LBD : pourquoi les forces de l’ordre ont rectifié le tir ?
Samedi, les Champs-Élysées ont encore été le théâtre de violences lors de la manifestation des gilets jaunes. Pour Laurent Nunez, si le dispositif de sécurité a semblé dépassé, c’est en partie dû « à la retenue » des policiers dans l’usage des LBD.

LBD : pourquoi les forces de l’ordre ont rectifié le tir ?

Samedi, les Champs-Élysées ont encore été le théâtre de violences lors de la manifestation des gilets jaunes. Pour Laurent Nunez, si le dispositif de sécurité a semblé dépassé, c’est en partie dû « à la retenue » des policiers dans l’usage des LBD.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Boutiques pillées, kiosques incendiés, le Fouquet’s saccagé… De l’aveu même de l’exécutif, lors de l’acte 18 de la manifestation des gilets jaunes, le maintien de l’ordre à « dysfonctionné ». 5 000 policiers et gendarmes étaient pourtant mobilisés à Paris, soit plus que lors des derniers week-ends, mais au vu des dégradations commises sur les Champs-Élysées, une polémique enfle sur la doctrine de maintien de l’ordre.

« Laurent Nunez met en avant « un travail de sape »

Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, a ouvert un premier contre-feu ce matin sur RTL. « On a eu beaucoup moins de tirs de LBD (…) parce qu’on a eu un travail de sape qui a conduit, peut-être, les fonctionnaires de police et de gendarmerie à plus de retenu (…) On a constaté que les policiers et les gendarmes étaient dans une grande retenue alors même qu’il n’y avait pas d‘instructions qui avaient été données ».

Cet après-midi, lors de sa conférence de presse, Édouard Philippe a estimé lui aussi que « les polémiques sur l’usage des lanceurs de balles de défense ont conduit à ce que des consignes inappropriées soient passées pour réduire leur usage ».

« Les munitions étaient beaucoup trop faibles »

Une mise en cause partagée par les syndicats de police qui dénoncent également un changement dans les munitions utilisées samedi. « Les forces de l’ordre n’ont pas arrêté d’être stigmatisées sur l’utilisation des LBD. On a dit aussi que c’étaient les policiers qui créaient la violence. Samedi, les fonctionnaires ne devaient utiliser les LBD que sur ordre. Et les munitions étaient beaucoup trop faibles, avec une portée de 7 mètres contre 40 auparavant » explique à publicsenat.fr Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat de police Alliance.

Est-ce pour cette raison que lors de cet acte XVIII, seulement une trentaine de tirs de balles de défense ont été effectués contre 776 pour la seule journée du 1er décembre lorsque l’Arc de Triomphe avait été pillé ?

Une proposition de loi sur l’interdiction des LBD dans les manifestations

Ces dernières semaines, de nombreuses voix se sont, en effet, élevées contre l’utilisation des lanceurs de balles de défense lors des manifestations, cause de 2 200 blessures parmi les manifestants depuis le 17 novembre. Le défenseur des droits, Jacques Toubon a pointé « la dangerosité » de leur emploi dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre (…). Le haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU a demandé « urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force » dans le cadre des manifestations des gilets jaunes. Et le groupe CRCE (Communiste Républicain Citoyen et Écologiste) du Sénat a déposé une proposition de loi visant à interdire l’usage des lanceurs de balles de défense lors des manifestations. Un texte qui n’a pas été adopté par la Haute assemblée.

Pour, la présidente du groupe communiste du Sénat, Éliane Assassi, ce n’est sûrement pas le dépôt de cette proposition de loi qui a incité « à la retenue » les forces de l’ordre samedi. « Je suis tout à fait charmée d’entendre dire que c’est à cause des sénatrices et des sénateurs, qu’ils n’ont pas pu utiliser le LBD 40… Soyons sérieux (…) Laurent Nunez l’a reconnu lui-même, (le maintien de l’ordre) a été un échec, donc concentrons-nous là-dessus (…) Il faut revoir la doctrine du maintien de l’ordre dans notre pays et ça, ça ne se décrète pas sur le coin d’une table mais ça se travaille avec les organisations syndicales et policières ».

LBD: "Il faut revoir la doctrine du maintien de l’ordre dans notre pays " selon Éliane Assassi
01:56

« Laurent Nunez et Christophe Castaner devraient démissionner »

Même analyse du côté de la sénatrice de Paris rattachée au groupe CRCE, Esther Benbassa. « C’est nous faire trop d’honneur. Franchement, il ne faut pas exagérer (…) C’est une manière pour l’exécutif de cacher son incapacité à arrêter en amont les casseurs (…) Les Black Blocs déboulent à toutes les manifestations. On arrive à compter 1 500 casseurs mais on n’arrive pas à les arrêter ? Il y a un vrai problème (…) Je pense que Laurent Nunez et Christophe Castaner devraient démissionner » estime-t-elle.

Le LBD ne peut être utilisé pour disperser un attroupement

Toutefois, les débats autour de la proposition de loi du groupe CRCE ont eu le mérite de rappeler la réglementation autour de l’usage des LBD. « Le recours au LBD est autorisé lorsque, à l’occasion d’un attroupement sur la voie publique, des voies de fait ou des violences sont commises à l’encontre des forces de l’ordre, ou lorsque celles-ci ne sont pas en mesure de protéger le terrain qu’elles occupent. Le LBD est alors utilisé en groupe, par l’ensemble de l’unité, sur décision du commandement » expliquait la rapporteure LR du texte, Jacqueline Eustache-Brinio. Le recours au LBD est également autorisé « y compris dans le cadre d’une manifestation, lorsque l’usage de l’arme létale est légitime. Il s’agit, par exemple, des cas de légitime défense, d’état de nécessité et de périple meurtrier » ajoutait-elle avant de conclure : « En revanche, le LBD ne peut pas être utilisé par les unités de maintien de l’ordre en vue de disperser un attroupement après sommations. Son usage est purement défensif ».

Par cette dernière précision, on comprend pourquoi la portée des LBD a été réduite samedi dernier.

Partager cet article

Dans la même thématique

Rentrée scolaire Collège Parc Imperial à Nice
7min

Politique

Résultat du classement PISA : « Les ministres passent et le système demeure », martèle Max Brisson

La France atteint son plus bas niveau jamais enregistré dans les trois domaines évalués par PISA. Publiés ce mardi 8 septembre par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les résultats de l’enquête interviennent quelques jours après la rentrée scolaire et à quelques mois de l’élection présidentielle. Ils relancent le débat sur l’état de l’école française et, inévitablement, sur le bilan des années Macron.

Le

France VE Day
5min

Politique

« Décision absurde, inique et inacceptable » : le maire de Paris annonce le lancement de deux enquêtes après l’éviction polémique du personnel féminin de la Tour Eiffel

Emmanuel Grégoire a annoncé lors d'un point presse la mise en œuvre de deux enquêtes après l'éviction des salariées de la tour Eiffel lors d'une visite dispensée à un groupe religieux hindou. Cette mise à l'écart a provoqué un mouvement de colère des salariés et la fermeture du monument lundi.

Le

Illustrations – Reseaux Sociaux – France
8min

Politique

Interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans : Emmanuel Macron a-t-il tiré un trait sur sa promesse d’une application d’ici la fin de son mandat ?

Après la censure par le Conseil constitutionnel, au mois d'août, d'un texte visant à interdire les réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, Emmanuel Macron a demandé, lundi, à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, d'avancer sur un texte européen en la matière. Mais l'harmonisation de cette interdiction au niveau des 27 pourrait prendre du temps et contrecarrer le calendrier du chef de l'État, qui en avait fait un engagement de son dernier quinquennat.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
2min

Politique

Présidentielle : qui sont les porte-parole de Bruno Retailleau ?

Coordonnée par le secrétaire général des Républicains, Othman Nasrou, l’équipe de porte-parole du candidat LR à la présidentielle compte deux sénatrices, un député, une députée européenne, deux maires et deux conseillers régionaux.

Le