« La France aux abonnés absents le mois où tout se joue dans l’Union » selon l’eurodéputé socialiste Christophe Clergeau

Alors que la montée de l’extrême droite en Europe a été limitée aux élections européennes (quelques dizaines de sièges de gagnés pour les groupes de droite radicale sur les 720 du Parlement européen), le score du Rassemblement national et de Reconquête (37% des voix au total) en France représente un séisme politique en France mais aussi dans l’Union européenne. Le Premier ministre polonais et pro-européen Donald Tusk, malgré la victoire de son parti dimanche contre la droite ultraconservatrice du PiS (Droit et Justice), a fait part de « sa terrible tristesse » après l’annonce de la victoire de l’extrême droite en France.
Alexandre Poussart

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« C’est une mauvaise nouvelle pour l’Europe. En France, ce sont les antieuropéens qui ont gagné. Heureusement ils resteront à l’écart du Parlement européen », estime l’Italien Sandro Gozi, réélu eurodéputé sur la liste française de la majorité présidentielle.

« Ce n’est pas parce qu’on est contre Macron, qu’on est contre l’Europe », lui a répondu Thierry Mariani, eurodéputé RN, réélu dimanche. « Renaissance est totalitaire, ils refusent une Europe différente. Nous voulons une autre Europe, où la libre circulation serait réservée uniquement aux Européens. Si l’Allemagne veut faire rentrer 1 million d’étrangers, elle peut se les garder. »

La France affaiblie dans la formation des instances européennes

Autre coup de tonnerre français qui a retenti au-delà de nos frontières, la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron à la suite de ces résultats. « La première conséquence de cette dissolution, c’est l’affaiblissement de la France en Europe. Dans les semaines à venir, la France n’est plus en capacité de jouer un rôle dans la répartition des postes à la tête des institutions européennes. C’est une mise en danger de l’équilibre démocratique de l’Union européenne », analyse Christophe Clergeau, eurodéputé socialiste, réélu dimanche.

Lors du Conseil européen des 27 et 28 juin, les Etats-membres de l’Union européenne se mettront d’accord sur le nom du futur président de la Commission européenne qui devra ensuite obtenir une majorité de voix au Parlement européen, le 18 juillet prochain : l’Allemande Ursula Von der Leyen est favorite pour être réélue à ce poste. « Pour un président qui se dit pro-européen, être aux abonnés absents le mois où tout se joue dans l’Union européenne, c’est quand même paradoxal », regrette le socialiste.

Quelle sera la politique étrangère de la France avec un gouvernement RN ou Nouveau Front populaire ?

Avec cette dissolution, l’hypothèse d’une arrivée du Rassemblement national aux affaires dans l’Hexagone en juillet prochain est de plus en plus probable et pose la question du changement de politique étrangère de la France. « Etant donné les ambiguïtés du RN sur la Russie, cela va poser des problèmes pour définir une position française sur la guerre en Ukraine. Que fera la France si la pression russe augmente en Ukraine ? », se demande Sandro Gozi.

« Conformément aux usages en temps de cohabitation, la politique étrangère de la France sera définie à deux mains », explique Thierry Mariani qui rappelle que Paris devra renouer le dialogue avec Vladimir Poutine pour obtenir « la paix ». « Je souhaite que les gens arrêtent de mourir dans cette guerre inutile », rappelle Thierry Mariani, qui a fait l’objet d’une enquête lancée en 2022 par l’Office central anti-corruption, sur ses voyages financés par la Russie.

La politique étrangère d’un futur gouvernement du Nouveau Front populaire interroge également quand on se souvient des divisions entre les partis de gauche sur le soutien à l’Ukraine et sur la Palestine. L’accord scellé cette semaine autour de cette alliance des gauches affirme un soutien inconditionnel à l’Ukraine, et a reconnu que l’attaque du 7 octobre d’Israël par le Hamas constituait un massacre terroriste.

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