Le budget 2019 de la Sécu rejeté en nouvelle lecture au Sénat, après des « divergences de fond » avec les députés
Les sénateurs ont refusé ce jeudi d’adopter en nouvelle lecture, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale réécrit la veille par l’Assemblée nationale. Si le rapporteur au Sénat estime que la navette a été « fructueuse » sur certaines mesures, il a constaté des impasses sur des points majeurs du texte.

Le budget 2019 de la Sécu rejeté en nouvelle lecture au Sénat, après des « divergences de fond » avec les députés

Les sénateurs ont refusé ce jeudi d’adopter en nouvelle lecture, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale réécrit la veille par l’Assemblée nationale. Si le rapporteur au Sénat estime que la navette a été « fructueuse » sur certaines mesures, il a constaté des impasses sur des points majeurs du texte.
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Il était difficile de rapprocher les positions du Sénat et de l’Assemblée nationale sur plusieurs points majeurs du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), examiné ce jeudi matin en nouvelle lecture à la Haute assemblée. Comme dans une réplique de l’échec de la commission mixte paritaire, les sénateurs ont abrégé l’examen de cette deuxième lecture, en rejetant le texte réécrit la veille par les députés sans examen.

« La navette parlementaire a été utile, fructueuse sur certaines mesures », a reconnu le rapporteur Jean-Marie Vanlerenberghe (Union centriste), qui s’est félicité que plusieurs modifications du Sénat aient été reprises par l’Assemblée. C’est notamment le cas de la suppression de l’article introduisant des cotisations sociales sur les avantages de type chèques-vacances (relire notre article) ou encore de l’étalement sur six ans de la fiscalité sur les spiritueux dans les outre-mer sur la métropole.

Malgré ces quelques victoires et le sentiment d’avoir fait évoluer la copie des députés, comme sur les exonérations de charges sur les travailleurs saisonniers agricoles, le rapporteur n’a pas caché ses regrets. « Les difficultés qui subsistent entre les deux assemblées à l’issue de nouvelle lecture traduit de véritables divergences politiques et budgétaires », a-t-il déploré. Dans la liste des occasions manquées, il cite par exemple une mesure d’atténuation de seuil pour les retraités assujettis à la CSG.

Hausse de la taxe sur les complémentaires et âge de départ à la retraite, deux points d’achoppement majeurs

Le blocage entre le gouvernement, la majorité présidentielle à l’Assemblée, d’un côté, et le Sénat, de l’autre, s’est surtout concentré sur deux points majeurs. « Le texte que vous aviez adopté met, pour le gouvernement, en cause l’équilibre du projet initial », a fait savoir le secrétaire d’État Olivier Dussopt. Refusant d’accepter un « quasi-gel » des prestations sociales, les sénateurs ont préféré revaloriser ces dernières au niveau de l’inflation (près de 2%), finançant la mesure avec une forte contribution sur les complémentaires.

« La proposition alternative défendue par la majorité de votre assemblée tient en une augmentation massive de près de 5 points de la taxe sur les contrats complémentaires, c'est-à-dire 1,5 milliard d’euros plus prélevé sur les Français », a rappelé Olivier Dussopt.

Budget de la Sécu : Pour Olivier Dussopt, le texte du Sénat "remet en cause l'équilibre du projet initial"
07:09

L’amendement du Sénat, relevant de 62 à 63 ans l’âge légal de départ à la retraite, était le point de blocage majeur. Un relèvement « brutal », pour le secrétaire d’État, et « contraire aux engagements » de l’exécutif.

Plusieurs sénateurs regrettent un manque d’écoute de la majorité présidentielle

Au-delà de ces exemples emblématiques, plusieurs sénateurs ont pointé un « manque d’écoute » de la part de l’autre chambre, et du gouvernement. « En témoigne le taux de 50% des amendements du Sénat qui ont été retenus par l’Assemblée cette année, contre 80% en moyenne au cours des précédentes législatures », a souligné la sénatrice (RDSE), Véronique Guillotin.

La déception a aussi été très marqué du côté du côté de Bernard Jomier (apparenté PS), qui avait bataillé pour alourdir les taxes les boissons à base de vin s’adressant à une clientèle jeune (relire notre article). Cet amendement, comme d’autres, a été « balayé » à l’Assemblée, selon lui. « On ne peut tirer que des leçons politiques de cette attitude, une volonté du mouvement présidentiel de faire croire que le Sénat ne propose aucune réforme, de faire croire que le Sénat n’avance sur rien ou –  pour reprendre le propos du député Thomas Mesnier –  qu’il fait reculer la France. »

« Le dialogue a eu lieu », a défendu le sénateur (LREM), Martin Lévrier, non sans souligner quelques maladresses de ses homologues du palais Bourbon. « Certes, je l’avoue, je suis un peu déçu que certaines propositions du Sénat, votées ici souvent à l’unanimité, n’aient pas été entendues par nos collègues députés, sachez que je le reconnais. »

Un dérapage des comptes de la Sécu dénoncé par le Sénat

Le Sénat est aussi resté dubitatif sur la trajectoire budgétaire de ce PLFSS revenu entre les mains des députés. La commission des Affaires sociales s’est attristée d’un retour au déficit pour la Sécurité sociale (régimes obligatoires et Fonds de solidarité vieillesse). Selon le Sénat, après la nouvelle lecture, l’excédent de 400 millions d’euros présent au début de l’examen s’est transformé en un déficit de 200 millions d’euros. Les sénateurs ont pointé du doigt ce « contraste » entre « la forte communication » du début de l’automne sur le retour à l’équilibre des comptes de la Sécu et cette « révision à bas bruit ».

« Le seul principe qui semble guider le gouvernement, c’est celui du siphonnage systématique de tout excédent que pourrait réaliser la Sécurité sociale, ce que montre de manière éclatante la présentation lors de cette nouvelle lecture d’un budget en déficit », a critiqué le président de la commission des Affaires sociales du Sénat, le sénateur LR Alain Milon.

Partager cet article

Dans la même thématique

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le

ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
3min

Politique

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.

Le