Le camp Fillon saisit la justice, nouvelle étape de la contre-offensive

Le camp Fillon saisit la justice, nouvelle étape de la contre-offensive

La contre-offensive de François Fillon prend un tour judiciaire avec la saisine lundi du parquet par six responsables LR pour des "infractions"...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL

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La contre-offensive de François Fillon prend un tour judiciaire avec la saisine lundi du parquet par six responsables LR pour des "infractions" commises selon eux par l'exécutif et relevées par le livre "Bienvenue Place Beauvau".

Toujours distancé par Emmanuel Macron et Marine Le Pen dans les sondages, le candidat de la droite est encore à la peine sur le terrain. Il a changé lundi matin de train en direction du Croisic (Loire-Atlantique) pour échapper à plusieurs dizaines d'opposants, après avoir essuyé ce week-end au Pays-Basque concert de casseroles, jets d’oeufs et de tomates.

Avant un meeting à Nantes en fin de journée, l'ex-Premier ministre, dont la campagne est entachée par les révélations sur des emplois présumés fictifs de son épouse et ses enfants comme collaborateurs parlementaires, a ainsi annulé sa venue à Saint-Nazaire. Mais il a embarqué sur un caseyeur pour La Turballe (Loire-Atlantique), puis participé à une table ronde avec des pêcheurs à qui il a réitéré sa promesse d'états généraux pour leur secteur.

François Fillon, candidat de la droite à l'élection présidentielle, sur le pont d'un bateau de pêche lors d'une visite du port du Croisic
François Fillon, candidat de la droite à l'élection présidentielle, sur le pont d'un bateau de pêche lors d'une visite du port du Croisic
POOL/AFP

"La pêche ne sera plus au ministère de l' Environnement", s'est-il aussi engagé, aux côtés de son fidèle Bruno Retailleau, du député Éric Ciotti et de l'eurodéputé Alain Cadec.

A une journaliste qui lui faisait remarquer le ciel bleu alors que sa campagne prend l'eau, M. Fillon a répondu qu'il fallait "affronter tous les temps".

Sa semaine, entre rendez-vous devant le Medef, les notaires et les professions libérales, avant des déplacements à Quimper puis dans le sud de la France, pourrait être bousculée par un nouveau rendez-vous judiciaire. Son épouse Penelope est convoquée mardi dans le bureau des juges d'instruction où elle risque après son mari une mise en examen, mais le rendez-vous pourrait être décalé par souci de discrétion.

En attendant, le livre "Bienvenue Place Beauvau", écrit par trois journalistes, dont deux du Canard Enchaîné, alimente sa thèse d'un "complot". M. Fillon avait ainsi dénoncé la semaine dernière l'organisation par François Hollande, à la tête d'un "cabinet noir", de fuites dans la presse sur ses affaires judiciaires, le chef de l’État dénonçant en retour des "allégations mensongères".

- "Il affaiblit la République" -

Ses soutiens LR ont pris le relais de l'offensive. Après avoir épluché l'ouvrage avec des avocats, Bruno Retailleau, Christian Jacob, Valérie Pécresse, Luc Chatel, Nathalie Kosciusko-Morizet et Philippe Bas ont saisi le procureur de Paris et le procureur national financier.

"Corruption", "trafic d'influence", "atteinte à la vie privée", et encore "abus d'autorité": ces élus, brandissant le code de procédure pénale, dénoncent "la commission d'un certain nombre de faits d'une particulière gravité qui seraient susceptibles de revêtir différentes qualifications pénales", dans un courrier transmis à la presse.

Bruno Retailleau le 9 décembre 2016 à Nantes
Bruno Retailleau le 9 décembre 2016 à Nantes
AFP/Archives

Ce qui est décrit dans l'ouvrage comme un éventuel "cabinet noir anti-Sarkozy", "structure clandestine, aux ramifications complexes", est qualifié par ces élus LR d'"association de malfaiteur". François Hollande est mis directement en cause pour "collecte frauduleuse de données" personnelles, lui qui aurait déclaré en février 2014, selon "Bienvenue Place Beauvau": "Sarkozy, je le surveille, je sais tout ce qu'il fait".

L'enquête qu'ils appellent de leurs voeux, "ça ne sert pas François Fillon, ça doit servir la démocratie française", a justifié M. Retailleau. Mais aux yeux du patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, le candidat de la droite "veut pourrir la campagne présidentielle" et "en fin de compte il affaiblit la République" au profit du FN.

L'idée que le candidat de la droite soit sur écoutes - "probable" selon M. Fillon samedi - a aussi fait bondir le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas. C'est "au mieux de la pure spéculation et au pire une volonté de manipulation de la réalité", a-t-il réagi lundi, après des accusations également de Marine Le Pen en ce sens sur des "écoutes" du "pouvoir".

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