La nouvelle loi antiterroriste soumise au Conseil constitutionnel
Le Conseil constitutionnel devra se prononcer dans les trois mois sur les mesures-clés de la nouvelle loi antiterroriste : le...

La nouvelle loi antiterroriste soumise au Conseil constitutionnel

Le Conseil constitutionnel devra se prononcer dans les trois mois sur les mesures-clés de la nouvelle loi antiterroriste : le...
Public Sénat

Par Caroline TAIX

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le Conseil constitutionnel devra se prononcer dans les trois mois sur les mesures-clés de la nouvelle loi antiterroriste : le Conseil d'État a transmis jeudi des recours contre ce texte controversé, qu'Emmanuel Macron n'avait pas voulu soumettre lui-même aux Sages.

Cette loi, votée dans une France traumatisée par une vague d'attentats jihadistes qui a fait 241 morts depuis 2015, a pris le relais de l'état d'urgence le 1er novembre. Les quatre questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) transmises au Conseil constitutionnel ont été déposées par la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et par un Français assigné à résidence à Grenoble.

Elles visent les quatre premiers articles de la loi "renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme". Ils concernent les "périmètres de protection" mis en place afin de sécuriser un lieu ou un événement susceptible d'être exposé à un risque terroriste, ainsi que les "fermetures de lieux de cultes". Sont également visées les "mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance" et les "visites et saisies" qui ont succédé aux perquisitions administratives.

Selon la LDH, ces dispositions "méconnaissent la liberté d'aller et venir, le droit au respect de la vie privée, (...) la liberté religieuse, la liberté d'expression, (...) l'inviolabilité du domicile". Elles "reprennent les grands traits de celles mises en oeuvre dans le cadre de l'état d'urgence" et "sont par essence attentatoires aux libertés fondamentales", juge l'association. Elle a mis en garde contre les "risques de détournements" d'une loi conçue pour répondre à la menace terroriste.

"La LDH est très satisfaite", a réagi auprès de l'AFP l'avocat de l'ONG, Patrice Spinosi, après l'annonce de la transmission des QPC. Il s'agit de "mesures phares" qui ont été, selon lui, "extrêmement contestées". "Grâce à cette action, le débat de la conformité avec la Constitution va pouvoir se tenir", s'est félicité l'avocat.

- "Pouvoirs exorbitants" -

Le président Emmanuel Macron avait choisi de ne pas demander le contrôle par le Conseil constitutionnel de cette loi, adoptée à une large majorité au Parlement, jugeant le "texte pleinement satisfaisant". C'est donc par le biais de recours déposés par de simples citoyens et associations que ce contrôle peut s'effectuer, comme la loi introduisant les QPC le permet depuis 2010.

Lors de l'audience au Conseil d'Etat le 20 décembre, le rapporteur public - qui dit le droit et dont les avis sont généralement suivis - avait demandé la transmission des QPC au Conseil constitutionnel. Il avait décrit les dispositions antiterroristes adoptées ces dernières années et surtout le renforcement des pouvoirs de police administrative comme "un univers en expansion constante".

Ces "nouveaux pouvoirs" confiés aux préfets en matière de contrôle et de répression sont effectivement "directement inspirés des pouvoirs exorbitants dont disposent les autorités de police administrative dans le cadre de l'état d'urgence", avait-il déclaré.

Le Conseil constitutionnel a déjà été saisi le 1er décembre d'une QPC sur la loi antiterroriste. Ce recours visait les "mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance", qui ont remplacé les assignations à résidence en vigueur sous l'état d'urgence, régime d'exception instauré au soir des attentats du 13 novembre 2015.

Les avocats William Bourdon et Vincent Brengarth avaient déposé ce recours au nom de leur client Farouk Ben Abbes, une figure de la mouvance islamiste radicale. Ce dernier avait été assigné à résidence le 17 novembre 2015, une mesure qui avait été régulièrement renouvelée. A la fin de l'état d'urgence, il avait fait l'objet d'une mesure de contrôle administratif, contre laquelle il avait déposé le recours.

Partager cet article

Dans la même thématique

La nouvelle loi antiterroriste soumise au Conseil constitutionnel
3min

Politique

Charlélie Couture : « Je suis revenu en France car j’avais le sentiment de ne plus comprendre l’Amérique qui venait d’élire Donald Trump »

Si la liberté artistique avait un visage, ce serait le sien. Charlélie Couture ne s’est jamais contenté de pratiquer un seul art, cela ne lui aurait pas suffi. Alors il chante, sculpte, dessine et même photographie. Pour lui, la création est une nécessité, si bien qu’il était parti vivre cette aventure en Amérique, la tête remplie de rêves mais qui se sont peu à peu dissipés en raison du contexte politique. Son dernier livre, Manhattan Gallery (éd. Calmann-Lévy) retrace cette histoire à travers le portrait de 50 personnes rencontrées dans sa galerie new-yorkaise. Invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, il revient sur sa carrière, ses engagements et ses innombrables projets.

Le

La nouvelle loi antiterroriste soumise au Conseil constitutionnel
3min

Politique

Industrie musicale : « il n’y a plus de coup de cœur, on regarde le nombre de followers », La Grande Sophie

Trente ans de carrière, artiste inclassable, la Grande Sophie se tourne aujourd’hui vers la comédie musicale avec un nouveau spectacle inspiré de son premier livre « Tous les jours Suzanne ». Une nouvelle aventure qui caractérise à merveille son envie insatiable de créer. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle se livre sur son passé, son rapport à l’industrie musicale et sa relation particulière avec Françoise Hardy.

Le

La nouvelle loi antiterroriste soumise au Conseil constitutionnel
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le