Laïcité dans le Sport : la ministre, Marie Barsacq assure que « le gouvernement dans son ensemble » soutient la proposition de loi du Sénat

Interrogée par les sénateurs sur sa position au sujet de proposition de loi LR visant à interdire le port de signes religieux dans les compétitions sportives et dans les piscines municipales, la ministre des Sports, Marie Barsacq a indiqué que « le gouvernement dans son ensemble soutenait » le texte. Le mois dernier, elle avait affirmé « que le port du voile n’était pas de l’entrisme ».
Simon Barbarit

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Voilà un texte qui clive au sein de l’exécutif. En février, le Sénat a adopté une proposition de loi portée par Les Républicains visant à interdire le port de signes religieux dans les compétitions sportives et dans les piscines municipales. Un texte qui a reçu le soutien des poids lourds du gouvernement, comme Gérald Darmanin et Bruno Retailleau mais aussi dans un premier temps, de François Bayrou, avant d’alerter sur le risque de « stigmatiser nos 9 millions de compatriotes musulmans ».

La ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, Marie Barsacq avait, elle, pris le contrepied des ministres de la Justice et de l’Intérieur en mettant en garde contre « les confusions » et les « amalgames ». « La laïcité ne se résume pas au fait de porter ou non le voile », « le port du voile ce n’est pas de l’entrisme » […] « l’entrisme ne se résume pas au port du voile », « ces sujets sont compliqués », avait-elle poursuivi devant les députés.

Un mois plus tard, auditionnée par la commaission de la culture, de l’éducation et du sport du Sénat, les élus de droite l’attendaient logiquement au tournant. Le sénateur LR, Max Brisson a allumé la première mèche. « Vous n’étiez pas au banc lorsque nous avons examiné l’excellente proposition de loi de Michel Savin (sénateur LR, auteur du texte NDLR), donc c’est l’occasion unique de dire votre position sur la proposition de loi de notre collègue, sur le sujet de la neutralité religieuse dans la pratique sportive. Quelle suite comptez-vous donner à cette proposition de loi ? ».

« Je trouve que vous avez une vision anglo-saxonne de la laïcité dans le sport qui est troublante »

Jacques Grosperrin (LR) est, lui, plus offensif. « Je trouve que vous avez une vision anglo-saxonne de la laïcité dans le sport qui est troublante. Quand vous dites que le voile n’est pas de l’entrisme, je crois que vous vous trompez ».

La ministre a pu néanmoins compter sur le soutien de Mathilde Ollivier (écologiste). « Vous avez dit que le port du voile ce n’est pas de l’entrisme. Merci pour ces mots, merci de rappeler l’évidence que certains ici ont oubliée. Je vous remercie pour le courage de votre position à contrecourant de vos collègues du gouvernement ».

Marie Barsacq n’avait visiblement pas envie de transformer l’essai, paraissant embarrassée par ces interpellations. Dans un premier temps, elle s’est donc simplement bornée à rappeler le calendrier parlementaire. « L’ordre du jour de l’Assemblée nationale est beaucoup plus favorable aux députés qu’au gouvernement […] Nous avons 6 chantiers prioritaires dont certains ont pris du retard. Ce qui fait que l’inscription de cette proposition de loi devra être à l’initiative des groupes parlementaires ».

Pas de quoi satisfaire Jacques Grosperrin qui n’a pas hésité à la relancer. « Vous nous donnez le calendrier. Mais on aurait aimé savoir votre position. Est-ce que vous la soutiendrez ? » La ministre a fait alors le service minimum en déclarant : « Le gouvernement dans son ensemble soutient la proposition de loi telle qu’elle a été votée (par le Sénat). Je pensais que c’était clair », a-t-elle justifié.

Coupes sur les services civiques

Marie Barsacq n’était pas venue avec de bonnes nouvelles à la chambre haute en confirmant des annulations de crédits pour son ministère cette année. « Ce sont 91 millions de réserves de crédits qui sont annulées, 24 millions pour le Sport et 45 millions sur la jeunesse et la vie associative, et 23 millions pour les JO 2024 donc sans impact sur l’activité », a-t-elle détaillé. Pour reconstituer des réserves de crédits l’exécutif va piocher dans le service civique dont le nombre est actuellement réduit de 150 000 contrats à 135 000. « Ce sont des crédits gelés. Mais on peut espérer un dégel d’ici cet été car les missions de services civiques commencent à la rentrée », a-t-elle esquissé.

L’ancien ministre des Sports, Patrick Kanner a qualifié « d’ineptie technocratique et budgétaire que de vouloir geler les crédits du plus petit budget de l’État pour une politique publique qui est indispensable ».

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Laïcité dans le Sport : la ministre, Marie Barsacq assure que « le gouvernement dans son ensemble » soutient la proposition de loi du Sénat
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le

Laïcité dans le Sport : la ministre, Marie Barsacq assure que « le gouvernement dans son ensemble » soutient la proposition de loi du Sénat
4min

Politique

Au Sénat, l’acteur Bruno Solo appelle à la mobilisation face à la montée des masculinismes

Face à la menace grandissante des discours masculinistes, l’acteur Bruno Solo appelle les hommes à s'engager « concrètement » pour inverser la tendance. Lors d’une table ronde organisée au Sénat, plusieurs intervenants ont lancé l’alerte sur une jeunesse livrée à la misogynie en ligne, et rappellent l'urgence d'appliquer enfin l’arsenal législatif contre les violences sexistes et sexuelles.

Le