La Guyane se prépare à une « journée morte »  avec de grandes marches
Une "journée morte" doit se tenir mardi en Guyane, qui permettra de déterminer le niveau de mobilisation de la "grève générale illimitée"...

La Guyane se prépare à une « journée morte » avec de grandes marches

Une "journée morte" doit se tenir mardi en Guyane, qui permettra de déterminer le niveau de mobilisation de la "grève générale illimitée"...
Public Sénat

Par Joris FIORITI, Frédéric FARINE

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Une "journée morte" doit se tenir mardi en Guyane, qui permettra de déterminer le niveau de mobilisation de la "grève générale illimitée" décrétée depuis lundi sur le territoire, dont les premières heures ont été marquées par un suivi très modéré.

Les barrages, qui empêchent les voitures d'entrer ou sortir des villes, seront ouverts pendant quelques heures pour permettre aux manifestants de prendre le départ de grandes marches, prévues à 8H00 (13H00 française) à Cayenne et 8H30 (13H30) à Saint-Laurent-du-Maroni, la deuxième ville du pays.

Le Premier ministre Bernard Cazeneuve  lors d'une conférence de presse dans la cour de Matignon le 27 mars 2017  avec à son côté la ministre de l'Outre-mer Ericka Bareigts
Le Premier ministre Bernard Cazeneuve lors d'une conférence de presse dans la cour de Matignon le 27 mars 2017  avec à son côté la ministre de l'Outre-mer Ericka Bareigts
AFP

"La Guyane n'est pas dans une situation insurrectionnelle", a affirmé Albert Darnal, un militant de l'Union des travailleurs guyanais (UTG), dont les 37 syndicats membres ont voté la "grève générale illimitée".

"On nous parle de respect. Mais si la France avait respecté la Guyane, nous n'en serions pas là", a tempêté sur la chaîne Guyane première un porte-parole du collectif des Iguanes de Saint-Laurent-du-Maroni, un mouvement qui visait à l'origine à dénoncer des coupures d'électricité à répétition.

Fiche sur le mouvement social qui touche la Guyane, où un appel à la grève générale a été lancé par les 37 syndicats réunis au sein de l'Union des travailleurs guyanais
Fiche sur le mouvement social qui touche la Guyane, où un appel à la grève générale a été lancé par les 37 syndicats réunis au sein de l'Union des travailleurs guyanais
AFP

Après une semaine de paralysie qui a notamment cloué la fusée Ariane 5 au hangar, le collectif des protestataires "Pou La Gwiyann dékolé" (pour que la Guyane décolle), n'est toujours pas disposé à rencontrer la délégation interministérielle arrivée samedi. Il regroupe à la fois des collectifs contre la délinquance et pour l'amélioration de l'offre de soins, l'UTG, syndicat principal du territoire, des transporteurs, des socioprofessionnels, des agriculteurs, des enseignants et depuis lundi des avocats.

Guyane journée morte "On attend la ministre", a indiqué à l'AFP lundi soir, Jean-Hubert François, président du syndicat des jeunes agriculteurs.

L'Avenue du Général de Gaulle de Cayenne le 27 mars 2017 lors de la grève générale
L'Avenue du Général de Gaulle de Cayenne le 27 mars 2017 lors de la grève générale
AFP

L'affluence de mardi permettra de déterminer le niveau réel de la mobilisation. Le premier jour de la grève générale avait en effet été très modérément suivi.

Si le drapeau indépendantiste vert, jaune et rouge était omniprésent lundi à Cayenne et les banderoles "nous bon ké sa" - "ça suffit" en créole guyanais - se voyaient partout sur le territoire, les foules ne s'étaient pas déplacées pour marquer leur soutien.

Guyane, un territoire en crise
Guyane, un territoire en crise
AFP

L'ancienne garde des Sceaux, la Guyanaise Christiane Taubira, a appelé au "dialogue" avec une "plus grande implication des élus locaux", "sinon le blocage va durer". Mme Taubira a justifié que la négociation soit traitée par la haute administration plutôt que par des ministres car "il faut que cette négociation survive à la fin de la législature".

- taux d'homicide record -

Barrage routier, le 26 mars 2017 à Cayenne
Barrage routier, le 26 mars 2017 à Cayenne
AFP

L'exécutif socialiste a "incontestablement" agi en augmentant notamment les forces de police et de gendarmerie, a-t-elle relevé.

Jean-François Cordet, un ancien préfet de Guyane qui pilote la mission interministérielle (C) lors d'une conférence de presse à Cayenne le 26 mars 2017
Jean-François Cordet, un ancien préfet de Guyane qui pilote la mission interministérielle (C) lors d'une conférence de presse à Cayenne le 26 mars 2017
AFP

Alors que la Guyane et ses 250.000 habitants connaissent un taux d'homicide record, François Hollande a qualifié lundi "la lutte contre l'insécurité" de "première priorité" via "le renforcement des moyens".

Bernard Cazeneuve a de son côté annoncé la venue d'une délégation ministérielle en Guyane "avant la fin de la semaine", "si toutefois les conditions du respect (...) et de l'ordre républicain sont réunies".

"On ne dialogue pas en cagoule. On dialogue le visage découvert", a de son côté insisté le nouveau ministre de l'Intérieur Matthias Fekl, en référence à un groupe baptisé "Les 500 frères", créé récemment par des citoyens pour lutter contre "l'insécurité" en Guyane, et qui manifeste toujours cagoulé.

mouvement social Une mission de hauts fonctionnaires, envoyée par Paris, s'active depuis samedi en Guyane. Alors que le préfet Jean-François Cordet, qui la pilote, a fait état de "premiers résultats" obtenus depuis samedi, un porte-parole des socio-professionnels a réclamé "un plan de développement et pas des mesurettes".

M. Cordet, ancien préfet de Guyane, a notamment annoncé le renfort de "25 policiers, 23 gendarmes", ou "la fidélisation d’un escadron de gendarmes mobiles à Cayenne", mais aussi une enveloppe d’urgence de "60 millions d’euros supplémentaires" pour le centre hospitalier de Cayenne, fortement endetté.

Il y a "un vrai stress sur l'insécurité. Viennent ensuite la santé et l'éducation", a confié à l'AFP Michel Yahiel, ancien "conseiller social" de François Hollande et membre de la délégation.

La situation en Guyane a trouvé un écho dans la campagne présidentielle, à quatre semaines du premier tour. Marine Le Pen (FN) a dénoncé le "service cruellement minimum" du gouvernement, François Fillon (LR) y voyant "la conséquence de l'échec de la politique de François Hollande".

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