Le chemin étroit de Macron pour réformer
Lâcher du lest, mais sans se décrédibiliser ? Face à l'ampleur de la contestation, Emmanuel Macron n'a qu'un chemin étroit pour...

Le chemin étroit de Macron pour réformer

Lâcher du lest, mais sans se décrédibiliser ? Face à l'ampleur de la contestation, Emmanuel Macron n'a qu'un chemin étroit pour...
Public Sénat

Par Laurence BENHAMOU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Lâcher du lest, mais sans se décrédibiliser ? Face à l'ampleur de la contestation, Emmanuel Macron n'a qu'un chemin étroit pour réformer le système des retraites mais aussi pour conserver sa capacité d'agir pour le reste du quinquennat.

Au lendemain d'une mobilisation massive qui a vu plus de 850.000 personnes descendre dans la rue, Edouard Philippe est intervenu pour défendre le principe de la réforme et répéter que l'exécutif mettra un terme aux régimes spéciaux. Mais il aussi promis "des transitions progressives", en particulier pour les cheminots et les enseignants, leur assurant qu'ils n'y perdront rien.

Alors que le Premier ministre doit présenter l'intégralité du projet mercredi, un intense week-end de consultations attend les deux têtes de l'exécutif pour arbitrer les différents volets de cette réforme aussi explosive que complexe.

Pour le président de la République, qui a fait de la "transformation" du pays, la raison d'être de son quinquennat, les jours à venir s'annoncent déterminants.

"Si Emmanuel Macron recule sur la réforme, il joue la crédibilité de la parole publique et perd des deux côtés, chez ses supporters comme chez les sceptiques", résume Franck Louvrier, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy.

"Les Français, qu'ils soient d'accord ou non avec lui, estiment qu'il ne trahit pas ses engagements. Au moins, il n'y a pas de procès en trahison", appuie Jean-Daniel Lévy de Harris Interactive.

Mais la ligne de crête est étroite. Comme le socle de partisans d'Emmanuel Macron qui s'est stabilisé autour d'un tiers de satisfaits (33%, contre 65% de mécontents, selon un récent sondage Ifop).

Après un début de mandat où il a mené plusieurs réformes au pas de charge, le doute a fini par s'installer jusqu’au sein de son propre camp, selon Bruno Cautrès, du Cevipof.

- Les enseignants, la clé ? -

"Sa capacité à réformer n'est plus la même qu'au début de son quinquennat, c'est l'effet d'usure du pouvoir", reconnaît un conseiller ministériel. "Mais il peut s'appuyer sur son socle et a engrangé des soutiens chez les électeurs de droite". Au risque, souligne Bruno Cautrès, "d'incarner de plus en plus une présidence de centre-droit, voire de droite".

Aujourd'hui, c'est surtout cet électorat qui l'attend au tournant et tout recul trop important face aux organisations syndicales serait considéré comme un péché mortel par les soutiens du président à droite.

L'exécutif semble prêt à lâcher du lest sur sa réforme, à la fois sur les délais et les modalités pour certaines catégories, notamment les cheminots et les enseignants.

"Le défi, c'est les enseignants", martèle un cadre de la majorité.

M. Philippe leur a de nouveau adressé un message, évoquant la revalorisation "progressive" de leurs salaires puisqu'une "application absurde" des nouvelles règles de retraite "les pénaliserait".

"Alors que les syndicats cherchent à élargir le mouvement pour agréger les mécontentements, le gouvernement doit éviter le seuil critique. La clé est sans doute le sort des enseignants, une catégorie qui bénéficie d'un capital de sympathie", ajoute un conseiller ministériel.

En définitive, même si Edouard Philippe a été chargé de porter la réforme c'est bien Emmanuel Macron qui sera jugé. Selon un récent sondage Elabe, 43% des Français estiment que la grève actuelle est d'abord une mobilisation globale contre la politique du chef de l'Etat, avant d'être une opposition à la réforme des retraites.

Et jeudi, dans les nombreux cortèges à travers la France, c'est au président que la rue a demandé des comptes, comme au plus fort de la crise des "gilets jaunes". En 1995, on brocardait le Premier ministre Alain Juppé. 24 ans plus tard, il n'y en a que pour Emmanuel Macron.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le