8 ans après l’affaire Lactalis, la France est de nouveau confrontée à un scandale sanitaire lié à des laits infantiles. C’est la céréulide, une toxine, qui provient d’une huile enrichie en acide arachidonique (ARA), qui serait la cause de diarrhées et de vomissements chez plusieurs enfants. Deux enquêtes pénales sont ouvertes à Bordeaux et à Angers après la mort de deux nourrissons qui avaient consommé des laits rappelés. L’entreprise chinoise Cabio Biotech, productrice de l’huile riche en ARA, fournit de très nombreux fabricants de lait dans le monde. La liste des lots de laits infantiles contaminés ne cesse de s’allonger depuis décembre. Avec Nestlé et Danone, le français Lactalis a également annoncé le lancement d’un vaste rappel dans plus d’une soixantaine de pays au total, dont la France.
« L’Etat n’a pas pris ses responsabilités et laisse faire totalement les industriels »
« Avec le recul, on est dans une situation qui est pire que le scandale Lactalis », estime Quentin Guillemain, président de l’Association pour la santé des enfants. Cette organisation, anciennement Association des familles victimes du lait contaminé aux salmonelles (AFVLCS), a été créée en 2017 à cause du scandale du lait infantile Lactalis contaminé aux salmonelles, sorti de l’usine de Craon, en Mayenne. Cette affaire avait conduit à une mission d’information du Sénat et 17 préconisations. « A l’époque, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire avait quand même pris un arrêté pour suspendre la commercialisation et les exportations des produits contaminés, et procédé à des retraits rappels en quelques jours. Il y avait eu aussi un arrêté préfectoral pour stopper la chaîne de production dans l’usine », liste-t-il avant d’ajouter : « Là, l’Etat n’a pas pris ses responsabilités et laisse faire totalement les industriels ».
Mercredi, le tribunal administratif de Paris a rejeté le recours déposé par l’association de « carence grave de l’Etat ». « Au vu des déclarations publiques de la ministre de la Santé du 23 janvier 2026, affirmant que l’ensemble des laits infantiles concernés par la contamination à la céréulide ont été retirés de la circulation et que « la situation est maîtrisée, les éléments de la requête ne révèlent, en l’état de l’instruction, aucune carence caractérisée de l’Etat », relève le juge des référés dans son ordonnance.
Le président de l’association ne s’en tient pas là. « Les déclarations de la ministre de la Santé se sont révélées factuellement fausses puisque quelques jours après la déclaration de la ministre, des rappels de produits ont eu lieu. La situation n’est pas maîtrisée. Nous allons continuer notre action on va faire d’autres recours », conteste-t-il.
Une autre plainte déposée au parquet de Paris, par l’association Foodwatch et huit familles accusent les industriels et le gouvernement de ne pas avoir agi à temps.
Interpellée, mercredi, par la sénatrice Florence Lassarade (LR), Annie Genevard, la ministre de l’Agro-alimentaire a assuré que « la procédure a été très bien respectée par les services de l’État », justifiant ainsi la non-activation du principe de précaution et le non-recours à un retrait massif des laits. Une fois que l’origine de la contamination a été « trouvée », « l’alerte a été faite sur l’ensemble des industriels », qui ont effectué des rappels au fil des analyses, a-t-elle assuré
Nouveau rebondissement vendredi, le journal le Monde a indiqué que la présence de la toxine dans des produits de Nestlé avait été identifiée dix jours avant les premiers rappels, dès la fin de novembre.
Débat autour de la norme sur la céréulide
La chronologie est reconnue par Nestlé qui évoque, dans un communiqué publié sur son site internet, de « très faibles niveaux » de toxine détectés fin novembre dans son usine aux Pays-Bas.
Nestlé assure avoir à ce moment-là « immédiatement bloqué la production » et lancé « des analyses plus approfondies en laboratoire », notamment une analyse de risques de santé afin de « comprendre les symptômes et conséquences liés à la consommation de produits qui en contiennent pour la partager avec les autorités compétentes ». Le groupe rappelle qu’il n’existe pas « de réglementation fixant une limite maximale pour la céréulide ».
A partir du 10 décembre 2025, Nestlé a informé les autorités « aux Pays-Bas ainsi que celles de tous les pays potentiellement concernés, ainsi que la Commission Européenne » et a commencé un rappel « par précaution » de « tous les produits fabriqués depuis l’installation de l’équipement dans notre usine aux Pays-Bas », soit 25 lots dans 16 pays européens.
Mercredi, l’autorité sanitaire européenne (Efsa) a annoncé avoir été saisie par la Commission européenne pour établir une norme sur la céréulide dans les produits pour enfants. Elle rendra son avis le 2 février.
« L’absence de norme, c’est un argument pour les industriels de se défausser. Mais la moindre présence de cette toxine est un danger pour le nourrisson car il prend le produit à répétition. On est dans une situation un peu différente de l’affaire Lactalis car la salmonelle est détectable dans le corps d’un enfant, ce qui n’est pas le cas avec la céréulide qui conduit à des symptômes proches d’autres maladies. On ne connaît pas la liste des laits fabriqués avec cette huile produite par Cabio Biotech. C’est probablement pour cette raison que l’Etat ne stoppe pas les chaînes de production de crainte de tomber dans un défaut d’approvisionnement », analyse Quentin Guillemain.
Pour mémoire, en février 2023, Le groupe Lactalis et la société Celia Laiterie de Craon ont été mis en examen pour tromperie aggravée et blessures involontaires.
Avec l’Afp