La Russie menace la Suède et la Finlande si les deux pays rejoignent l’OTAN
La guerre en Ukraine a fait basculer certains équilibres géopolitiques qui paraissaient inaliénables. Appliquant depuis plusieurs siècles une politique de neutralité et de un non-alignement, Stockholm s’interroge sur une éventuelle candidature à l’alliance atlantique. L’hypothèse d’une invasion russe inquiète particulièrement la Finlande qui partage plus de 1 000 kilomètres de frontières communes avec la Russie. La crainte d’un scénario à l’ukrainienne motive le gouvernement finlandais à rejoindre les rangs de l’alliance.

La Russie menace la Suède et la Finlande si les deux pays rejoignent l’OTAN

La guerre en Ukraine a fait basculer certains équilibres géopolitiques qui paraissaient inaliénables. Appliquant depuis plusieurs siècles une politique de neutralité et de un non-alignement, Stockholm s’interroge sur une éventuelle candidature à l’alliance atlantique. L’hypothèse d’une invasion russe inquiète particulièrement la Finlande qui partage plus de 1 000 kilomètres de frontières communes avec la Russie. La crainte d’un scénario à l’ukrainienne motive le gouvernement finlandais à rejoindre les rangs de l’alliance.
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Par Louis Dubar

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Associés à l’Otan depuis 1994, dans le cadre du Partenariat pour la paix (PPP), le déclenchement de la guerre en Ukraine le 24 février a rapproché encore un peu plus Helsinki et Stockholm, deux pays non-membres de l’Otan vers une « probable » candidature. La première ministre finlandaise sociale-démocrate a affirmé « qu’il n’y a pas d’autre façon d’avoir les garanties de sécurité que dans le cadre de la défense et la dissuasion communes telles que garanties par l’article 5 de l’Otan. »

Un élargissement scandinave qui hérisse Moscou

Cette possibilité d’élargissement de l’OTAN aux pays scandinaves déplaît fortement au Kremlin qui n’a pas hésité à menacer directement ses voisins. Le ministère des Affaires étrangères russe a réagi en indiquant qu’une adhésion d’Helsinki à l’alliance Atlantique mènerait « à de lourdes conséquences politiques et militaires. » La porte-parole du ministère a indiqué qu’une extension de l’Otan aux pays scandinaves ne renforcerait pas leur sécurité nationale, « mais les placerait de facto, en première ligne. » Depuis quelques jours, l’armée russe multiplie les signes de provocations. Le 4 mai, un hélicoptère russe, un Mil Mi-17 a franchi l’espace aérien sur quatre à cinq kilomètres pour la deuxième fois en moins d’un mois. Un type d’incident devenu régulier, la veille, la Russie avait également violé l’espace aérien estonien.

A Bruxelles, le dossier scandinave est suivi de près. « Nous sommes en dialogue avec Stockholm et Helsinki et la décision leur appartient. Mais s’ils décident de déposer une candidature, la Finlande et la Suède seront chaleureusement accueillis et le processus devrait se dérouler rapidement », avait indiqué le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg le 28 avril à Bruxelles. Au sein de l’organisation, les Etats-membres sont quasi unanimes pour une intégration de la Suède et de la Finlande. A la suite d’une réunion réunissant à Berlin ce mardi 3 mai, les dirigeants politiques de l’Allemagne, de la Suède et de la Finlande, le chancelier Olaf Scholz avait précisé que « si ces deux pays décident qu’ils doivent rejoindre l’alliance de l’OTAN, alors ils peuvent compter sur notre soutien. »

Du non-alignement et la neutralité à l’alliance atlantique, un virage à 180°

La possibilité d’une candidature à l’Otan représente une révolution géopolitique majeure pour les deux Etats scandinaves. Aligné sur la politique de l’Union soviétique durant la Guerre froide, Helsinki subissait une « neutralité forcée » résumée sous le terme de « finlandisation. » L’éclatement du régime communiste en 1991 a permis à Helsinki de se libérer de cet alignement forcé. En 1995, le pays a rejoint l’Union européenne, rompant définitivement avec cette neutralité imposée depuis 1945 et la fin de la Seconde guerre mondiale.

Une nouvelle étape historique a été franchie mi-avril, lorsque le gouvernement a remis aux parlementaires de l’Eduskunta (le parlement finlandais), le nouveau « livre blanc. » Ce document définissant les objectifs militaires et les orientations géostratégiques recommande une adhésion à l’Otan. Les députés ont commencé à étudier la question lors d’un débat parlementaire. La première ministre, Sanna Marin souhaite accélérer le pas pour déposer une candidature avant le prochain sommet de l’Otan à Madrid, en juin : « Je pense que ça interviendra assez vite. D’ici quelques semaines, pas quelques mois. »

En paix depuis les guerres napoléoniennes, l’Otan n’est plus un mot tabou à Stockholm depuis le 24 février, date de l’invasion russe de l’Ukraine. « Nous avons été non-alignés pendant 200 ans et cela nous a été bien utile », a affirmé avec prudence Magdalena Anderson. Le pays scandinave n’exclut pas non plus de rejoindre les rangs de l’alliance occidentale. « Nous devons réfléchir à ce qui est le mieux et le plus sûr pour la Suède, je n’ai pas encore de réponse à cette question », a souligné la dirigeante suédoise lors des festivités du 1er mai.

Le débat sur une éventuelle candidature s’intensifie dans le pays. La guerre a renforcé l’atlantisme des Suédois, ils sont désormais 54 % à vouloir une adhésion de la Suède à l’alliance atlantique. A cinq mois des élections générales, les sociaux-démocrates actuellement au pouvoir ont annoncé début avril l’ouverture de discussions internes pour clarifier la ligne. « Ce dialogue devrait s’achever avant l’été », a précisé Tobias Baudin, secrétaire général du parti depuis novembre 2021.

 

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