômage », où « il y a vraiment des abus ». Reste maintenant à voir si les Français ne trouveront pas qu’il abuse aussi un peu, avec ses solutions pour relancer l’emploi, ou s’ils seront sensibles à sa volonté de « déverrouiller les choses ».