La France insoumise refuse la « posture binaire » sur le Venezuela
Pour les cadres et militants de La France insoumise, les expériences latino-américaines de gouvernements de gauche sont "une source d...

La France insoumise refuse la « posture binaire » sur le Venezuela

Pour les cadres et militants de La France insoumise, les expériences latino-américaines de gouvernements de gauche sont "une source d...
Public Sénat

Par Lucile MALANDAIN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Pour les cadres et militants de La France insoumise, les expériences latino-américaines de gouvernements de gauche sont "une source d'inspiration", tant dans leurs réussites que dans leurs ratés, et toute "posture binaire" est condamnable, en particulier sur le Venezuela.

"Ce n'est pas parce qu'on n'est pas contre qu'on est pour", prévient Adélaïde Panaget, militante à Nîmes.

Aux journées d'été de La France insoumise à Marseille, elle résume ainsi l'avis général: pas de manichéisme, le président vénézuélien Nicolas Maduro n'est pas, selon eux, un dictateur écrasant son peuple mais un président progressiste faisant face à la conjonction d'une opposition radicalisée, d'une crise économique et de l'ingérence nord-américaine.

Nicolas Maduro est confronté depuis débute avril à une violente vague de contestation qui a fait au moins 125 morts et des milliers d'arrestations.

"Il faut restituer la complexité des enjeux: ce n'est jamais blanc ou noir, les questions géopolitiques", ajoute Laurence Pache, secrétaire nationale du Parti de gauche, qui ne cache pas son agacement devant l'appétence des "médias" à interroger LFI sur le Venezuela.

Jean-Luc Mélenchon aux journées de la France insoumise à Marseille, le 25 août 2017
Jean-Luc Mélenchon aux journées de la France insoumise à Marseille, le 25 août 2017
AFP

Le leader du jeune mouvement politique, Jean-Luc Mélenchon, a pour la première fois depuis plusieurs semaines pris la parole sur ce sujet en accueillant jeudi Rafael Correa, ancien président équatorien à Marseille.

"Nous ne perdrons pas notre temps à jeter des pierres à nos amis dont nous savons qu'ils ne sont pas parfaits puisque nous mêmes ne le sommes pas", a-t-il tranché.

Préférant le terme "source d'inspiration" à celui de "modèle" quand on parle des expériences "progressistes" en Amérique latine, Raquel Guarrido, porte-parole du mouvement, prend le temps de retracer les faits.

Elle rappelle qu'à la fin des années 90, "un certain nombre de mouvements progressistes ont accédé au pouvoir à travers le truchement d'assemblées constituantes: on s'y intéresse parce que c'est une source d'inspiration", explique cette avocate très impliquée dans le projet d'instauration d'une VIe République grâce, précisément, à la convocation d'une Assemblée constituante, proposition portée par M. Mélenchon à la présidentielle.

- 'Injonctions de critiquer' -

Mais, poursuit-elle, "cette affinité spécifique est souvent utilisée par nos adversaires pour nous attaquer: ils disent que ce sont des expériences qui n'étaient pas démocratiques". Elle observe que les mêmes "ne disent rien quand Merkel se représente pour la 4e fois et ne critiquent pas l'Arabie saoudite".

Donc, conclut-elle, "nous sommes très méfiants et avons pris l'habitude de ne pas répondre aux injonctions de critiquer".

De plus, insiste Manon Le Bretton, ancienne candidate aux législatives dans l'Aude, "La France insoumise n'a pas de position officielle là-dessus". Pour elle, l'enjeu des journées d'été est justement de permettre aux militants d'assister à des conférences pour se faire leur opinion.

C'est le cas. Outre la conférence de Rafael Correa arguant que son action a fait chuter la pauvreté, réduit les inégalités et assuré le développement économique et social de l’Équateur, une conférence sur les enseignements à tirer des expériences de la gauche au pouvoir en Amérique latine s'est tenue samedi.

La politologue, engagée à l'extrême gauche, Janette Habel y expose que, contrairement à Hugo Chavez, Nicolas Maduro n'a pas suffisamment cherché à s'appuyer sur un pouvoir populaire. "On ne peut pas avoir un pouvoir qui utilise uniquement la répression", reconnaît-elle alors que des dizaines de manifestants sont morts cet été.

"La faiblesse de l’État et du gouvernement actuel, c'est justement que la mobilisation populaire n'accompagne pas la défense des conquêtes sociales antérieures", résume-t-elle.

Pour Claudio Calfuqir, spécialiste du Venezuela au Parti de gauche et observateur des élections constituantes de juillet, ces dernières ont été convoquées "dans l'esprit d'un projet de vie en commun" et avec un objectif de rétablissement de la paix.

Affirmation contestée dans la salle où il raconte son expérience. "Pourquoi la Constituante s'est-elle arrogé les pouvoirs de l'Assemblée nationale alors que nous, on aurait fait une Constituante à côté de l'Assemblée nationale?", interroge un militant. "En quoi est-ce une manière de promouvoir la paix ?", questionne une autre.

"On refuse la posture binaire, la moindre des choses avant d'avoir une position, c'est d'avoir toutes les informations, non ? ", résume Maud Alissa, ancienne candidate en Charente-Maritime.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Press conference of the new Year of Jordan Bardella
9min

Politique

Jordan Bardella n’exclut pas des listes « d’union » au second tour des municipales : « Un piège » pour nuire à la droite, mettent en garde les LR

Alors que le président du RN n’exclut pas de « tendre la main » au second tour des municipales, pour faire barrage « à l’extrême gauche », plusieurs LR s’opposent clairement à tout rapprochement avec le parti d’extrême droite. Mais la ligne n’est pas unanime et certains, comme le sénateur LR Etienne Blanc, ne seraient « pas choqués une seconde » par « un désistement de la liste la moins bien placée », y compris en faveur du RN, pour « faire barrage à la gauche ».

Le

Paris : Session of questions to the government at the Senate
7min

Politique

Programmation pluriannuelle de l’énergie : le choix d’un décret par Sébastien Lecornu, passe mal au Sénat

Dans une interview donnée à la presse quotidienne régionale ce week-end, Sébastien Lecornu a tranché sur la forme que prendra la nouvelle feuille de route énergétique de la France. Alors qu’un texte d’origine sénatorial n’a toujours pas terminé son parcours législatif, le Premier ministre annonce la publication d’un décret d’ici la fin de la semaine.

Le

Boulogne: David Lisnard reunion publique
4min

Politique

Mariage sous OQTF : «  Il est indispensable de faire adopter une modification législative », alerte David Lisnard

A un peu plus d’un mois des élections municipales, le président de l’Association des maires de France a adressé un courrier au Premier ministre pour évoquer les « injonctions contradictoires » en matière de mariage pour les personnes sous OQTF. Contraints par le droit de célébrer les mariages, certains maires s’opposant à l’union d’un étranger sur le sol français se retrouvent piégés dans un imbroglio juridique, estime David Lisnard.

Le

Justice Department Jeffrey Epstein
4min

Politique

Affaire Epstein : pourquoi le Parquet national financier a-t-il ouvert une enquête visant Jack Lang et sa fille Caroline ?

Mentionné dans l'affaire Epstein, Jack Lang a démissionné de la présidence de l’Institut du Monde Arabe, le samedi 7 février. En parallèle, le Parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » visant l’ancien ministre de la Culture et de sa fille Caroline Lang dans une société offshore fondée par le pédocriminel Jeffrey Epstein.

Le