Illustration Of Wheat Harvest
July 10, 2025, Geveze, France, France: This photograph shows tractors collecting straw after a combine harvester harvested wheat in a field on July 10, 2025 in Geveze near Rennes, France. (Credit Image: © Matthieu Mirville/ZUMA Press Wire)/SIPA60033780_000032/ZEUS/2507102332

Laurent Duplomb : « La censure de l’article 2 va conduire à plus d’importations avec de l’acétamipride et à moins de productions françaises »

Après la décision du Conseil Constitutionnel, le sénateur et auteur de la proposition de loi, Laurent Duplomb regrette « la censure de l’article 2 » qui selon lui « avait pour ambition de donner des solutions immédiates aux agriculteurs français ».
Henri Clavier

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Dans sa très attendue décision sur la loi visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur dite « loi Duplomb », le Conseil constitutionnel a censuré la possibilité de réintroduire l’acétamipride, un néonicotinoïde. « Au regard des exigences de la charte de l’environnement », les Sages ont estimé que les dispositions de l’article 2 n’étaient pas conformes.

D’après la charte de l’environnement, « le législateur doit, lorsqu’il adopte des mesures susceptibles de porter une atteinte grave et durable à un environnement équilibré et respectueux de la santé, veiller à ce que les choix destinés à répondre aux besoins du présent ne compromettent pas la capacité des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs propres besoins, en préservant leur liberté de choix à cet égard », indique le communiqué. Le Conseil constitutionnel opère également deux réserves d’interprétation sur les dispositions « facilitant l’implantation de certains ouvrages de stockage d’eau ». Une décision qui suscite des réactions contrastées au Sénat, chambre d’origine du texte.

« En décidant de ne pas censurer l’intégralité de la loi, le Conseil Constitutionnel en reconnaît le bien-fondé, c’est une grande satisfaction »

« Cette loi avait pour ambition de donner des solutions immédiates aux agriculteurs français pour lever la partie la plus visible des freins qui pénalisent notre compétitivité et compromettent notre souveraineté, comme j’ai pu, avec mes collègues, le montrer dans différents rapports depuis mon arrivée au Sénat. La censure de l’article 2 va conduire inexorablement à encore plus d’importations avec de l’acétamipride et de moins en moins de productions françaises victimes d’impasses techniques », déclare le sénateur Laurent Duplomb.

Malgré cela, l’auteur de la proposition de loi souligne que l’intégralité du texte n’a pas été censurée par le Conseil constitutionnel. « Malgré la pression médiatique de la frange décroissante du personnel politique et de nombreuses ONG, le Conseil Constitutionnel en ne censurant pas la totalité de la loi, reconnaît implicitement que le Parlement a justement délibéré », ajoute le sénateur. Une référence aux moyens déposés par certains requérants interrogeant la régularité des débats parlementaires. « En décidant de ne pas censurer l’intégralité de la loi, le Conseil Constitutionnel en reconnaît le bien-fondé, c’est une grande satisfaction », estime Laurent Duplomb.

La FNSEA, principal syndicat agricole et soutien majeur du texte a fait savoir sa déception dans un communiqué de presse. « Les articles censurés, qui concernent notamment l’usage de certains produits phytosanitaires autorisés dans toute l’Union européenne (dont l’acétamipride) devront être retravaillés pour que les engagements politiques de l’hiver 2024 soient enfin tenus », prévient le syndicat. Ces derniers saluent néanmoins la conformité du reste du texte.

Le Conseil constitutionnel valide la procédure parlementaire

Les élus de gauche avaient émis des doutes sur la conformité des débats parlementaires. En effet, le socle commun avait adopté une motion de rejet préalable du texte afin de renvoyer directement le texte au Sénat et de contourner la discussion des centaines d’amendements déposés par la gauche à l’Assemblée nationale. « L’essentiel du texte est passé, le risque était qu’il fasse l’objet d’une censure générale à cause de l’absence de débat à l’Assemblée nationale », se réjouit Franck Menonville, sénateur centriste et coauteur de la proposition de loi.

« C’est une vraie victoire »

A l’inverse, la gauche se réjouit de la censure de l’article 2. « C’est une vraie victoire, l’argument que j’ai avancé tout au long des débats, c’est-à-dire que la réintroduction de l’acétamipride portait atteinte à la charte de l’environnement a été entendu », assure Jean-Claude Tissot, sénateur socialiste.

« C’est une première victoire après le flot de reculs environnementaux que l’on a subi, il faut engager une vraie trajectoire de réduction de l’utilisation des pesticides », souhaite le sénateur écologiste, Daniel Salmon qui veut croire que cette décision sera « un tournant après des mois d’attaques contre l’écologie ». Néanmoins, ce dernier juge que les réserves d’interprétation sur les « mégabassines » sont insuffisantes. « Il y a un bémol qui a été mis sur la reconnaissance d’intérêt général majeur mais ce n’est pas satisfaisant », déclare Daniel Salmon. La décision du Conseil constitutionnel permet de contester devant le juge la présomption d’intérêt public majeur des retenues d’eau qui répondent « à un enjeu de stress hydrique pour l’agriculture ».

Une décision qui fera date ?

Par ailleurs, dans sa décision, le Conseil constitutionnel souligne que la dérogation proposée par la loi Duplomb s’applique à « toutes les filières agricoles » et n’est « pas accordée à titre transitoire pour une période déterminée ». Par conséquent, les Sages jugent que cet encadrement n’est pas suffisant pour pouvoir réintroduire un néonicotinoïde interdit. « Le Conseil censure parce que l’encadrement n’est pas suffisant. Il va être demandé au gouvernement de trouver une solution alternative pour ces filières-là », prévient Franck Menonville.

Dans une décision du 10 décembre 2020 portant sur la réintroduction temporaire d’un néonicotinoïde, le Conseil constitutionnel avait rappelé le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé consacré par l’article 1er de la Charte de l’environnement. Malgré cela, le Conseil n’avait pas censuré le texte, estimant que le législateur poursuivait un motif d’intérêt général en cherchant à protéger les entreprises agricoles. « Je ne vois pas un gouvernement revenir, après ce qu’il s’est passé ces dernières semaines prendre des risques considérables en proposant une autre réintroduction », juge Daniel Salmon.

Emmanuel Macron promulguera le texte

Alors que la pétition qui a dépassé les deux millions de signatures sur le site de l’Assemblée nationale demandait au président de la République de ne pas promulguer la loi Duplomb, l’Elysée a fait savoir qu’Emmanuel Macron « a pris bonne note de la décision du Conseil constitutionnel ». Il « promulguera » le texte « tel [qu’il] résulte de cette décision dans les meilleurs délais ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Grenoble: Olivier Faure JDE Les Ecologistes 2026
5min

Politique

Sénatoriales : l’accord national PS-Ecologistes menacé par les tensions en Seine-Maritime

Socialistes et Ecologistes ont topé sur un accord national pour les sénatoriales à venir en septembre prochain. Mais les Verts menacent de tout envoyer valser, face aux réticences de la fédération PS de Seine-Maritime. Cette dernière préférerait s’extraire de l’accord et ne pas céder la deuxième place de la liste à l’écologiste Bénédicte Martin. La situation est suspendue au conseil fédéral socialiste, prévu ce soir.

Le

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le