Le Conseil constitutionnel acte la gratuité de l’enseignement supérieur : « Une décision majeure » salue le sénateur PCF Pierre Ouzoulias
Le Conseil constitutionnel entérine le principe de la gratuité dans l'enseignement supérieur public, tout en considérant que les frais d’inscription doivent rester « modiques ». Il avait été saisi suite à la hausse des frais pour les étudiants étrangers. Mais la portée de la décision est beaucoup plus large.

Le Conseil constitutionnel acte la gratuité de l’enseignement supérieur : « Une décision majeure » salue le sénateur PCF Pierre Ouzoulias

Le Conseil constitutionnel entérine le principe de la gratuité dans l'enseignement supérieur public, tout en considérant que les frais d’inscription doivent rester « modiques ». Il avait été saisi suite à la hausse des frais pour les étudiants étrangers. Mais la portée de la décision est beaucoup plus large.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

C’est une décision qui devrait faire date. Le Conseil constitutionnel a jugé ce vendredi 11 octobre que l'exigence de gratuité s'applique à l'enseignement supérieur public. Les Sages avaient été saisis par plusieurs associations d’une question prioritaire de constitutionnalité relatives à la hausse des frais d'inscription pour les étudiants étrangers extra-communautaires, décidée il y a un an le gouvernement. Soit 2.770 euros pour les frais d'inscription en licence et 3.770 euros en master, contre 170 euros et 243 euros pour les jeunes Européens. Pour ces associations, cette hausse « méconnaissait divers principes protégés par la Constitution et les engagements internationaux de la France ».

Les Sages de la rue de Montpensier sont allés dans leur sens. « L'exigence constitutionnelle de gratuité s'applique à l'enseignement supérieur public » écrit dans sa décision le Conseil constitutionnel, présidé par Laurent Fabius et dont Alain Juppé et un ancien membre du gouvernement, Jacques Mézard, font partie. Mais précision importante : « Cette exigence ne fait pas obstacle, pour ce degré d'enseignement, à ce que des droits d'inscription modiques soient perçus en tenant compte, le cas échéant, des capacités financières des étudiants ». Mais encore faut-il savoir ce qu’on entend par « modique ».

L’exécutif fait mine de ne pas s’inquiéter de cette décision. « Ces frais équivalent à environ un tiers du prix réel des formations, on considère qu'il s'agit bien d'un coût modique », réagit le ministère de l'Enseignement supérieur auprès de l’AFP. C’est maintenant au Conseil d'Etat d’examiner cet arrêté dans les mois à venir.

« La commission de la Culture du Sénat avait prévenu qu’il y avait un problème constitutionnel »

Pour l’heure, la nouvelle fait du bruit. « C’est une décision majeure, un chamboulement majeur » salue le sénateur PCF Pierre Ouzoulias, archéologue qui a enseigné à Paris X, à Nanterre. Au-delà de la situation des étudiants étrangers non-communautaires, cette décision a en réalité une portée beaucoup plus large. « Sur la forme, la commission de la Culture du Sénat avait prévenu qu’il y avait un problème juridique et constitutionnel » rappelle le sénateur PCF des Hauts-de-Seine. Surtout, « sur le fond, je pense que la décision a des conséquences beaucoup plus importantes que la question de l’augmentation des frais pour les étudiants étrangers. Car le Conseil constitutionnel considère aujourd’hui que l’Enseignement supérieur public est constitutif du service public de l’éducation, au même titre que le primaire et le secondaire » souligne le sénateur.

Face à cette décision, les écoles d’ingénieurs risquent de se retrouver en difficulté. La Conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs (CDEFI) s'est inquiétée dans un communiqué d'une décision qui, si elle aboutissait à « diminuer les financements de ces écoles, remettrait en question un modèle économique déjà fragile ».

« Ça ruine le budget du gouvernement »

Concrètement, selon Pierre Ouzoulias, « dans les facs où il n’y a pas assez de professeurs, où les amphis sont bondés, on pourrait imaginer que les syndicats saisissent le tribunal administratif pour que le service public soit assuré ». La décision des Sages pourrait bien avoir aussi de lourdes conséquences budgétaires… « Ça ruine le budget du gouvernement. Il faut ajouter plusieurs milliards d’euros » selon le sénateur PCF, qui ajoute :

« Cette décision oblige le gouvernement à refonder toute l’économie de l’enseignement supérieur public sur le principe de la gratuité ».

Après cette décision « historique », Pierre Ouzoulias demande à l’exécutif d’engager des discussions avec le Parlement et les syndicats étudiants, comme les enseignants, « pour assurer la rentrée 2020 dans le nouveau cadre ». Quant à la détermination du montant des frais « modiques », il proposera, lors de l’examen du budget, que « le Parlement en débatte tous les ans ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le