La Guyane retrouve les barrages, jusqu’à quand?
La Guyane s'apprête à vivre mardi une nouvelle journée de paralysie après la décision du collectif "Pou la Gwiyann dékolé" de...

La Guyane retrouve les barrages, jusqu’à quand?

La Guyane s'apprête à vivre mardi une nouvelle journée de paralysie après la décision du collectif "Pou la Gwiyann dékolé" de...
Public Sénat

Par Cécile AZZARO

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La Guyane s'apprête à vivre mardi une nouvelle journée de paralysie après la décision du collectif "Pou la Gwiyann dékolé" de refermer les barrages routiers pour obtenir du gouvernement la validation d'un protocole d'accord, malgré l'exaspération d'une partie de la population.

Les barrages avaient été ouverts jeudi soir, pour permettre à la population de souffler après un mois de conflit social.

Mais le collectif, qui porte des revendications sécuritaires, économiques et sociales pour permettre au territoire d'outre-mer de rattraper son retard sur l'Hexagone, veut "faire pression sur le gouvernement" à quelques jours de la présidentielle -prévue samedi en Guyane- et a choisi de les refermer lundi soir à 22H00.

Objectif: obtenir plus rapidement de l'exécutif qu'il valide un protocole d'accord envoyé par le collectif au chef de l'Etat et à la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts.

Ce protocole d'accord doit permettre de "suspendre le mouvement sous sa forme actuelle", a précisé devant la presse Valérie Vanoukia, représentante des très petites entreprises de Guyane.

"Le dialogue a repris", a-t-elle expliqué, se déclarant "très confiante pour dire que le mouvement sera suspendu dans les deux ou trois jours à venir".

Le texte "acte" le plan d'urgence de plus d'un milliard d'euros proposé par le gouvernement et propose de rouvrir le dialogue sur les 2 milliards" d'euros supplémentaires que réclamaient jusqu'à présent les manifestants.

Longtemps point d'achoppement des discussions, le collectif estime désormais que "sur les 2 milliards, nous pouvons discuter", "ce ne sont qu'une pompe d'amorçage", a ajouté Mme Vanoukia.

Les protestataires demandent également "la rétrocession totale du foncier", selon un communiqué du collectif, et posent deux points "non négociables".

"Le gouvernement doit acter le fait que le peuple guyanais veut se prendre en main", a indiqué Mme Vanoukia. Cela signifie qu'il demande "l'ouverture d'une consultation citoyenne" sur l'avenir institutionnel de la Guyane, précise le communiqué.

Et l'exécutif doit aussi garantir qu'aucun manifestant ayant participé au mouvement ne sera sanctionné, en référence aux contrôles de police ordonnés depuis vendredi par la justice sur les barrages, à la suite de plaintes de particuliers pour "entrave à la circulation".

Une proposition très applaudie lundi soir lors de la présentation de la décision, devant 500 personnes, au rond-point de la Crique-Fouillée, à Cayenne.

- "Comme au Brésil" -

Pour Alphonse Achille, 65 ans, il n'aurait pas fallu faire de pause dans la mobilisation. "Quel que soit ce qui peut advenir, il faut continuer. Bloquer la population lui permet de s'impliquer", a-t-il affirmé.

"Si nous ne faisons rien, nous allons nous retrouver comme en Afrique ou au Brésil, avec une élite retranchée derrière des barbelés", juge Olivia, professeur agrégée de 40 ans, considérant que face à la situation "indécente" de l'hôpital de Cayenne, "à ce stade là, on n'a plus rien à perdre".

Mais d'autres étaient plus partagés, comme Mario Behari-Laul-Sirder, 61 ans: "Si ça ferme, je suis pour, car je suis pour la solidarité et le peuple en a besoin, mais si ça ouvre, je suis pour aussi car j'ai une famille".

La décision était loin de faire l'unanimité sur les réseaux sociaux: "On continue à se tirer une balle dans le pied", "le gouvernement n'a rien fait pendant 5 ans, il ne fera rien quand il est sur le point d’être éjecter", dénonçaient plusieurs internautes sur la page Facebook du collectif.

La présence de la présidente de la FTPE (Fédération des très petites entreprises) de Guyane, devant les médias alors qu'elle n'est pas porte-parole du mouvement, était une réponse à ceux, de plus en plus nombreux chez les entrepreneurs, réclamant la fin du blocage qui pénalise l'activité économique.

Elle a assuré que le combat prendrait ensuite d'autres formes, invitant notamment la population à "préparer un ensemble de plaintes contre l'Etat, par rapport à santé, l'éducation, le non-développement économique, le foncier".

Un premier appel à porter plainte, après l'utilisation de gaz lacrymogène contre la population lors d'une manifestation devant la préfecture, a été lancé pour mardi après-midi.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le