« La guerre n’a jamais cessé d’être là », déclare le Général Lecointre

Lorsqu’en février, Emmanuel Macron évoque la possibilité d’envoyer des troupes sur le sol ukrainien, c’est la surprise générale. Et ce, alors même que la guerre « a toujours été en germe » déclare François Lecointre, ancien Chef d’état-major des armées. Il explique la surprise des Occidentaux par une certaine ignorance et une arrogance des Européens vis-à-vis de la guerre, arrogance qu’il déplore. Cette semaine, Rebecca Fitoussi reçoit le Général Lecointre dans « Un monde un regard ».
Lauralie Margalejo

Temps de lecture :

4 min

Publié le

« Il y avait une sorte d’arrogance de l’Europe, dans ce refus de considérer que la guerre était une possibilité », analyse l’ancien Chef d’état-major des armées. Une arrogance doublée d’une « ignorance ». « Cette ignorance n’était pas délibérée » concède-t-il, mais a « établi une distance très importante entre la société et son armée ». Une distance déplorée par cette dernière. Il y a pour le Général Lecointre un « désarmement moral de notre société », lié à une « perte de conscience de cette violence qui existait dans le monde et qui existe toujours », une violence « qui existe aussi au cœur des hommes ». Les vives réactions lorsqu’Emmanuel Macron a émis l’éventualité d’envoyer des troupes sur le sol ukrainien, témoignent de cette « perte de conscience ». Cette annonce a eu l’effet d’un « brutal réveil » et a provoqué « l’effroi » des citoyens : « ‘Comment ça, la guerre est encore là’ » ? Et bien « oui », répond l’ancien Chef d’état-major des armées. « La guerre n’a jamais cessé d’être là ».

« L’action militaire ne peut pas être clandestine »

Nous pourrions penser que l’« ignorance » vis-à-vis de l’armée, est justifiée. Que celle que l’on surnomme « la grande muette » doit œuvrer dans l’ombre, pour assurer la sécurité des citoyens. Le général Lecointre pense tout l’inverse, « la clandestinité est la pire des choses », dit-il. Puisque « l’engagement des armées engage la responsabilité des citoyens », nul ne doit l’ignorer. Or, l’ancien Chef d’état-major des armées observe une sorte de rejet. Un rejet de la guerre et, par extension, un rejet de l’armée. Il se souvient d’un retour de mission en Côte d’Ivoire. Il avait demandé à ses soldats d’aller voir les professeurs d’école de leurs enfants et de leur proposer d’intervenir dans les classes en s’appuyant sur une exposition photo qu’ils avaient composée. L’idée était d’aller expliquer leur action pendant ces cinq mois et demi en Côte d’Ivoire. Pas un seul professeur n’a accepté de les recevoir. Et pourtant, communiquer sur l’action de l’armée, expliquer son rôle dans les collèges, les lycées, les universités, est essentiel pour essayer de faire comprendre aux gens « ce qui peut valoir que vous alliez tuer au risque de votre vie ».

Il s’agit là de l’ordre le plus dur que puisse donner le politique à l’armée. Pour que les soldats y adhèrent, il est nécessaire qu’ils y voient du « sens ». Cette « question du sens » est primordiale et « remonte au politique » affirme François Lecointre. L’ancien Chef d’état-major des armées explique qu’ « il faut absolument que le chef militaire qui est à cette articulation entre le politique et le militaire fasse tout pour que l’engagement soit le plus légitime possible et qu’il soit le mieux compris possible par les soldats », pour ne pas qu’il y ait « d’obstacle éthique à l’exécution de l’ordre » donné. Le Général souligne le caractère « indispensable » de la relation du Chef d’état-major de l’armée avec le Président de la République pour « le bon fonctionnement de la Ve République ». « Une relation de très grande proximité », mais aussi « une relation de confrontation, dans la confiance ».

L’intégralité de l’émission est disponible en replay.

Partager cet article

Dans la même thématique

Capture ICIEU
4min

Politique

L'IVG doit être un « droit » reconnu par l'Union européenne pour cette eurodéputée finlandaise

L’Union européenne apparaît comme un rempart des droits des femmes, mais si on y regarde à la loupe, elle connait aussi une forme de régression. Ainsi, le droit à l’avortement est en recul dans plusieurs pays tels que l’Italie, la Hongrie, et surtout la Pologne, où il est quasiment interdit, tout comme à Malte. Malgré une initiative populaire reprise par la Commission européenne pour donner un accès à l’IVG pour toutes les européennes, la bataille idéologique bat son plein. "Ici l'Europe" ouvre le débat, avec les eurodéputés Anna Cavazzini (Allemagne, les Verts), Sirpa Pietikäinen (Finlande, PPE) et Marc Angel (Luxembourg, S&D).

Le

« La guerre n’a jamais cessé d’être là », déclare le Général Lecointre
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Second round legislative election-Dijon
11min

Politique

Sondages : pour les municipales, « un exercice vraiment plus difficile » pour les sondeurs

Les sondages sont-ils fiables pour les municipales ? C’est la question qui se pose après la publication de deux sondages Odoxa et Ifop sur Nantes, totalement contradictoires. « C’est probablement la méthodologie qui a été choisie qui explique les écarts importants », explique Gaël Sliman, président et cofondateur d’Odoxa. « Les enquêtes par téléphone ne sont pas les plus efficaces ou faciles, et beaucoup sont réalisées par téléphone » dans les villes moyennes, ajoute Jean-Daniel Levy, directeur délégué de Harris Interactive. Plongée dans la fabrique des sondages.

Le