La sénatrice Sophie Primas, une spécialiste de la consommation, attendue au Commerce extérieur et au Tourisme

La sénatrice Sophie Primas, une spécialiste de la consommation, nommée au Commerce extérieur

La sénatrice des Yvelines, qui a tenu durant six années les rênes de la commission des affaires économiques, va intégrer le gouvernement Barnier au poste de ministre déléguée au Commerce extérieur et aux Français de l'étranger. Elle s’est montrée très critique sur certains traités de libre-échange, comme le Mercosur.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Son nom a très certainement été poussé par son président de groupe, Bruno Retailleau, et surtout Gérard Larcher, dont elle est l’une des proches. Proximité géographique oblige. Sénatrice des Yvelines depuis 2011, Sophie Primas était le nom qui revenait avec insistance pour le portefeuille du Commerce extérieur, dans le gouvernement de Michel Barnier. Elle devient ministre déléguée (auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères) chargée du Commerce extérieur et des Français de l’étranger. Le poste semble taillé pour cette parlementaire qui a occupé pendant six années la présidence de la commission des affaires économiques. Avec ses collègues, elle a poussé les travaux relatifs à l’énergie, l’agriculture ou encore le logement au rang de priorités.

Sénatrice appréciée et très respectée au palais du Luxembourg, la Francilienne de 62 ans peut aussi s’appuyer sur son expérience professionnelle. Ingénieure agronome de formation, puis diplômée en gestion et marketing de l’Essec, Sophie Primas a fait ses premières armes dans le commerce de détail. Elle est aussi passée par Kantar, l’un des principaux instituts d’études marketing et d’analyse du marché.

Une personne clef au Sénat, investie sur les sujets de compétitivité, d’agriculture ou encore d’énergie

Cette spécialiste du monde de la distribution accède à ses premières responsabilités politiques en 2001, quand elle est désignée adjointe aux finances à la mairie d’Aubergenville, ville de 12 000 habitants le long de la Seine, entre Mantes-la-Jolie et Poissy. Aux municipales de 2014, sa liste remporte 80 % des voix. Elle devient maire mais pour une moitié de mandat. Elle décide de privilégier le Parlement et elle quitte la tête du conseil municipal à l’automne 2017, en vertu de la loi sur non-cumul.

C’est à ce moment que débute son ascension au Sénat. Réélue pour un deuxième mandat, elle est choisie par ses collègues comme présidente de la commission des affaires économiques. La période coïncide avec le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, où les projets de loi s’enchaînent sur son bureau. À ce poste-clé, elle a la responsabilité de présider plusieurs commissions mixtes paritaires, sur les lois Elan (logement), énergie-climat ou encore Egalim (agriculture et alimentation). Au cours des différentes navettes, elle est parvenue à faire entendre la voix du Sénat.

Tout au long de la période marquée par des crises internationales, la sénatrice des Yvelines monte au créneau pour défendre la compétitivité des entreprises françaises, l’un de ses chevaux de bataille. « Nous considérons qu’il y a encore du chemin à faire », lâchait-elle devant en audition, devant Franck Riester, le ministre chargé du commerce extérieur et de l’attractivité.

Opposante au traité UE-Mercosur, qu’elle qualifie de « rouleau compresseur agricole »

Très critique sur l’envolée du déficit commercial, la sénatrice a également ciblé à de multiples reprises la stratégie énergétique sous Emmanuel Macron, et l’indisponibilité de plusieurs réacteurs nucléaires au moment de tensions sur le marché des hydrocarbures. « Je pense que nous n’aurions pas un tel déficit en matière énergétique, si nous n’avions pas été dans l’obligation d’acheter autant d’énergie en cette période », avait-elle dénoncé.

Dans un rapport transpartisan intitulé « cinq plans pour reconstruire la souveraineté économique », elle affirme que la politique commerciale est « aujourd’hui affaiblie par le manque de réciprocité de nos échanges ». À l’image d’une majorité de sénateurs, Sophie Primas alerte à plusieurs reprises sur les risques de distorsion de concurrence, dans les échanges transnationaux, et insiste sur la nécessité de protéger certaines filières sensibles. Au sujet de l’accord Union européenne-Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay), elle évoque un « rouleau compresseur agricole ». Elle fait également partie de la majorité de sénateurs qui se sont opposés au volet commercial du CETA (UE-Canada).

Elle quitte « à contrecœur » le parti LR en juin 2024

Au sein de la droite, Sophie Primas, devenue vice-présidente du Sénat à l’issue des sénatoriales de 2023, est reconnue pour être à l’écart des écuries. Elle obtient des responsabilités dans les instances du parti, au fil des différentes présidences. En 2017, elle a soutenu François Fillon, comme de nombreux sénateurs, puis Valérie Pécresse en 2022, l’une de ses amies. En 2021, quand le parti s’interrogeait sur la meilleure façon de « départager » les prétendants à l’Élysée, son nom avait circulé comme médiatrice.

Elle a finalement claqué la porte du parti début juin, à « contrecœur », furieuse contre la stratégie d’alliance avec le Rassemblement national décidée unilatéralement par le président contesté Éric Ciotti. Elle s’était rapprochée en amont du mouvement « Nouvelle énergie » de David Lisnard.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Photo illustration d un titre de voyage pour refugie
6min

Politique

Droit d’asile : un rapport sénatorial alerte sur son coût et son utilisation détournée en « voie d’immigration comme les autres »

Dans un rapport présenté le 9 juillet, la sénatrice LR Marie-Carole Ciuntu chiffre à près de 2 milliards le coût annuel de la politique française de droit d’asile. Dénonçant un dispositif « dévoyé », détourné pour s’installer durablement sur le territoire, elle appelle à mieux suivre les déboutés de l’asile et à réduire de plus de moitié la durée de validité des titres des réfugiés.

Le

French Prime Minister Sébastien Lecornu Chairs Crisis Cell in Marseille Over Heatwave
6min

Politique

« La chaleur monte encore d’un cran » : la canicule inquiète l’exécutif, entre feux de forêt record et passages aux urgences en hausse

Pour la première fois, le gouvernement a déployé ce vendredi le plan Orsec de lutte contre les catastrophes et accidents pour faire face aux chaleurs extrêmes dans les départements en vigilance rouge canicule. Les températures vont encore grimper ce week-end, renforçant les inquiétudes sur les fronts de l’hôpital et des feux de forêt.

Le

FRA – ASSEMBLEE – QUESTIONS AU GOUVERNEMENT
9min

Politique

Présidentielle 2027 : le PS enterre la primaire ouverte et fragilise Olivier Faure

Après avoir été mis en minorité par les députés socialistes sur la stratégie à adopter lors de la motion de censure déposée par les Écologistes en pleine canicule, Olivier Faure a essuyé un deuxième revers, cette fois devant les militants de son propre parti. En rejetant sa proposition de primaire ouverte, le PS fragilise son premier secrétaire et ouvre une nouvelle phase de la course à la présidentielle. Au centre de toutes les interrogations désormais, la place que choisira d’occuper Raphaël Glucksmann.

Le

Paris: Debat reforme des retraites au Senat
5min

Politique

Sénatoriales : Guillaume Gontard va quitter la présidence du groupe écologiste, après six années passées à sa tête

Après le prochain renouvellement sénatorial du 27 septembre prochain, Guillaume Gontard quittera la présidence du groupe écologiste qu'il occupe depuis 6 ans. L'élu de l'Isère n'est pas renouvelable, mais a décidé de passer la main à la rentrée prochaine. Il se dit fier du travail accompli et « d'avoir pu instaurer une parole écologiste qui compte » au sein de la Haute Assemblée.

Le