La loi controversée sur le secret des affaires obtient son feu vert constitutionnel
Elle est dénoncée comme une menace pour la liberté d'informer: la loi sur le secret des affaires, qui transpose dans le droit...

La loi controversée sur le secret des affaires obtient son feu vert constitutionnel

Elle est dénoncée comme une menace pour la liberté d'informer: la loi sur le secret des affaires, qui transpose dans le droit...
Public Sénat

Par Pierre ROCHICCIOLI

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Elle est dénoncée comme une menace pour la liberté d'informer: la loi sur le secret des affaires, qui transpose dans le droit français une directive européenne sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales, a été validée jeudi par la Conseil constitutionnel.

Les Sages étaient saisis par plus de 120 députés et sénateurs de gauche (PS, PCF, La France insoumise), auxquels s'étaient joints une cinquantaine d'associations, de syndicats et de sociétés de journalistes.

Les requérants dénonçaient "une atteinte grave, excessive et injustifiée à la liberté d'expression et de communication". Ils contestaient notamment "une définition trop étendue du secret des affaires, notamment au regard de la protection des salariés".

Après plusieurs semaines de vifs débat animés par la gauche, les médias et des associations, le Parlement avait définitivement adopté le 21 juin la proposition de loi LREM transposant une directive européenne par 248 voix pour et 95 contre, toutes de gauche.

La loi a pour objectif de "protéger les entreprises contre le pillage d'innovations, lutter contre la concurrence déloyale", avait expliqué à l'Assemblée la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

Les opposants doutent de leur côté que le texte soit utile aux PME et craignent surtout qu'il ne soit détourné de son objet pour museler les journalistes et les lanceurs d'alerte.

Plus d'une centaine de rédactions, d'ONG, de journalistes et sociétés de journalistes, avaient appelé Emmanuel Macron à modifier "un outil de censure inédit".

Dans sa décision, le Conseil constitutionnel rappelle en préambule sa capacité limitée pour exercer son contrôle sur ce type de texte, l'article 88-1 de la Constitution posant la transposition des directives européennes dans le droit français comme "une exigence".

Les Sages peuvent cependant vérifier que la directive n'entre pas en contradiction avec "une règle ou un principe inhérent à l'identité constitutionnelle de la France".

Ils ont aussi la possibilité de déclarer non-conforme à la Constitution une disposition législative qu'ils jugeraient "manifestement incompatible avec la directive qu'elle a pour objet de transposer". Une hypothèse vite écartée, le texte français collant parfaitement à la directive européenne.

- "Droit d'alerte" -

Le Conseil a donc estimé qu'il ne lui appartenait pas de se prononcer sur le grief suivant lequel la directive transposée dans la loi méconnaîtrait la liberté d'expression et de communication. Une liberté protégée tant par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne que par la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789.

Toutefois, après avoir souligné que la directive confère aux Etats membres une marge d'appréciation, les Sages ont passé en revue les principales critiques portées sur le texte, notamment celles sur la liberté d'expression et de communication, pour mieux les écarter.

Ils ont notamment pointé à ce sujet l'existence d'une "exception à la protection du secret des affaires bénéficiant aux personnes physiques exerçant le droit d'alerte", mais aussi "à toute personne révélant, dans le but de protéger l'intérêt général et de bonne foi, une activité illégale, une faute ou un comportement répréhensible".

Sur la liberté d'entreprendre, ils ont estimé que les mesures de protection imposées aux entreprises pour revendiquer la protection du secret des affaires étaient "raisonnables" et pouvaient être appréciées en tenant compte des "circonstances", c'est-à-dire des moyens de l'entreprise.

Partager cet article

Dans la même thématique

La loi controversée sur le secret des affaires obtient son feu vert constitutionnel
2min

Politique

Municipales 2026 : « On ne peut pas critiquer la vie politique si on n’y participe pas », estime Albane Gély, primo-votante

Les élections municipales qui auront lieues le 15 et 22 mars prochains seront pour certains la première occasion de voter. Invitée dans l’émission Dialogue Citoyen, Albane, étudiante en droit et philosophie, témoigne de l’importance pour elle de voter, une exception chez les 18-25 ans qui n’étaient que 30% à s’être déplacés lors des dernières élections municipales. Une élection organisée juste avant la période de confinement.

Le

La loi controversée sur le secret des affaires obtient son feu vert constitutionnel
3min

Politique

Alain Duhamel : « Les Français sont dans un état de défiance que je trouve totalement disproportionné »

Il a connu Pompidou, interviewé Valéry Giscard d’Estaing, mis sur le grill François Mitterrand et, pour ainsi dire, vu naître politiquement tous les autres présidents de la Cinquième République. Voilà cinquante ans qu’Alain Duhamel ausculte la politique française avec une tempérance devenue sa marque de fabrique. La retraite ? Impensable pour l’éditorialiste qui publie Les Politiques, portraits et croquis (éditions de l’Observatoire) dans lequel sont scrutées 63 personnalités politiques avec beaucoup de franchise. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde un regard, il revient sur les souvenirs marquants de sa carrière et analyse le climat politique des dernières années.

Le

6min

Politique

Royaume-Uni : Keir Starmer face à « la défiance » de son propre camp, après de nouvelles révélations entre Jeffrey Epstein et l’ancien ambassadeur britannique à Washington

Le Premier ministre essuie les conséquences de sa décision de nommer Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington en 2024, alors que ses liens avec Jeffrey Epstein étaient déjà connus. Après la publication de nouveaux fichiers sur le financier américain, la pression s’accentue contre Keir Starmer, déjà fragilisé depuis le début de son mandat.

Le

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?
8min

Politique

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?

Le ministère de l’Intérieur a déclenché les foudres des Insoumis en classant ce mouvement pour la première fois à l’extrême gauche, dans une circulaire adressée aux préfets en vue de la catégorisation des candidats et des listes. Ce n’est pas la première fois que la place Beauvau est critiquée pour ses choix.

Le