La nomination inattendue de l’historien Pap Ndiaye à l’Education nationale
L’universitaire Pap Ndiaye, actuel directeur général du palais de la Porte-Dorée, spécialiste des discriminations raciales, remplace Jean-Michel Blanquer à l’Education nationale. Un ministère sensible pour une personnalité proche de la gauche, que l’on n’attendait pas au gouvernement.

La nomination inattendue de l’historien Pap Ndiaye à l’Education nationale

L’universitaire Pap Ndiaye, actuel directeur général du palais de la Porte-Dorée, spécialiste des discriminations raciales, remplace Jean-Michel Blanquer à l’Education nationale. Un ministère sensible pour une personnalité proche de la gauche, que l’on n’attendait pas au gouvernement.
Romain David

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Cinq ans après la promesse de renouveau d’Emmanuel Macron, il est l’un des rares profils issus de la société civile à entrer au gouvernement. Une prise de choix aussi pour le chef de l’Etat : l’historien Pap Ndiaye, spécialiste des minorités et de l’histoire des Etats-Unis, a été nommé ministre de l’Education nationale vendredi. Un profil éminemment intellectuel mais peu politique, et qui devra surtout se roder aux rouages parfois complexes de la haute administration.

Né d’un père sénégalais et d’une mère française, Pap Ndiaye effectue un parcours scolaire brillant dans les années 1980 : lycée Lakanal de Sceaux, classe préparatoire au lycée Henri IV et l’ENS de Saint-Cloud. Il est le frère de la romancière Marie NDiaye, prix Goncourt 2009 pour son roman Trois femmes puissantes.

Un séjour aux Etats-Unis, où il prépare sa thèse d’histoire, le pousse à se pencher sur les questions de discrimination. Lui-même admet que sa prise de conscience des inégalités raciales a été tardive : « J’avais besoin de passer par l’histoire des sciences et des entreprises, de vivre et d’étudier aux Etats-Unis. Les chemins ne sont pas toujours rectilignes. J’ai grandi à une époque et dans un milieu où je n’avais pas beaucoup de ressources pour y penser. J’ai commencé à réfléchir à cette question il y a vingt-cinq ans », a-t-il expliqué dans un entretien au Monde. Ses considérations sur le sujet ont été rassemblées dans l’essai fleuve qu’il publie en 2008 : La condition noire.

À la tête du musée de l’Histoire de l’immigration

Pap Ndiaye est l’une des personnalités du Cran, Le Conseil représentatif des associations noires de France. Ces dernières années, il a notamment été l’auteur d’un rapport remarqué sur la diversité à l’Opéra de Paris, et a participé à l’exposition « Le Modèle noir, de Géricault à Matisse » au Musée d’Orsay. En 2021, Pap Ndiaye est nommé directeur général du palais de la Porte-Dorée à Paris, où se situe le musée de l’Histoire de l’immigration. « Notre mission, c’est faire de l’immigration un élément central de l’histoire nationale », explique-t-il.

Une personnalité de gauche

Sur un plan plus politique, Pap Ndiaye a soutenu la candidature de François Hollande en 2012. Ironie du sort, à l’époque il signe dans L’Obs avec d’autres intellectuels une tribune qui appelle à un grand rassemblement « du Front de Gauche au MoDem ». Dix ans plus tard, c’est un rassemblement du même type, autour de Jean-Luc Mélenchon, qui risque d’incarner, à l’issue des prochaines législatives, la principale opposition à Emmanuel Macron.

L’intellectuel a également été la cible sur les réseaux des soutiens de Dieudonné, dont il a plusieurs fois dénoncé les dérives. « Je prends ça comme un compliment. Le jour où je recevrai des fleurs de ces gens, je m’inquiéterai », a-t-il commenté auprès de Libération.

En 2019, Pap Ndiaye portait un regard critique sur l’actuel chef de l’Etat, déclarant au Monde : « Quant à Emmanuel Macron, s’il lui arrive de s’exprimer avec éloquence comme lors du 10 mai, à propos de la mémoire de l’esclavage, on peine à discerner une politique, ou même un point de vue consistant [sur la discrimination raciale] ». Une phrase dont le locataire de l’Elysée ne semble pas avoir pris ombrage.

La nomination de Pap Ndiaye marque une franche rupture avec Jean-Michel Blanquer, qui avait fait de la lutte contre « le wokisme » l’un de ses grands chevaux de bataille. « L’école de la République c’est : la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité », a insisté Jean-Michel Blanquer lors de la passation de pouvoir. « La communauté que nous composons à travers la République reconnait d’abord l’universalité de l’homme. »

« Je suis un pur produit de la méritocratie républicaine »

Pap Ndiaye hérite d’un portefeuille réputé explosif. Il aura à charge de rétablir un lien de confiance avec des enseignants échaudés par les nombreuses réformes du quinquennat précédent et deux années de mise sous cloche en raison du covid-19. « Mes premières pensées vont vers le monde des enseignants qui est le mien depuis toujours. [...] Je suis un pur produit de la méritocratie républicaine dont l’école est un pilier », a déclaré le nouveau ministre au moment de sa prise de fonction. « Je suis peut-être le symbole de la diversité, je n’en tire nulle fierté, mais le sens du devoir et des responsabilités qui sont les miennes. »  

Surtout, Pap Ndiaye devra mettre en œuvre un programme présidentiel (autonomie des établissements, lier hausse des salaires et missions pédagogiques, renforcer l’enseignement des maths au lycée, etc.), fortement inspiré par celui que défendait la candidate LR Valérie Pécresse. Sur les marches de l’hôtel de Rochechouart, il a brièvement évoqué « la consolidation des savoirs fondamentaux, l’égalité des chances, l’adaptation de l’école aux bouleversements de l’économie et des sociétés. »

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