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La taxe Zucman plébiscitée par 86 % des Français : « Il se passe un truc massif et transpartisan dans le pays »

Un sondage Ifop, commandé par le PS, montre que la taxe Zucman sur les ultrariches est soutenue jusque dans les rangs des sympathisants LR, à 89 %, et Renaissance, à 92 %. Une victoire idéologique pour la gauche, plus habituée aux défaites ces dernières années ? « Ce sondage montre que les efforts doivent être mieux répartis », selon Frédéric Dabi de l’Ifop, et reflète surtout « un malaise dans le pays ».
François Vignal

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C’est le sujet qui concentre les projecteurs en cette rentrée. Et il vient de la gauche. La taxe Zucman. Cette taxe, du nom de l’économiste français Gabriel Zucman, est l’une des conditions mise sur la table par la gauche, et en particulier le PS, dans les discussions qui s’ouvrent avec le premier ministre dans l’optique d’une éventuelle non-censure, permettant d’adopter le budget sans faire tomber le gouvernement. « C’est la création d’un taux plancher de 2 % sur le patrimoine des très grandes fortunes définies comme les foyers fiscaux ayant 100 millions d’euros ou plus de patrimoine », expliquait en juin dernier Gabriel Zucman à Public Sénat, soit « à peu près 1800 foyers fiscaux concernés ».

Ce premier round de discussions, ce matin, à Matignon, n’a pour l’heure rien donné. Mais les socialistes ne sont pas venus les mains vides pour tenter de convaincre Sébastien Lecornu, mais fort d’un sondage Ifop, qui montre une large adhésion des Français à la taxe Zucman.

Une victoire idéologique pour la gauche ?

Et les chiffres sont sans équivoque. 86 % des personnes interrogées soutiennent en effet l’idée. Au-delà de ce large plébiscite, l’enseignement de ce sondage est que la taxe est appréciée autant des électeurs de gauche… que de droite. Sans surprise, 96 % des sympathisants PS sont favorables à la taxe Zucman, mais ce chiffre reste très élevé chez les sympathisants LR, avec 89 %, et même 92 % chez ceux de Renaissance ! De quoi interroger, alors que les membres du parti de Gabriel Attal répètent depuis des mois leur refus des hausses d’impôts comme un mantra. L’adhésion est aussi très forte chez les sympathisants du RN, avec 75 %.

Au-delà des enjeux politiques, ce sondage interpelle sur l’évolution du débat politique. Alors que la gauche connaît depuis des années surtout des défaites électorales et idéologiques, réussite du NFP mise à part, ne faut-il pas voir ici une forme de victoire idéologique de ce côté de l’échiquier politique ? Ces derniers temps, la gauche a plutôt perdu la bataille de l’agenda médiatique, sous les coups de boutoirs idéologiques de la droite nationaliste et de l’extrême droite identitaire. Les thématiques qui s’imposent sont souvent celles de la droite conservatrice ou de la droite libérale, pas vraiment celles de la gauche.

« C’est une manière de dire qu’il faut un premier pas vers une meilleure répartition des efforts »

« Ce sondage, montre le reflet d’un sentiment majeur chez les Français, que les efforts par rapport à la dette doivent être mieux répartis. Donc les Français de gauche comme de droite – il n’y a quasiment aucune différence – se jettent sur cette taxe de 2 %. C’est une manière de dire qu’il faut un premier pas vers une meilleure répartition des efforts vers de la justice sociale. C’est ça que ce sondage reflète », explique Frédéric Dabi, directeur général opinion de l’Ifop. Pour lui, ce n’est pas si nouveau en réalité. « On avait le même phénomène en 2012 quand François Hollande avait proposé la taxe à 75 %. C’était soutenu par une partie importante des gens de droite », rappelle le sondeur.

« C’est une vision de l’action publique qui est qu’on préserve trop les riches, que ce sont les petits, les classes moyennes, qui vont se taper la suppression des jours fériés, même si ça a été supprimé, l’année blanche. C’est aussi une manière de montrer qu’il y a un malaise dans le pays », ajoute le directeur général de l’Ifop.

Mais au-delà de l’adhésion à une mesure, faut-il y voir une forme de petite victoire idéologique de la gauche, après celles de la droite ? « C’est vrai qu’il y a une victoire idéologique de la droite sur la sécurité, l’immigration. La gauche est complètement en décalage par rapport à cela. Mais c’est moins une victoire pour la gauche que cette idée qu’il faut mieux répartir les efforts », qui prend le pas, selon Frédéric Dabi. Reste que « le PS va peut-être en bénéficier. Selon un de nos sondages, en cas de législatives, s’ils sont face à LFI, aux côtés du reste de la gauche, ils sont nettement devant », relève le responsable de l’Ifop.

A droite et chez Renaissance, l’idée infuse

Dans la classe politique, on voit bien aussi que l’idée de taxer davantage les plus riches infuse, au-delà des rangs de la gauche. Michel Barnier avait mis dans son budget une taxe exceptionnelle sur les plus riches. François Bayrou défendait, mais de manière très floue, l’idée de mettre à contribution les plus fortunés.

François Patriat, à la tête des sénateurs Renaissance, affirmait par exemple le 10 septembre, après sa rencontre avec Sébastien Lecornu, « qu’il faut que chacun participe à proportion de ses moyens ». Selon le sénateur Renaissance, « c’est une idée qui est passée dans l’opinion, on ne reviendra pas dessus ».

Chez les LR, le sénateur Roger Karoutchi n’a plus d’opposition de principe. « On l’avait fait sous Nicolas Sarkozy. Il y avait eu un impôt supplémentaire, sur les plus hauts revenus », a affirmé au micro de Public Sénat l’ancien ministre, estimant que si la mesure concernait ceux qui ont des revenus « de plus de 500.000 euros par an, on peut discuter ». « Une taxation sur les 2 % les plus riches, globalement, le groupe y est prêt », soutient même le député LR Ian Boucard.

Au RN, Marine Le Pen propose sa version d’une taxe sur les riches en ressortant sa proposition de 2022 d’un impôt sur la fortune financière (IFF). L’idée est de taxer le patrimoine financier des plus riches, mais dont seraient exclues les résidences principales. Manière de faire un cadeau aux propriétaires.

« C’est une demande unanime et on a rarement vu ça dans une enquête d’opinion »

Pour le communicant Philippe Moreau Chevrolet, tout cela « démontre que la question de la justice fiscale dans notre pays est transpartisane. C’est à la fois étonnant et rassurant que tous les partis politiques, RN, LR, PS et LFI, soient alignés sur la même demande de justice fiscale », réagit le spécialiste en communication politique. « C’est une demande unanime et on a rarement vu ça dans une enquête d’opinion », ajoute Philippe Moreau Chevrolet.

« Est-ce que ça veut dire que c’est une victoire pour la gauche ? C’est une vraie question. Mais ce n’est pas un thème uniquement de la gauche », note le dirigeant de MCBG Conseil. Car le sujet traverse aussi « une partie de la droite, avec Xavier Bertrand, et l’extrême droite avec le RN. Les mouvements de révolte contre la fiscalité sont autant à gauche qu’à droite. On a surtout une réaction très française. Cette passion des Français pour l’égalité a été trop longtemps négligée ».

« Ça montre que le PS est fort et audible quand il traite des questions sociales et économiques et qu’il arrête d’aller sur le terrain de LFI »

S’il ne parlerait pas non plus d’une victoire de la gauche, « il y a eu un bon coup tactique du PS, qui a sorti ce sondage au bon moment. Ça montre que le PS est fort et audible quand il traite des questions sociales et économiques et qu’il arrête d’aller sur le terrain de LFI, sur l’identitaire ».

Surtout, Philippe Moreau Chevrolet relève que « c’est la première fois, depuis la nomination de Michel Barnier, qu’on a un débat de fond, passionné, argumenté, avec des tribunes et des contre tribunes, sur la question budgétaire. Un débat qui n’est pas un débat à base d’insultes. On n’a pas vécu ça depuis 2005 et le débat sur le Traité constitutionnel européen. Il se passe un truc massif dans le pays, transpartisan, un vrai débat démocratique. C’est bien, ça remplace les affrontements qu’on craignait autour du 10 septembre », salue le spécialiste de communication politique.

« C’est une forme de jacquerie tranquille, par les sondages »

Il rappelle que « le pouvoir d’achat, la santé et la sécurité sont les trois sujets principaux pour les Français dans toutes les enquêtes. Il n’est pas anormal que ce sujet finisse par s’imposer. Et si le débat a basculé des thématiques propres à l’extrême droite, comme l’immigration, aux thématiques du revenu, c’est qu’on a matraqué la question budgétaire depuis des mois et des mois, depuis Michel Barnier. Mais on l’a fait de manière anxiogène, sans apporter de solution aux Français. Là, il y a un retour à l’envoyeur. C’est une forme de jacquerie tranquille, par les sondages ».

Conséquence de cette évolution de l’opinion : « Tout le monde va maintenant plus ou moins essayer de récupérer la popularité de la taxe Zucman. Chaque parti va faire son cocktail. Mais on voit qu’il y a des nuances qui arrivent », relève Philippe Moreau Chevrolet. Sûrement la rançon du succès.

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Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. 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