La gauche « dans les starting-blocks » pour mener la « bataille » contre la réforme des retraites

La gauche « dans les starting-blocks » pour mener la « bataille » contre la réforme des retraites

Les partis de gauche et écologistes rejoignent la mobilisation du 19 janvier lancée par l’intersyndicale contre la réforme des retraites. Dans ce mouvement unitaire, LFI semble jouer solo, en lançant aussi une mobilisation le 21, qui fait débat. « Les partis politiques doivent accompagner le mouvement. Accompagner, ce n’est pas le devancer », pour le socialiste Patrick Kanner. Le niveau de mobilisation le 19 sera regardé de près.
François Vignal

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Après les annonces, la mobilisation. La réforme des retraites fait l’unanimité contre elle chez les syndicats et les partis de gauche. L’intersyndicale a appelé dès mardi soir à la mobilisation le jeudi 19 janvier. Dans la foulée, l’ensemble des partis de gauche ont décidé de suivre l’appel à manifester. LFI, PS, EELV, PCF, tous seront dans la rue.

Hier soir, à Paris, un meeting, piloté par l’Insoumis François Ruffin, a permis à la gauche un tour de chauffe et de faire monter la pression, avec les numéros 1 du PCF et d’EELV, Fabien Roussel et Marine Tondelier, le président du groupe PS de l’Assemblée, Boris Vallaud et Mathilde Panot, cheffe de file des députés LFI, prêts à jouer l’obstruction au Palais Bourbon. Marine Tondelier promet déjà pour sa part une « Assemblée nationale transformée en ZAD (zone à défendre) ».

« C’est un événement, l’unité syndicale n’est pas arrivée depuis 12 ans »

Les regards se tournent vers le mouvement du 19 janvier, où syndicats comme partis politiques jouent gros. Il donnera le la de la suite de la mobilisation. Un succès créera la dynamique contre la réforme. Un échec, même relatif, permettra au gouvernement de s’engouffrer dans la brèche et de minimiser l’impact de la mobilisation, quand bien même tous les sondages montrent des Français majoritairement opposés à la réforme.

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Alors tout le monde mobilise. « Le 19 doit se transformer en un raz de marée. Tous aux côtés des organisations syndicales ! » lance Olivier Faure, premier secrétaire du PS, en pleine campagne interne. « Tous mobilisés dans la rue aux côtés des syndicats contre la réforme des retraites » ajoute Fabien Roussel, secrétaire national du PCF. « On est devant une grosse bataille, qui rassemble l’ensemble des syndicats. C’est un événement, l’unité syndicale n’est pas arrivée depuis 12 ans. Comme nous l’étions sur tous les textes retraites, on sera dans la mobilisation », confirme Eliane Assassi, présidente du groupe CRCE (communiste) du Sénat. La sénatrice de Seine-Saint-Denis ajoute :

Tout le monde est dans les starting-blocks pour exiger le retrait de cette réforme.

« En ce début de quinquennat, c’est la mère des batailles »

« En ce début de quinquennat, c’est la mère des batailles » pour le président du groupe PS, Patrick Kanner, qui défilera dans son département, à Lille, la semaine prochaine. Dans cette mobilisation, La France Insoumise a lancé de son côté un appel à la mobilisation pour le 21 janvier, compliquant peut-être un peu les choses. En fixant la première manifestation le 19, les syndicats gardent ainsi la priorité. Mais la date est proche, et laisse moins de temps pour mobiliser.

« C’est une manifestation intersyndicale et les partis politiques doivent accompagner le mouvement. Accompagner, ce n’est pas le devancer », affirme le président du groupe PS du Sénat, qui « à titre personnel, n’est pas favorable à participer à la marche de LFI ». Pour l’ancien ministre socialiste, « l’expression du mécontentement dans la rue doit être uniquement portée par les syndicats. Chacun sa place, et nous en accompagnement ». « Moi je serai présente le 19 et après, on verra. Le 19 au soir, il y aura à nouveau une rencontre entre syndicats, et après on verra comment les choses se poursuivent », affirme de son côté Eliane Assassi, qui ajoute : « Demandez à LFI pourquoi ils organisent cette marche. Nous, on s’adapte et on colle au mouvement décidé démocratiquement par les salariés et les syndicats ».

« Le but est de montrer que personne ne veut de cette réforme »

L’appel du 21 lancé par LFI ne pose pas de problème en revanche à Guillaume Gontard, à la tête du groupe écologiste du Sénat. « Il y aura plusieurs mobilisations. Evidemment, les organisations syndicales doivent appeler à manifester et sont en première ligne. Notre rôle politique, c’est de faire des propositions. Mais ça n’empêche pas de mobiliser aux côtés des syndicats », avance le sénateur écologiste de l’Isère, qui « ne fait pas de différence » entre les deux journées. « Je n’ai aucun problème à dire qu’on a besoin de mobiliser. Et le point de départ, c’est le 19 ».

Pour l’écologiste, il faut « appeler à la mobilisation pour faire en sorte que cette réforme, qui est une régression sociale, ne puisse voir le jour ». « Le but est de montrer que personne ne veut de cette réforme, telle qu’elle est présentée », ajoute le sénateur de l’Isère au micro de Public Sénat. Regardez :

« Passage en force très brutal »

Guillaume Gontard dénonce le « passage en force très brutal » du gouvernement qui a fait le choix d’un projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale. Alors que l’exécutif veut repousser l’âge légal de départ à 64 ans, Guillaume Gontard rappelle la réalité des chiffres :

A 62 ans, 25 % des plus pauvres sont déjà morts. Donc ils ne prendront pas leur retraite.

Le président du groupe écologise relève une autre conséquence de la réforme, car « les retraités, ce sont eux aussi qui font tourner le pays. Si vous allez dans les associations, vous voyez bien que c’est cette force-là, c’est un temps libre. Ce sera un manque ».

« Travailler sur ce qui nous rassemble plutôt que ce qui pourrait paraître comme des divergences »

Si la Nupes et la gauche trouvent une cause commune, reste que les solutions peuvent différer entre partenaires. L’objectif d’un retour à la retraite à 60 ans, qui est dans l’accord de la Nupes, « paraît évident » à Guillaume Gontard, « ça a été un progrès social, il y a eu un recul depuis ». « On a un projet, c’est la retraite à 60 ans et pas l’augmentation du nombre de trimestre. C’est une boussole », ajoute Eliane Assassi. Mais au PS, la question peut faire débat. « Il y a l’objectif d’arriver à 60 ans, à moyen-long terme, si les conditions sont réunies, il faut regarder. Mais 60 ans à 40 annuités, c’est non pour moi, même si c’est porté encore à LFI voire au PCF », avance Patrick Kanner. Pour l’ancien ministre de François Hollande, « la réforme Touraine est un socle qui peut être amélioré, et qui, pour moi, correspond à une solution. Il faut l’intégrer comme une alternative crédible à la réforme d’Elisabeth Borne ». Malgré ces différences, pour la communiste Eliane Assassi, il faut avant tout « travailler sur ce qui nous rassemble plutôt que ce qui pourrait paraître comme des divergences ».

Pour l’heure, dans un communiqué commun rassemblant les sept groupes de gauche de l’Assemblée et du Sénat, les députés et sénateurs parlent d’une même voix : « La mobilisation doit être immédiate et massive, en soutien à toutes les initiatives des organisations syndicales et de jeunesse. Nous appelons l’ensemble de nos concitoyens à prendre part à ces initiatives à commencer par la journée de mobilisation du 19 janvier ». Pour la Nupes, qui a connu plusieurs polémiques depuis l’été dernier, la mobilisation contre les retraites sera l’occasion de reprendre du poil de la bête, dans la rue comme au Parlement.

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