Le Conseil constitutionnel s’est prononcé sur la loi séparatisme
Saisi par des parlementaires de gauche comme de droite, le Conseil constitutionnel a rendu vendredi une décision très attendue sur la loi confortant le respect des principes républicains. Adopté en juillet ce texte avait suscité d’âpres débats entre majorité et oppositions.    

Le Conseil constitutionnel s’est prononcé sur la loi séparatisme

Saisi par des parlementaires de gauche comme de droite, le Conseil constitutionnel a rendu vendredi une décision très attendue sur la loi confortant le respect des principes républicains. Adopté en juillet ce texte avait suscité d’âpres débats entre majorité et oppositions.    
Public Sénat

Par la rédaction de Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Au Parlement, des visions irréconciliables de la neutralité religieuse s’étaient affrontées lors de l’examen de la loi confortant le respect des principes de la République. Fait rare : au Sénat, le texte a été rejeté, sans examen, après l’échec de la commission mixte paritaire.

La décision du Conseil constitutionnel sur cette loi contestée est tombée, vendredi 13 août. Saisis par des parlementaires de gauche comme de droite, les Sages valident l’essentiel des sept articles sur lesquels ils ont été saisis mais censurent certaines dispositions.

Darmanin se félicite de la décision

Peu après la publication de la décision du Conseil constitutionnel, le ministre de l’Intérieur s’est félicité de cette décision qui permet au texte d’être publié au Journal officiel (JO). Les décrets d’applications devraient suivre.


Les associations

Le Conseil constitutionnel était amené à se prononcer sur le respect des libertés fondamentales d’association. Les Sages ont censuré la disposition permettant au ministre de l’Intérieur de prononcer la suspension des activités d’une association, dont il n’est pas établi qu’elle trouble gravement l’ordre public, en cas d’urgence.

En permettant de prendre une telle décision, sans autre condition que l’urgence, le législateur a porté à la liberté d’association une atteinte qui n’est pas nécessaire, adaptée et proportionnée, justifie le Conseil constitutionnel.

En revanche les Sages valident l’encadrement des subventions publiques. Elles seront désormais conditionnées au respect d’un « contrat d’engagement républicain ». Ils ont posé une réserve d’interprétation sur ce point. Le retrait d’une subvention publique ne saurait être rétroactive, selon eux. La restitution des sommes versées ne pourra donc pas concerner « une période antérieure au manquement au contrat d’engagement ».

Instruction à domicile

Sujet brûlant au Sénat, l’encadrement renforcé de l’instruction à domicile est également validé par le Conseil constitutionnel. La loi prévoit la mise en place d’un régime d’autorisation préalable du rectorat si une famille souhaite avoir recours à l’enseignement à domicile. Une disposition qui remet en cause « la liberté d’enseignement » pour les sénateurs.

Le Conseil constitutionnel valide donc cette disposition mais pose, là encore, une réserve d’interprétation pour encadrer le décret à venir, sous le contrôle du Conseil d’Etat. « Les Sages ont estimé qu’il fallait définir le 4e motif de façon plus précise et ont souhaité prohiber les discriminations », souligne une source constitutionnelle.

Retrait du titre de séjour

En outre, le Conseil constitutionnel a censuré une disposition prévoyant le refus de délivrance du titre de séjour ou son retrait pour « rejet des principes de la République ». Les Sages jugent les critères trop imprécis pour déterminer quels comportements pourraient caractériser un tel rejet.

Pour le président du groupe LR, Bruno Retailleau, « cette décision est plus politique que juridique ». Le sénateur de Vendée y voit « une nouvelle démonstration que seul un référendum permettra de réformer vraiment les règles qui régissent l’immigration en France ».

Article « Samuel Paty »

Saisi par la gauche, le Conseil constitutionnel valide l’article dit « Samuel Paty ». La disposition prévoit que la mise en danger de la vie d’autrui par diffusion d’informations relatives à la vie privée « aux fins de l’exposer, elle ou les membres de sa famille, à un risque direct d’atteinte à la personne ou aux biens que l’auteur ne pouvait ignorer » sera punie de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

Pour les parlementaires des groupes PS, PCF et LFI, cet article remet sur la table une mesure de la loi Sécurité globale visant à interdire la « provocation à l’identification » des forces de l’ordre. Un article qui avait d’ailleurs été censuré par le Conseil constitutionnel en mai dernier. Pour les élus de gauche, cette mesure pourra notamment « faire obstacle aux investigations de journalistes, notamment lorsqu’ils filment les forces de l’ordre dans le cadre de manifestations ».

Non saisi sur la haine en ligne

Parmi ses autres mesures, sur lesquelles le Conseil constitutionnel n’était pas saisi, figure une batterie de dispositions parfois techniques sur la neutralité du service public, la lutte contre la haine en ligne, la protection des fonctionnaires et des enseignants, la transparence des cultes et de leur financement, ou la lutte contre les certificats de virginité, la polygamie et les mariages forcés.

Ce qui n’a pas empêché le secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique, Cédric O de réagir sur la haine en ligne, sur Twitter :

Partager cet article

Dans la même thématique

Clashes During Paris Austerity Protests
6min

Politique

Après les pillages du 17 octobre, faut-il couper les réseaux sociaux ?

Gabriel Attal relance l’idée d’un blocage temporaire des plateformes dans les zones touchées par les violences, après le chao du week-end. Elles facilitent les rassemblements et démultiplient les images de casse, mais leur rôle dépasse la seule organisation des émeutes.

Le

Paris France Protests
9min

Politique

Violences du 17 octobre : pourquoi l’état d’urgence est écarté par le gouvernement ?

Après un week-end marqué par des scènes de chaos et de pillages dans plusieurs villes, l’exécutif exclut pour le moment le recours à l’état d’urgence, préférant la mise en place de « couvre-feux localisés ». De quels moyens dispose l’exécutif pour rétablir l’ordre ? Inventaire de la boîte à outils sécuritaire dont dispose le gouvernement pour rétablir l’ordre.

Le

NORD – RASSEMBLEMENT MAIRIE
3min

Politique

Après les violences du 17 octobre, les maires font front devant leurs mairies

Au lendemain d’une mobilisation contre la vie chère qui a dégénéré en pillages et en assauts contre des hôtels de ville, l’Association des maires de France (AMF) appelle à un rassemblement ce lundi 19 octobre, à partir de midi. Les maires de Paris, Lyon et Marseille seront reçus par Sébastien Lecornu, à leur demande.

Le

France: Emmanuel MACRON Addresses The French People After Violent Protests
6min

Politique

Violences du 17 octobre : Macron exprime sa « colère » et sa « honte » et promet « toute la transparence »

Au lendemain des pillages et des dégradations qui ont frappé plusieurs villes françaises, le chef de l’État a promis de tirer « toutes les leçons » de la journée du 17 octobre. Face aux appels de la droite à décréter l’état d’urgence, il a privilégié le renforcement des mesures de protection et tenté de dissocier les violences des revendications contre la vie chère.

Le