La ministre de la Santé prise à partie au Sénat sur les déserts médicaux

La ministre de la Santé prise à partie au Sénat sur les déserts médicaux

Un incident de séance a marqué les débats sur le budget de la Sécu au Sénat. Le sénateur LR d’Ardèche, Jacques Genest, s’en est pris à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, au sujet des déserts médicaux. Il l’a renvoyée à « tous les gens qui souffrent et qui meurent parce qu’ils n’ont pas de médecin » alors qu’elle venait de s’opposer à des mesures d’incitation à leur installation.
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Les débats avaient pourtant commencé sur un ton très sénatorial. Et même guilleret. « Je crois qu’on vient d’entendre la voix de la raison » avait salué avec le sourire un sénateur, après que son collègue Michel Raison, sénateur LR de Haute-Saône, a défendu un amendement sur les déserts médicaux, dans le cadre de l’examen au Sénat du budget de la Sécurité sociale pour 2018.

Agnès Buzyn : « Toute incitation financière va déshabiller d’autres territoires »

Plusieurs sénateurs ont pointé, ce jeudi soir, ce problème des territoires ruraux. Mais aussi urbains. Et ont cherché à inciter l’installation des médecins dans ces zones. La sénatrice PS des quartiers nord de Marseille, Samia Ghali, a proposé qu’ils bénéficient d’une exonération de charges sociales et fiscales s’ils s’implantent dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Exonération proposée aussi par la sénatrice PS de Martinique, Catherine Conconne. Les amendements de Michel Raison et son collègue LR du Loiret, Jean-Noël Cardoux, visent à eux exonérer – partiellement pour celui de Jean-Noël Cardoux – de cotisations vieillesse les médecins retraités « exerçant en zone sous-dense afin de rendre plus attractif le cumul emploi-retraite ».

Avis défavorable de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, présente pour défendre le texte du gouvernement. « Toute incitation financière va déshabiller d’autres territoires », souligne-t-elle. La ministre a appelé au contraire les sénateurs à ne pas tout « miser sur des installations. C’est une erreur philosophique. (…) La démographie médicale est telle que nous n’avons pas ces médecins. Jusqu’en 2025, nous avons une démographie médicale qui décline ». Agnès Buzyn renvoie plutôt à son « plan d’accès territorial au soin » qui doit faire l’objet du débat à la fin de l’examen.

L’ambiance change radicalement

Des propos qui passent mal, voire très mal. Car quelques minutes après, l’ambiance change radicalement. Le ton commence à monter avec Catherine Conconne, la sénatrice de Martinique : « Comment la République peut continuer de supporter que dans une région comme le nord de la Martinique, qui compte 14 communes, il y ait 11 communes avec 0 médecin ? (…) Une personne doit parfois affronter 3 heures d’embouteillages » pour trouver un médecin, s’indigne-t-elle.

Puis Jacques Genest, sénateur LR de l’Ardèche, territoire rural, prend la parole à ton tour. Et s’en prend aux propos de la ministre de la Santé (voir la vidéo) :

« Aujourd’hui, on va avoir 80 à 85 % du territoire qui ne sera plus couvert par les médecins, soit dans les territoires ruraux, que je connais bien, ou dans les territoires de banlieue. Je crois que les gens qui souffrent de maladie et qui ne peuvent se faire soigner, leur problème n’est pas de savoir si on exonère ou pas les médecins. C’est de se faire soigner. Et je vous demanderai, Madame la ministre, une permission : votre très beau discours BCBG, je vais l’enregistrer et le passer à tous les gens qui souffrent et qui meurent, parce qu’ils n’ont pas de médecin… »

Réaction immédiate du ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, qui demande une suspension de séance de 10 minutes. « Et je souhaite que Monsieur le sénateur s’excuse sur l’attaque personnelle auprès de la ministre. C’est totalement inconvenant. Je demande la suspension et je pense que je la demanderai plusieurs fois, tant que le sénateur ne se sera pas excusé »…

Jacques Genest reprend le micro, et s’exécute : « Si je vous ai vexé, je m’en excuse, ce n’était pas volontaire mais pour dire que le problème est très très grave dans les territoires. Alors excusez-moi, Madame la ministre, ce n’était pas pour vous fâcher, parce qu’en plus je pense que vous êtes une bonne ministre ».

Gérald Darmanin insiste pour demander une suspension. « Il me semble qu’elle est de droit quand le gouvernement le demande ». « Elle n’est pas de droit » lui répond la présidente de séance, la vice-présidente PS du Sénat, Marie-Noëlle Lienemann. La séance continue.

« Il ne peut pas y avoir des discours du Président dans les quartiers et une réponse qui va à l’encontre »

Samia Ghali reprend la parole et se dit choquée à son tour… contre la ministre. « Il ne peut pas y avoir des discours du président de la République dans les quartiers et une réponse qui va à l’encontre ». Stéphane Ravier, sénateur FN et ancien maire 7e secteur de Marseille, en profite pour ajouter son grain de sel et souligne que, selon lui, le manque de médecins dans les quartiers nord s’explique par « l’insécurité ».

Alain Milon, président LR de la commission des affaires sociales du Sénat, tente de jouer les juges de paix : « S’il y a un manque de médecins installés, c’est probablement de la faute de ceux qui avaient la direction politique du pays ces 20 dernières années, quels qu’ils soient. (…) Pour faire un médecin, c’est 10 à 12 ans ». Au moment du vote, seul l’amendement Cardoux est adopté.

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