Laurent Duplomb, sénateur et agriculteur : « En matière d’alimentation, cette crise remet l’église au centre du village »

Laurent Duplomb, sénateur et agriculteur : « En matière d’alimentation, cette crise remet l’église au centre du village »

Confiné dans son exploitation, le sénateur LR a réalisé un tour d'horizon des filières agricoles face à la crise du Coronavirus. Selon Laurent Duplomb, la solidité des grandes entreprises agroalimentaires est un atout pour la France.
Quentin Calmet

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Occupé à couper les buissons et à clôturer son exploitation, Laurent Duplomb scrute l'horizon. Pas une voiture en vue. Le signe que le pays est à l'arrêt. De son côté, le sénateur LR de la Haute-Loire est occupé depuis une semaine, que ce soit auprès de ses génisses ou encore à planter les rangées de lentilles. « Ce confinement ne change pas grand chose dans notre travail, on est bien obligé de s'occuper des vaches », nous explique-t-il au téléphone. « Les derniers jours n'ont pas été trop difficiles. On travaille pour nourrir tous ceux qui ont besoin d'être nourris. Et au moins, nous avons le sentiment d'être utiles », ajoute-t-il.

Un agriculteur normal en temps de crise ? Pas tout à fait. Car depuis plusieurs jours, Laurent Duplomb s'active au téléphone. Il mobilise son réseau et, filière par filière, dresse l'état des lieux de la situation. « Gérard Larcher m'a demandé de faire le point » glisse celui qui, au Sénat, préside le groupe d'étude « Agriculture et Alimentation », « l'idée est de faire remonter ensuite au Premier ministre ».

La filière lait se porte bien

Premier constat, celui qui le concerne de premier chef : la filière lait se porte bien. Les grosses entreprises arrivent à écouler la production : « Mardi et mercredi, la marque Orlait a vendu 5 millions de litres de lait UHT chaque jour, détaille le sénateur. C'est cinq fois plus que d'habitude. Cela s'explique par la ruée dans les magasins, mais les gens ont aussi plus de temps de faire la cuisine, et consomment davantage de produits laitiers. »

Dans le secteur des fruits et légumes, la principale inquiétude concerne le manque de saisonniers qui à cause du confinement ne peuvent plus ramasser la production. « On parle là de 100 000 saisonniers ! » lance Laurent Duplomb, avant d'ajouter : « Par exemple, les asperges et les fraises. Il s'agit de productions hyper saisonnières, c'est maintenant ! (...) L'horticulture va avoir beaucoup de difficultés. Il va falloir faire extrêmement attention ».

Enfin dans deux autres secteurs, le sénateur relève de sérieuses difficultés : le transport des marchandises et l'emballage. « Les entreprises de transport appliquent une ‘taxe corona', en expliquant que les camions partent pleins et que le voyage de retour se fait à vide. Il y a aussi une forme d'opportunisme derrière tout cela ». Quant au sujet des emballages, toutes les grandes surfaces demandent de plus en plus de plastique autour des denrées, or il n'y a que l'Espagne et l'Italie qui produisent beaucoup de ces emballages. De quoi interroger le sénateur sur la dépendance de certaines filières aux importations.

« On se rend compte aujourd'hui qu'on a besoin de tous les modèles y compris celui que l'on conspuait hier »

Au moment de raccrocher, le sénateur dresse cette conclusion : « Cela remet l'église au milieu du village ». Il explique : « S'il y a une leçon à retenir, c'est qu'on ne pourra plus raisonner de la même façon sur l'agriculture, sur les volumes, sur les importations. Cette mondialisation est hyper intéressante mais elle a ses limites et il faut savoir raison garder. »
Le sénateur LR ajoute, avec un brin d'arrière-pensée politique : « On se rend compte aujourd'hui qu'on a besoin de tous les modèles y compris celui que l'on conspuait hier. Le modèle de la montée en gamme avec un produit acheté directement chez le producteur est, par exemple, aujourd'hui impossible à cause du confinement. Heureusement qu'on a de grosses entreprises alimentaires. L'industrie agroalimentaire, qui a été très critiquée ces dernières années, arrive à tenir le rythme qu'il faut pour avoir la production nécessaire. »

Une chose est certaine selon Laurent Duplomb, cette crise relance le débat. Autosuffisance alimentaire, gestion des stocks, structure des marchés alimentaires : sur ces sujets aussi, il y aura un avant et un après coronavirus.

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