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Valerie Letard accompagnee de Herve Marseille et de Christophe Naegelen a la sortie de l hotel de Matignon. Paris, FRANCE-03/04/2023//04SIPA_1400.04402/Credit:Lyam Bourrouilhou/SIPA/2304031643

L’ancienne sénatrice Valérie Létard reprend les rênes d’un secteur du logement en crise : « La bonne personne, au bon endroit »

Dans les couloirs du Sénat, les anciens collègues de Valérie Létard ne manquent pas de superlatifs pour qualifier l’ampleur de la tâche qui attend la nouvelle ministre du Logement, alors que le secteur traverse une crise sans précédent. Par ailleurs, la fibre sociale de cette proche de Jean-Louis Borloo pourrait bien se heurter à une équation budgétaire particulièrement complexe cette année.
Romain David

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Elle nous avait pourtant laissés entendre qu’elle en avait fini avec la vie politique. En septembre 2023, Valérie Létard, sénatrice du Nord, quittait la Chambre haute après y avoir siégé pendant plus de dix-huit ans, de 2001 à 2007, puis de 2010 à 2023. Lors de son dernier mandat, elle avait même été nommée vice-présidente de la Haute assemblée. Mais les législatives anticipées et la mainmise du Rassemblement national sur son bassin d’élection l’ont poussée à se replonger dans le chaudron parlementaire.

Elue député en juillet dernier grâce au désistement du candidat LFI dans la 21e circonscription du Nord, la voilà, moins de trois mois tard, propulsée au gouvernement, où le Premier ministre Michel Barnier vient de la nommer ministre du Logement et de la Rénovation urbaine.

Six ministres en sept ans

Ce chantier s’annonce colossal : le secteur traverse une crise d’ampleur depuis plusieurs années, parfois qualifiée de « bombe sociale à retardement », avec le ralentissement des constructions nouvelles, la remontée des taux d’intérêt et la forte hausse des prix du logement au cours des dix dernières années. Face à cela, la situation alarmante des finances publiques, avec un nouveau dérapage du déficit attendu en fin d’année, laisse présager d’un budget particulièrement serré. Les oppositions reprochent à la majorité sortante de n’avoir mené aucune réforme d’envergure sur ce dossier : six ministres se sont succédé en sept ans à ce portefeuille.

« Si j’ai un conseil à lui donner, c’est de faire le siège de Bercy pour demander cinq ou six milliards pour le logement. Il ne faut pas faire un énième diagnostic de la situation de crise dans laquelle se trouve le secteur, il est grand temps de prendre des mesures d’action », nous explique son ancien collègue, le sénateur LR du Nord Marc-Philippe Daubresse, secrétaire d’Etat au Logement sous Jacques Chirac. « La crise actuelle est d’abord une crise de la demande, il faut relancer l’accession à la propriété en logements neufs pour les classes moyennes. Les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron portent une lourde responsabilité dans cette crise. Kasbarian avait commencé à redresser la barre en mettant en place des mesures intéressantes, il faut continuer dans cette voie », martèle l’élu.

« Aujourd’hui, il faut inventer une nouvelle politique du logement. Le problème de la France, c’est que le logement est à la fois peu abondant et trop cher. Il faut inventer quelque chose de nouveau, c’est ça être ministre », relève un autre parlementaire du Nord, le sénateur UDI Olivier Henno.

« Sa première épreuve, ce sera le congrès des HLM »

Assistante sociale de formation, Valérie Létard connaît bien les rouages de la mécanique gouvernementale. Elle a été deux fois secrétaires d’Etat sous Nicolas Sarkozy, d’abord à la Solidarité puis en charge des Technologies vertes, sous l’égide de Jean-Louis Borloo avec qui elle avait déjà travaillé à la mairie de Valenciennes dans les années 1990. « Valérie Létard connaît parfaitement le dossier du logement et c’est un sérieux avantage car c’est un ministère extrêmement technique, avec beaucoup d’acteurs », explique Marc-Philippe Daubresse, autre fidèle de Borloo. « C’est la bonne personne, au bon endroit », abonde l’ancien maire d’Arras Jean-Marie Vanlerenberghe (MoDem), aujourd’hui doyen du Sénat, qui l’invite à prendre le problème « dans sa globalité » et pas seulement sous son aspect budgétaire.

« Elle a beaucoup travaillé, ici au Palais du Luxembourg, sur ces questions avec Dominique Estrosi Sassonne [actuelle présidente de la commission des Affaire économique, ndlr]. Maintenant, il va falloir que Valérie apporte des réponses immédiates. Sa première épreuve, ce sera le congrès des HLM », avertit Hervé Marseille, le chef de file des sénateurs centristes.

« Un pays moderne, c’est un pays qui ne laisse personne au bord de la route »

Le président de l’UDI insiste également sur « l’angle social prononcé » des travaux menés par Valérie Létard au cours de ses différents mandats, ce qui distingue son profil au milieu d’une équipe gouvernementale arrimée à droite. Elle est l’auteure en 2012 d’un rapport remarqué sur la prise en charge de l’autisme en France. Sous François Hollande, elle participe à une mission de concertation sur la réforme du droit d’asile.

Plus récemment, elle a fait voter au Parlement une proposition de loi permettant aux victimes de violences conjugales de bénéficier d’une « aide universelle d’urgence ». Ce mécanisme a été intégré par le précédent gouvernement au « pack nouveau départ », destiné à l’accompagnement des victimes de violences conjugales qui souhaitent quitter rapidement leur foyer. Sa dernière intervention à la tribune du Sénat était consacrée à la politique de la ville, une prise de parole qu’elle achève les larmes aux yeux, sous les applaudissements de l’ensemble des bancs.

« Je suis libérale parce que nous vivons dans un monde libéral, mais je suis aussi profondément sociale parce que, pour moi, sans solidarité, nous ne sommes pas un pays moderne. Un pays moderne, c’est un pays qui ne laisse personne au bord de la route », nous confiait-elle en septembre dernier, avant de quitter le Palais du Luxembourg. Et de résumer, au cours du même entretien, sa ligne de conduite : « Partout où je suis passée, j’ai toujours été sensible au fait que sans économie, il n’y a pas de solidarité. » Un adage que les discussions budgétaires de l’automne ne manqueront pas d’éprouver.

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