Retailleau travail

« La fête est finie » : Bruno Retailleau veut supprimer les 35 heures, inciter à la reprise d’activité et plafonner les aides sociales pour relancer l’emploi

Le président des LR a présenté sa recette pour inciter au travail et permettre aux Français de gagner plus, faite de « zéro cotisation » au-delà des 35 heures, de plafonnement à 70 % du Smic des aides sociales et de relance de la réforme de l’allocation chômage. « Il faut changer totalement de modèle. Il va falloir renverser la table », prévient Bruno Retailleau.
François Vignal

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Mis à jour le

« La fête est finie ». Pour la nouvelle année, Bruno Retailleau fait son retour avec (beaucoup) de chiffres. Le président des LR a présenté ce mercredi les propositions de son parti sur le travail, autrement dit ses propositions.

« Les questions de sécurité, d’immigration et d’identité me collent à la peau »

« Très identifié sur le régalien », de l’aveu même de l’ancien ministre de l’Intérieur – « les questions de sécurité, d’immigration et d’identité me collent à la peau », semble presque regretter celui qui a pourtant savamment entretenu cette image – l’enjeu pour le sénateur, qui caresse l’ambition de se présenter à la présidentielle 2027, est aussi d’élargir son spectre.

A la tête des LR, il a lancé une cinquantaine de groupes de travail dans tous les domaines, sous la houlette de Pierre Danon, qui était déjà le Monsieur économie de la campagne de François Fillon. L’énarque et ancien banquier d’affaires chez Morgan Stanley, Julien Chartier, qui est aussi passé par l’inspection générale des finances, est aussi à la manœuvre, en tant que directeur des études du parti. La méthode n’est pas sans rappeler celle de Nicolas Sarkozy, qui avec Emmanuelle Mignon, avait élaboré le projet de l’UMP pour la présidentielle de 2007. « La comparaison avec le travail d’Emmanuelle Mignon est bonne. Ce n’est pas juste trois conventions avec trois spécialistes. C’est une quantité de travail programmatique. C’est un travail de fourmi, assez ingrat », nous expliquait l’entourage de Bruno Retailleau en novembre.

« L’économie est ma langue maternelle, ma culture »

Avec le travail, ce n’est qu’un début. « Je ferai des conférences de presse très régulièrement, tous les mois à peu près, pour présenter différents sujets », explique l’ancien président du groupe LR du Sénat, évoquant « l’école », et bien sûr le « régalien », on ne se refait pas. Mais ceux qui suivent Bruno Retailleau depuis longtemps savent que l’économie ne lui est pas étrangère. Durant ses premières années à la tête des sénateurs LR de la Haute assemblée, il animait chaque année la conférence de presse de son groupe lors du budget. « L’économie est ma langue maternelle, ma culture », lance le Vendéen.

Muni d’une télécommande pour diriger lui-même sa présentation Powerpoint, professeur Retailleau a dévoilé un projet déjà largement détaillé et chiffré, élaboré avec l’aide de François Asselin, ancien président de l’organisation patronale CGPME. Le pupitre devant lui affiche le slogan « travail gagnant ».

« Social étatisme »

Dénonçant « à la fois un déclassement et un appauvrissement » des Français, il promet de « changer totalement de modèle. Il va falloir renverser la table. Il faudra le courage de dire la vérité, le courage de le faire », tonne Bruno Retailleau, dans des accents qui rappellent la campagne de 2017 de François Fillon, dont il était le bras droit. « Les causes, c’est notre modèle qui est à bout de souffle. C’est le social étatisme », soutient le sénateur de Vendée.

Pour sortir du « décrochage spectaculaire » du pays, Bruno Retailleau a concocté une potion d’inspiration libérale, qui n’est pas sans rappeler le « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy. Le tout devant permettre de générer « 2 % de croissance » en plus et « 30 milliards d’euros d’économies », qui seront restitués aux salariés par « 15 milliards d’euros de pouvoir d’achat, ce qui fait 500 euros par mois » et 15 autres milliards pour « la compétitivité des entreprises ». « Il y aura par ailleurs un plan d’économies de plus de 20 milliards d’euros sur 5 ans », précise-t-il, dont les détails seront présentés plus tard.

« Treizième mois »

Sans surprise, Bruno Retailleau reprend l’un des vieux tubes de la droite : « Sortir des 35 heures ». Il propose d’annualiser le temps de travail, en passant de 1607 heures (les 35 heures hebdomadaires) à 1623 heures, soit « pousser à 2 jours en plus, soit 16 heures en plus, mais rémunérés », et non offerts, comme avec l’idée des deux jours fériés de François Bayrou. Il ajoute :

 Ce n’est pas le sang et les larmes, c’est 4 min de plus par jour. 

Bruno Retailleau, président des LR.

Au-delà de ce seuil de 1607 heures, le patron des LR défend l’idée d’appliquer « zéro cotisation et zéro impôt » pour les salariés et l’entreprise, hormis CSG et CRDS. De quoi gagner, pour un salarié à 2115 euros net par mois avant impôt, 230 euros de plus par mois, soit 2800 nets par an, une forme de « treizième mois ». Pour l’entreprise, l’intérêt est de savoir « que le coût horaire ne va pas exploser », précise François Asselin. Et quid de la majoration de + 25 % des heures supplémentaires, comme actuellement ? Le responsable LR renvoie à la négociation collective, pour les heures au-delà.

« Permette de creuser l’écart entre le revenu de l’assistant et le revenu du travail »

Deuxième mesure importante : le « revenu d’incitation à l’activité », en rendant obligatoire les 15 heures d’activité complémentaire au RSA, et en fusionnant le RSA, la prime d’activité et l’ASS (allocation spécifique de solidarité) pour mieux inciter à la reprise du travail. Il réduit au passage l’allocation de 30 %, pour que travailler permette de réellement gagner plus et d’arbitrer en faveur de la reprise du travail, plutôt que de rester sans activité. Exemple avec « une maman solo avec un jeune enfant », qui verrait le total de ses allocations passer de 1486 euros à 1153 euros par mois. Pour un mi-temps, elle gagnerait 470 euros de plus en travaillant, contre 270 avec le système actuel.

Bruno Retailleau

Autre idée forte : créer un « compte social unique ». Plutôt que l’allocation sociale unique, « pas faisable, compliquée à faire » et « plus coûteuse », car amenant à « aligner toujours sur les gagnants », Bruno Retailleau prône maintenant de « ne fusionner rien du tout », mais de « retracer ce qu’on gagne », au travers de ce compte social unique. « L’idée, c’est de plafonner (l’ensemble des aides) à 70 % du Smic », afin de « permettre de creuser l’écart entre le revenu de l’assistant, le revenu de solidarité et le revenu du travail ». Et de faire là aussi des économies. Un couple avec deux enfants verrait ainsi le total de ses aides passer de « 2375 euros cumulés » à « 1685 euros après réforme ».

« Libérer le travail des seniors »

Bruno Retailleau veut aussi « libérer le travail des seniors », en revoyant le cumul emploi/retraite, là aussi avec un système d’exonération de cotisation chômage et retraite, dont le coût est composé par une baisse de 30 % de la pension de retraite.

Enfin, le président des LR compte relancer la réforme de l’assurance chômage, en reprenant la réforme Attal, en appliquant vraiment le principe de l’arrêt de l’allocation après un troisième refus d’offre d’emploi. Il entend aussi « encadrer strictement » les ruptures conventionnelles qui se multiplient et coûtent 9 milliards d’euros par an. Pour freiner cette « dérive », il veut « limiter la durée d’indemnisation et plafonner la hauteur de l’allocation, suite à une rupture conventionnelle ». Bruno Retailleau a aussi dans le viseur les travailleurs frontaliers, en leur appliquant une référence nationale, et lutter contre « les stratégies d’alternance emploi/chômage », où « il y a vraiment des abus ». Reste maintenant à voir si les Français ne trouveront pas qu’il abuse aussi un peu, avec ses solutions pour relancer l’emploi, ou s’ils seront sensibles à sa volonté de « déverrouiller les choses ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le

L’Assemblée nationale valide la suspension de la réforme des retraites
4min

Politique

Travail le 1er mai : après son rejet à l’Assemblée, le texte file en commission mixte paritaire où députés et sénateurs devront s’accorder

Les députes macronistes ont fait rejeter vendredi à l’Assemblée une proposition de loi sénatoriale qu’ils soutenaient visant à autoriser les salariés des boulangeries et fleuristes à travailler le 1er mai. Une manière de s’éviter des débats tendus face à une gauche vent debout contre la mesure. Les députés de la majorité espèrent s’accorder avec les sénateurs en commission mixte paritaire dans les prochains jours.

Le