La nouvelle loi antiterroriste contestée devant le Conseil constitutionnel
Un texte "flou" avec des notions "extrêmement vagues" et au final, "un risque de dérive": des recours, déposés notamment par la...

La nouvelle loi antiterroriste contestée devant le Conseil constitutionnel

Un texte "flou" avec des notions "extrêmement vagues" et au final, "un risque de dérive": des recours, déposés notamment par la...
Public Sénat

Par Caroline TAIX

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Un texte "flou" avec des notions "extrêmement vagues" et au final, "un risque de dérive": des recours, déposés notamment par la Ligue des droits de l'Homme (LDH), contre "les mesures les plus saillantes" de la nouvelle loi antiterroriste ont été débattus mardi au Conseil constitutionnel.

"Ce qui semblait totalement inenvisageable il y a 3 ans est devenu aujourd'hui politiquement acceptable", a regretté l'avocat de la LDH, Me Patrice Spinosi. "Des mesures liées à un état d'exception, l'état d'urgence, par nature provisoire, (...) ont été transposées dans le droit commun", a-t-il déploré. "Vous devez réfléchir à la manière dont ces textes pourraient être utilisés demain par un gouvernement moins soucieux du respect des droits individuels des citoyens", a-t-il déclaré aux Sages du Conseil constitutionnel, qui rendront leur décision le 29 mars.

La loi, entrée en vigueur le 1er novembre 2017, a pris le relais de l'état d'urgence, instauré au soir des attentats du 13 novembre 2015. Le président Emmanuel Macron n'ayant pas demandé le contrôle par le Conseil constitutionnel de ce texte, adopté à une large majorité au Parlement, c'est par le biais de questions prioritaires de constitutionnalité (QPC), déposées par des citoyens et des associations, que ce contrôle s'effectue.

Quatre QPC de la LDH et d'un Français assigné à résidence à Grenoble ont été débattues. Elles visent les premiers articles de la loi, "les mesures les plus saillantes" du texte, selon Me Spinosi.

Il a démarré sa plaidoirie par les périmètres de protection, car c'est "la mesure qui aura le plus d'impact sur la vie quotidienne de chacun". Plus de 40 périmètres de sécurité ont été mis en place depuis l'entrée en vigueur de la loi, a indiqué l'avocat.

Selon le texte, l'instauration de ces zones vise à "assurer la sécurité d'évènements ou de lieux particulièrement exposés": le préfet peut autoriser des inspections des bagages, des palpations de sécurité par des agents de sécurité privés et des fouilles de véhicules.

- "Les résistants d'hier" -

Il y a, selon l'avocat "un risque de dérive". "Aucune définition de la superficie du périmètre" n'a été prévue. Ainsi pour les obsèques de Johnny Hallyday, le 9 décembre, la zone couvrait "toute une partie de la capitale".

Il a critiqué en outre la possibilité de renouveler "sans limite" cette disposition, citant l'exemple de la gare Lille-Europe, où un périmètre de protection est en vigueur depuis le 1er novembre.

Autre article problématique, selon la LDH: celui concernant "les visites et saisies". Selon la loi, le préfet peut ordonner, avec l'autorisation du juge des libertés et de la détention (JLD), "la visite de tout lieu dont il existe des raisons sérieuses de penser qu’il est fréquenté par une personne qui représente une menace terroriste". L'avocat s'inquiète notamment de l'absence de débat contradictoire devant le JLD.

Une QPC concerne la fermeture des lieux de culte, pour laquelle l'encadrement temporel est "tout à fait insuffisant" selon la LDH.

Enfin, une QPC vise les assignations à résidence, désormais appelées "mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance". Le Conseil constitutionnel a déjà statué sur ce texte, suite à un recours, et l'a "en substance validé à quelques exceptions près", a souligné Me François Pinatel, conseil du citoyen grenoblois assigné à résidence. L'avocat a cependant critiqué un texte "imprécis", "flou".

Plus largement, "la notion d'acte de terrorisme n'est pas définie", a déploré Me Pinatel. "C'est une notion éminemment relative", a dit l'avocat, rappelant que "les résistants d'hier" étaient eux-mêmes qualifiés de terroristes.

"La lutte contre le terrorisme est fondamentale, mais la vraie question aujourd'hui est de savoir si les dispositions (contestées, ndlr) sont véritablement utiles à cette lutte ou si elles ne sont que des commodités revendiquées depuis de nombreuses années par les ministres de l'Intérieur (...) pour s'émanciper d'une tutelle juridique", a dit Me Spinosi.

Au contraire, pour le représentant du Premier ministre, Philippe Blanc, "aucun des griefs n'est fondé". Il affirme notamment qu'il y a suffisamment de "garanties contre le risque de l'arbitraire".

Partager cet article

Dans la même thématique

La nouvelle loi antiterroriste contestée devant le Conseil constitutionnel
3min

Politique

Lycéens, carburant, agriculteurs : Sébastien Lecornu appelle à l'apaisement sans annoncer de moyens supplémentaires

Dans une allocution de 15 minutes enregistrée depuis Matignon, Sébastien Lecornu a assuré que le gouvernement avait pris conscience des crises que traverse le pays tout en réaffirmant sa volonté de ramener le déficit à 5 % du produit intérieur brut en 2027. S'il affirme ne pas être indifférent aux angoisses des lycéens, il renvoie leurs revendications au débat budgétaire. Il a toutefois annoncé la libération de 10 millions de barils de gazole afin de faire baisser le prix du litre de gazole à la pompe de 12 à 18 centimes.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
7min

Politique

Manifestations lycéennes : mis en cause sur sa gestion du maintien de l’ordre, Laurent Nuñez pressé de trouver la voie de l’apaisement

Les mutilations de plusieurs élèves lors des manifestations lycéennes ont remis brutalement sur le devant de la scène la doctrine du maintien de l’ordre. Un rapport du Sénat sur ce sujet sera présenté dans les prochains jours. En attendant, faisant face aux demandes de démission des oppositions de gauche, le ministre de l’Intérieur a annoncé la suspension de l’usage des grenades assourdissantes et a longuement justifié l’action des forces de l’ordre, lors de son audition devant la commission des lois de l’Assemblée nationale.

Le

Memorial Site Honors Victims of the Hamas Attack at the Nova Music Festival
5min

Politique

7-Octobre : Trois ans après l’attaque du Hamas, les juifs de France continuent de vivre un « traumatisme »

L’émotion se fait ressentir en ce 7 octobre 2026. Trois ans après l’attaque du Hamas en Israël, plusieurs commémorations sont prévues en Israël, notamment à Réïm où certains politiques français se sont rendus. En France, le président du Crif explique que les Français juifs continuent de vivre ce « traumatisme » et regrette qu’ils soient « associés à un conflit » dont ils « ne sont pas responsables ».

Le