Le contrôle fiscal de Bercy sur McKinsey a-t-il été déclenché suite à la commission d’enquête sur les cabinets de conseil ?

Le contrôle fiscal de Bercy sur McKinsey a-t-il été déclenché suite à la commission d’enquête sur les cabinets de conseil ?

Le ministre de l’Economie fait comprendre que Bercy n’avait pas attendu le Sénat pour se pencher sur McKinsey, accusé de ne pas avoir payé d’impôts sur les sociétés depuis 10 ans. Or « le contrôle fiscal débute au mois de décembre », avait révélé la communiste Eliane Assassi, soit après le lancement de la commission d’enquête du Sénat.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les révélations de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés n’en finissent plus de laisser des traces. Comme une bombe à fragmentation dans la campagne d’Emmanuel Macron, un boulet qu’il traîne et le freine. Il a fallu attendre quelques jours pour que l’effet s’en fasse réellement sentir sur la campagne. C’est surtout la révélation sur McKinsey, qui n’a pas payé d’impôts sur les sociétés depuis 10 ans, qui passe mal, alors que les ministères ont largement eu recours à ce cabinet de conseil privé américain.

Ce matin, sur Europe 1, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, s’est indigné pour expliquer que Bercy n’avait pas attendu le Sénat pour se pencher sur le cas McKinsey. « Nous avons engagé une vérification fiscale sur McKinsey avant le rapport du Sénat », soutient le ministre de l’Economie, « pas après, avant le rapport. Remettons un peu de clarté et de raison dans ce dossier ». Bruno Le Maire ajoute : « McKinsey paiera tous les impôts qu’il doit à la France, rubis sur l’ongle ».

« Des rapprochements de dates troublants »

Les propos du ministre étonnent Arnaud Bazin, sénateur LR du Val d’Oise et président de la commission d’enquête du Sénat. « Il faut surtout que le ministre produise le document daté par lequel l’administration fiscale a signifié une procédure à cette entreprise. Ce qu’il s’est bien gardé de faire », constate Arnaud Bazin auprès de publicsenat.fr. Il rappelle que « le rapport du Sénat était présenté le 17 mars et que notre commission d’enquête est en place depuis le 18 novembre ». Le sénateur ajoute : « Je relève que Bruno Le Maire n’a pas dit que cette vérification fiscale avait été mise en place avant l’installation de la commission d’enquête, mais avant le rendu du rapport, ce qui laisse beaucoup de place. Si on compte, c’est pratiquement quatre mois ».

D’après la Lettre A, la Direction générale des finances publiques (DGFIP) a démarré ce contrôle seulement « en décembre 2021 ». Ce qu’avait déjà révélé, en réalité, la rapporteure communiste de la commission d’enquête, Elianne Assassi, lors de la conférence de presse le 17 mars. Elle s’interrogeait sur le calendrier. « Notre commission d’enquête démarre au mois de novembre et le contrôle fiscal débute au mois de décembre », avait remarqué la sénatrice PCF de Seine-Saint-Denis. Autrement dit, on peut formuler l’hypothèse que rien n’aurait été fait depuis 10 ans et que c’est l’annonce de la commission d’enquête du Sénat qui aurait déclenché le contrôle de Bercy. Ce timing « est quand même étonnant », remarque un sénateur. « Notre travail est un travail factuel, je ne fais pas d’hypothèse, mais il y a des rapprochements de dates troublants en tout cas », affirme de son côté Arnaud Bazin.

« Je crois que tout l’appareil d’Etat est mobilisé autour de ce sujet-là, manifestement »

Face à ce sujet brûlant, le gouvernement tente d’éteindre l’incendie. Deux ministres sont envoyés au front. Celui du Budget, Olivier Dussopt, et celle de la Fonction publique, Amélie de Montchalin. Une conférence de presse est organisée ce mercredi soir, à 19 heures, à Bercy. « On va apprendre à beaucoup de gens à lire le rapport du Sénat », dit l’entourage de la ministre au Hufffington Post.

« Je vais m’attacher à savoir si cette relecture du rapport est fidèle ou pas. Je m’attends à ce qu’elle ne soit pas fidèle », réagit Arnaud Bazin. « Je crois que tout l’appareil d’Etat est mobilisé autour de ce sujet-là, manifestement. On évoque des dépenses de certaines collectivités territoriales pour faire un peu diversion. On a dû certainement mobiliser des fonctionnaires pour avoir ces renseignements-là rapidement… » s’étonne le président de la commission d’enquête, qui ajoute :

C’est une défense assez maladroite de rideau de fumée, mais elle est assez transparente pour tout dire.

Comme Arnaud Bazin l’a déjà affirmé, « tout ça traduit une grande fébrilité ». « La fébrilité est celle de l’opposition », rétorque Bruno Le Maire, qui veut y avoir une façon de « déstabiliser Emmanuel Macron ».

Dans la même thématique

Brussels Special European Council – Emmanuel Macron Press Conference
3min

Politique

Élections européennes : avant son discours de la Sorbonne, l’Élysée se défend de toute entrée en campagne d’Emmanuel Macron

Ce jeudi 25 avril, le président de la République prononcera un discours sur l’Europe à la Sorbonne, sept ans après une première prise de parole. Une façon de relancer la liste de Valérie Hayer, qui décroche dans les sondages ? L’Élysée dément, affirmant que ce discours n’aura « rien à voir avec un meeting politique ».

Le

Le contrôle fiscal de Bercy sur McKinsey a-t-il été déclenché suite à la commission d’enquête sur les cabinets de conseil ?
8min

Politique

IA, simplification des formulaires, France Services : Gabriel Attal annonce sa feuille de route pour « débureaucratiser » les démarches administratives

En déplacement à Sceaux ce mardi dans une maison France Services, quelques minutes seulement après avoir présidé le 8e comité interministériel de la Transformation publique, le Premier ministre a annoncé le déploiement massif de l’intelligence artificielle dans les services publics, ainsi que la simplification des démarches. Objectif ? Que « l’Etat soit à la hauteur des attentes des Français ».

Le

Brussels Special European Council – Renew Europe
10min

Politique

Européennes 2024 : avec son discours de la Sorbonne 2, Emmanuel Macron « entre en campagne », à la rescousse de la liste Hayer

Emmanuel Macron tient jeudi à la Sorbonne un discours sur l’Europe. Si c’est le chef de l’Etat qui s’exprime officiellement pour « donner une vision », il s’agit aussi de pousser son camp, alors que la liste de la majorité patine dans les sondages. Mais il n’y a « pas un chevalier blanc qui va porter la campagne. Ce n’est pas Valérie Hayer toute seule et ce ne sera même pas Emmanuel Macron tout seul », prévient la porte-parole de la liste, Nathalie Loiseau, qui défend l’idée d’« un collectif ».

Le

Jordan Bardella visite Poste-Frontiere de Menton
5min

Politique

Elections européennes : la tentation des seniors pour le vote RN, symbole de « l’épanouissement du processus de normalisation » du parti, selon Pascal Perrineau

Alors que la liste menée par Jordan Bardella (31.5%) devance de plus de 14 points la liste Renaissance, menée par Valérie Hayer (17%), selon le dernier sondage IFOP-Fiducial pour LCI, le Figaro et Sud-Radio, le parti de Marine Le Pen, mise désormais sur l’électorat âgé, traditionnellement très mobilisé pour les élections intermédiaires. Désormais deuxième force politique chez les plus de 65 ans (le RN conquiert 24% de cet électorat, 7 points de moins que Renaissance), la stratégie semble porter ses fruits. Décryptage avec le politologue Pascal Perrineau, professeur émérite à Sciences Po Paris et récent auteur de l’ouvrage Le Goût de la politique : Un observateur passionné de la Ve République, aux éditions Odile Jacob.

Le