La laïcité, au menu du grand débat, fait craindre des divisions
En affirmant que le grand débat devait "renforcer les principes" de la laïcité, Emmanuel Macron a fait naître la crainte de...

La laïcité, au menu du grand débat, fait craindre des divisions

En affirmant que le grand débat devait "renforcer les principes" de la laïcité, Emmanuel Macron a fait naître la crainte de...
Public Sénat

Par Karine PERRET

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

En affirmant que le grand débat devait "renforcer les principes" de la laïcité, Emmanuel Macron a fait naître la crainte de discussions "peu sereines" alors que l'exécutif a déjà commencé ses consultations pour réviser la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État.

Le sujet apparaît à la fin de sa "Lettre aux Français" publiée dimanche soir et qui va faire l'objet d'un débat pendant deux mois : "Comment renforcer les principes de la laïcité française, dans le rapport entre l’État et les religions de notre pays ?", interroge notamment le président dans ce courrier qui vise à faire retomber la colère des "gilets jaunes".

Mardi, lors du lancement du grand débat à Grand Bourgtheroulde (Eure), M. Macron a justifié son choix d'évoquer la laïcité "parce que c'est (...) une vraie préoccupation pour beaucoup de nos concitoyens" mais aussi dans l'optique de la future réforme de la loi de 1905.

"Je crois qu'on peut porter une vraie réforme ambitieuse pour renforcer la laïcité dans notre pays", a-t-il affirmé, appelant à le faire de "manière extrêmement apaisée", avec la volonté de "sortir de tous les simplismes, et de tous les ostracismes" et en tenant compte de "l'avis des gens".

"C'est étrange de parler de cette question alors que l'insatisfaction des +gilets jaunes+ est surtout socio-économique", affirme toutefois à l'AFP Jean Baubérot, ancien titulaire de la chaire Histoire et sociologie de la laïcité à l’École des hautes études en sciences sociales.

"La laïcité, c'est d'abord un principe juridique. J'ai peur que cela renforce l'idée que la laïcité est une opinion et que chacun peut avoir son opinion sur la laïcité, et que le débat se fasse sans référence au droit et aux principes juridiques", a-t-il ajouté. Selon lui, "le risque est que cela soit interprété comme +allez-y, prenez des mesures répressives+".

L'apparition du sujet a aussi étonné les francs-maçons, attachés à la défense de la laïcité et actuellement très attentifs aux projets de l'exécutif de vouloir modifier certains aspects de la loi de 1905.

"Les termes sont confus: la laïcité est un principe d'organisation, essentiel, mais pas une valeur", affirme ainsi Édouard Habrant, grand maître de la Grande loge mixte de France. "Est-ce que ce n'est pas rajouter un sujet de division ?", se demande-t-il, se disant "inquiet quant à la sérénité des débats".

- Kits méthodologiques -

"Je suis extrêmement surpris que la laïcité se retrouve dans cette lettre et sous cette forme-là", abonde Jean-Philippe Hubsch, grand maître du Grand Orient de France, qui s'interroge sur le calendrier gouvernemental.

Depuis novembre, l'exécutif mène des consultations avec les représentants religieux pour finaliser son projet de réforme de la loi 1905 qui vise notamment à renforcer la transparence du financement des cultes et à garantir le respect de l'ordre public.

"D'un côté, on a un projet de loi" qui va arriver et "de l'autre côté, on lance le sujet dans le débat national", a-t-il relevé.

Didier Leschi, président de l'Institut européen en sciences des religions (IESR), se dit, lui, pas étonné de voir ce sujet évoqué dans la lettre de M. Macron. "La manière dont on met en œuvre les principes de la laïcité, ça fait partie des inquiétudes du moment", relève-t-il. "Les discordances d'appréciation ont un effet sur le débat public", ajoute-t-il.

Christophe Bellon, historien de la laïcité, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université catholique de Lille, estime que le débat qui s'engage "a de fortes chances d'influencer le projet final de révision de la loi de 1905".

"On pouvait craindre que l’État préempte cette question-là". Or le projet de loi "prendra en compte ce qu'aura dit le débat citoyen dans les mairies, sur Internet...", juge-t-il.

L'Observatoire de la laïcité, commission consultative présidée par l'ex-ministre PS Jean-Louis Bianco et placée auprès du Premier ministre, assure pour sa part qu'il "s'investira dans le débat (...) pour donner des éléments objectifs de pédagogie sur les mesures prises et la gestion du fait religieux ces dernières années".

Le gouvernement a promis des "kits méthodologiques" et des fiches thématiques" sur les thèmes débattus.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

La laïcité, au menu du grand débat, fait craindre des divisions
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le