« La proportionnelle est de nature à redonner au Parlement une forme de liberté », pour Dominique Rousseau
Invité d’« On va plus loin », le constitutionnaliste Dominique Rousseau analyse les conséquences de la baisse du nombre de parlementaires ainsi que l’ajout d’une dose de proportionnelle, après les annonces du Premier ministre, sur la réforme institutionnelle.

« La proportionnelle est de nature à redonner au Parlement une forme de liberté », pour Dominique Rousseau

Invité d’« On va plus loin », le constitutionnaliste Dominique Rousseau analyse les conséquences de la baisse du nombre de parlementaires ainsi que l’ajout d’une dose de proportionnelle, après les annonces du Premier ministre, sur la réforme institutionnelle.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Mercredi 4 avril, le Premier ministre Edouard Philippe, a dévoilé la réforme institutionnelle, annoncée par Emmanuel Macron. Baisse de 30% du nombre de parlementaires, instauration d’une dose de proportionnelle à 15%, limitation du cumul des mandats dans le temps, sont les points présentés qui suscitent le plus de frictions. Pour certains politiques, la baisse du nombre de parlementaires, risque d’entraîner, mécaniquement, un affaiblissement de la représentation des territoires.

Une idée que ne partage pas Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à la Sorbonne : « L’Assemblée nationale, c’est (…) le député de la Nation toute entière. Il est élu dans sa circonscription mais il ne représente pas sa circonscription. Il représente la Nation. (…) Par conséquent, quand on dit [que] le député va être loin des citoyens, ce n’est pas le rôle du député. On dit « il va être hors sol ». Mais qu’est-ce que ça veut dire être hors sol ? Il y a des élus de proximité, le maire, le conseiller général... mais le député, il a à prendre en compte l’intérêt de la Nation. Et c’est peut-être parce qu’il ne l’a pas suffisamment pris jusqu’ici, parce qu’il était en même temps maire et député, (…) qu’il y a un problème de confiance, qui s’est fait. »

« C’est un peu différent pour le Sénat » ajoute-t-il. « [Il] représente les collectivités locales (…) La question est de savoir quelles sont les collectivités locales aujourd’hui, qui portent une dynamique économique, culturelle, sociale, politique. Le Sénat tient sa légitimité à représenter les collectivités locales (…) Il ne faut pas que le Sénat soit, comme on disait autrefois, la chambre du seigle et de la châtaigne. Il doit être le représentant des collectivités locales qui font la France d’aujourd’hui et de demain. »

Dominique Rousseau : " L’Assemblée nationale, c’est (…) le député de la Nation toute entière. Il est élu dans sa circonscription mais il ne représente pas sa circonscription."
02:14

Quant à l’instauration d’une dose de proportionnelle à 15%, Dominique Rousseau estime qu’elle n’entraînera pas de gros bouleversements : « La dose de 15% de proportionnelle ne sera pas de nature à modifier considérablement la répartition des forces au sein de l’Assemblée nationale (…) Introduire 15%, cela veut dire que, s’il y a 400 députés, il y aura environ 60 députés seulement, qui seront élus à la représentation proportionnelle. »

 

Dominique Rousseau, en profite pour expliquer la différence entre le scrutin majoritaire et la proportionnelle : « Le scrutin majoritaire, on le dit efficace mais injuste. Efficace parce qu’il dégage automatiquement une majorité. Injuste parce qu’il y a une partie de l’opinion publique qui n’est pas représentée à l’Assemblée nationale (…) À l’inverse, la représentation proportionnelle, est juste, puisque les partis sont représentées proportionnellement à leur influence électorale, mais [elle] est inefficace puisque ça ne dégage pas automatiquement de majorité. Mais ça se sont les principes. Si vous regardez (…) l’Allemagne, il y a la représentation proportionnelle. Et le gouvernement Merkel a duré le temps de la législature. Ça fait 14 ans maintenant que Merkel gouverne avec une majorité issue d’un scrutin proportionnel. »

Le constitutionnaliste se positionne clairement en faveur de la représentation proportionnelle : « La proportionnelle est de nature à redonner au Parlement une forme de liberté. Ça ne sera plus des députés godillots puisqu’il faudra construire des majorités qui ne seront pas nécessairement automatiques. Avec la proportionnelle, c'est-à-dire avec une représentation plus juste et par conséquent un lien meilleur entre la représentation nationale et les citoyens, une forme de délibération et de discussion pourraient être plus loyales, plus sérieuses et plus sereines à l’Assemblée nationale. Alors que là, on a plutôt des députés, qui suivent automatiquement l’exécutif. »  

 

 

Vous pouvez voir et revoir le débat sur la réforme institutionnelle, en intégralité :

Débat OVPL sur la réforme institutionnelle
26:30

Partager cet article

Dans la même thématique

Screenshot
5min

Politique

Au Cirque d’Hiver, Pierre-Yves Bournazel s’offre Edouard Philippe et Gabriel Attal pour relancer sa campagne

À un peu plus d’un mois du premier tour des municipales parisiennes, Pierre-Yves Bournazel a sorti l’artillerie lourde. En réunissant Édouard Philippe et Gabriel Attal sur la même scène du Cirque d’Hiver, le candidat centriste tente de redonner de l’élan à une campagne en difficulté, marquée par des sondages poussifs, un déficit de notoriété et le récent départ de son directeur de campagne. Reportage – Paris XIe

Le

« La proportionnelle est de nature à redonner au Parlement une forme de liberté », pour Dominique Rousseau
8min

Politique

OnlyFans, Mym : dans un climat parfois tendu, le Sénat vote un texte contre l’exploitation sexuelle en ligne

Le Sénat a adopté une proposition de loi de la sénatrice LR Marie Mercier, qui vise à lutter contre les « proxénètes 2.0 », qui sévissent sur les plateformes proposant des services sexuels personnalisés. Le texte a été largement modifié, avec la création d’« une nouvelle infraction inspirée de la traite des êtres humains ». Mais cette définition sera inefficace, selon la sénatrice PS Laurence Rossignol, dont les échanges avec la rapporteure Lauriane Josende ont été particulièrement tendus.

Le

Rachida Dati, copyright : Romain David pour Public Sénat
8min

Politique

Police municipale, désendettement, métro… Rachida Dati détaille son programme pour Paris et appelle Pierre-Yves Bournazel au rassemblement

Sommée de quitter le gouvernement d'ici la fin de la semaine, Rachida Dati accélère sa campagne parisienne. Elle a dévoilé mardi 10 février un programme de rupture pour la capitale, marqué notamment par des mesures sur la propreté, la sécurité et la réduction de la dette de la ville. Derrière le socialiste Emmanuel Grégoire dans les sondages, elle exhorte Pierre-Yves Bournazel, candidat de centre-droit, à l'unité pour mettre fin à l'hégémonie de la gauche dans la capitale.

Le

Paris: Questions au gouvernement Assemblee nationale
6min

Politique

La nomination d’Amélie de Montchalin à la Cour des comptes : « Un choix politique en forme de provocation », pour Jean-François Husson

Emmanuel Macron s’apprête à nommer la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes. Un choix contesté par les élus de la chambre haute. Si les qualités de la quarantenaire ne sont pas remises en cause, les élus pointent le risque de conflit d’intérêts alors que la Cour des comptes présentera dans les mois à venir un rapport sur l’exécution du budget qu’Amélie de Montchalin a défendu.

Le