La fin de vie, un test de cohésion pour la majorité
Sujet très clivant et relevant de l'intime, la création réclamée par certains d'un droit à l'euthanasie divise au sein du...

La fin de vie, un test de cohésion pour la majorité

Sujet très clivant et relevant de l'intime, la création réclamée par certains d'un droit à l'euthanasie divise au sein du...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Sujet très clivant et relevant de l'intime, la création réclamée par certains d'un droit à l'euthanasie divise au sein du gouvernement et des députés La République en marche, sans cap clair fixé par le président Emmanuel Macron.

C'est un thème sur lequel le candidat Macron s'était montré évasif et des plus prudents, se contentant d'une brève réponse au quotidien La Croix. "Je suis favorable à ce que ce débat avance mais je ne me précipiterai pas pour légiférer", avait-il déclaré en mars 2017, se disant toutefois favorable à améliorer "encore l'accompagnement dans les derniers moments de la vie".

Un cadre a certes été posé avec les "Etats généraux de la bioéthique", lancés en janvier et qui comportent un volet sur la fin de vie. Parallèlement, la Haute autorité de santé (HAS) vient de rendre des recommandations et un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) évaluant la législation actuelle est attendu début avril.

Mais, dans ce brouillard idéologique et à peine deux ans après l'entrée en vigueur de la loi Claeys-Leonetti, fruit d'un consensus transpartisan, qui avait formalisé le droit à la "sédation profonde et continue", le débat s'est ravivé dans les rangs des marcheurs, devançant le calendrier prévu.

Fer de lance du combat pour l'euthanasie, le député (LREM) du Rhône Jean-Louis Touraine a déposé dès septembre 2017 une proposition de loi ouvrant la possibilité à une "assistance médicalisée active à mourir". L'ancien socialiste s'est aussi fendu d'une tribune remarquée dans Le Monde, cosignée par 156 députés dont une majorité de marcheurs.

"Dans le groupe LREM, plus de la moitié sont prêts à voter pour (aller plus loin). Un petit pourcentage est contre. Et encore un pourcentage notable de gens sont en cours de réflexion", affirme à l'AFP M. Touraine.

Ce professeur de médecine, à la tête à l'Assemblée d'un groupe d'études transpartisan réuni mercredi pour la première fois, diagnostique "que la loi (actuelle) ne correspond pas aux demandes de la société française".

"Les gens demandent une aide active à mourir, d'autres des accompagnements en soins palliatifs, mais il n'y a pas de gens qui veulent être endormis pendant des semaines", assure-t-il, rappelant que des pays voisins (Belgique, Luxembourg, Suisse) autorisent l'euthanasie.

- 'Dépassionner le sujet' -

A la tribune des 156 a répondu le 12 mars celle de 85 parlementaires, dont quelques LREM, s'opposant à la légalisation de l'euthanasie et demandant à s'en tenir à la législation actuelle. Une ligne conforme à celle de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, "convaincue que la loi Claeys-Leonetti répond aux besoins sans aller vers une loi différente".

"Mais c'est pas insensé de vouloir aller plus loin que la loi Claeys-Leonetti. Je pense qu'au gouvernement, on a tous des sensibilités différentes là-dessus", pointe un autre ministre, qui comme beaucoup des marcheurs les plus concernés, tire ses convictions d'une expérience personnelle forte.

Ravivant des débats connus sous le précédent quinquennat, un député, touché au plus près et en faveur du statu quo, évoque ainsi un "sujet intime", "hyper-clivant" et "très sensible", quand une autre qualifie ce sujet de "nitroglycérine", tout en dénonçant "des hypocrisies terribles sur la fin de vie".

"Il faut savoir dépassionner le sujet", plaide un cadre du groupe en demandant d'être "prudent dans l'approche". Consigne d'ailleurs passée en réunion de groupe.

Pendant ce temps, au sommet de l'Etat, la réflexion mûrit. Edouard Philippe, dont le père, gravement malade, avait choisi d'arrêter ses traitements, avait confié à l'été dernier au JDD ne pas "avoir arrêté une position définitive qui (lui) permette de résoudre (s)es interrogations".

M. Macron, lui, consulte, en attendant de trancher sur une loi -beaucoup plus générale, sur la bioéthique- attendue fin 2018, peut-être 2019. Mi-février, il a tenu un premier dîner sur ce thème.

"C'est un sujet qui l'intéresse. Mais je ne peux pas vous dire quel est le fond de sa pensée", indique M. Touraine.

Partager cet article

Dans la même thématique

La fin de vie, un test de cohésion pour la majorité
3min

Politique

Crise énergétique : Sébastien Lecornu annonce l’interdiction des chaudières à gaz dans les logements neufs

Quelques jours après le cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran, Sébastien Lecornu a annoncé, ce vendredi, une série de mesures destinées à tirer les leçons » de la crise énergétique. Afin de dépendre moins des énergies fossiles, l’installation de chauffages au gaz serait interdite « dès la fin de cette année » dans les constructions neuves. Le gouvernement va aussi doubler son soutien à l’électrification des usages de 5,5 milliards à 10 milliards d’euros par an d’ici 2030.

Le

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le