Le départ annoncé de Collomb, nouveau casse-tête pour Macron
Le départ programmé de Gérard Collomb du gouvernement après les européennes de mai 2019 représente un nouveau casse-tête pour...

Le départ annoncé de Collomb, nouveau casse-tête pour Macron

Le départ programmé de Gérard Collomb du gouvernement après les européennes de mai 2019 représente un nouveau casse-tête pour...
Public Sénat

Par Gregory DANEL, Jacques KLOPP

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le départ programmé de Gérard Collomb du gouvernement après les européennes de mai 2019 représente un nouveau casse-tête pour Emmanuel Macron et risque d'ajouter encore à la confusion d'une rentrée bien agitée pour l'exécutif.

Dans un entretien à l'Express, le ministre de l'Intérieur a annoncé mardi qu'il serait candidat à Lyon en 2020 et qu'il envisageait de quitter son poste gouvernemental après les européennes de 2019 pour faire campagne.

"C'est loin, les municipales. Si d'ici là on ne m'a pas diagnostiqué de maladie grave [rires], je serai candidat à Lyon", a-t-il dit, mettant fin aux spéculations sur son implication dans les futures batailles municipales lyonnaises.

L'Elysée, qui était au courant depuis "plusieurs jours" selon une source gouvernementale, a qualifié de "bonne nouvelle" que M. Collomb souhaite à 71 ans "consacrer du temps et de l'énergie" à la métropole lyonnaise.

Du côté de Matignon, on a évoqué un "secret de Polichinelle" en rappelant combien M. Collomb était attaché à sa ville dont il fut le maire pendant 16 ans avant d'être nommé en mai 2017 ministre de l'Intérieur.

Emmanuel Macron remaniera "lorsqu'il le jugera nécessaire", a précisé l'Elysée. Plusieurs autres ministres pourraient se lancer dans la course aux municipales, comme Benjamin Griveaux à Paris ou Christophe Castaner à Marseille.

Le président a déjà été contraint début septembre de reconfigurer le gouvernement après les départs soudains de Nicolas Hulot et Laura Flessel en plein milieu d'une rentrée compliquée avec les suites de l'affaire Benalla et la valse hésitation sur l'impôt à la source.

Habituel relais discipliné de la parole élyséenne, M. Collomb disait cultiver une relation "quasi filiale" avec M. Macron à l'investiture duquel il était apparu particulièrement ému.

Il avait dès lors créé la surprise en pointant du doigt le "manque d'humilité" de l'exécutif, le 6 septembre. Une sortie qualifiée de "maladroite" et de "limite limite" mardi par une source gouvernementale, "car elle a donné le sentiment qu'elle visait le président".

Commentant ces difficultés, la métaphore du Titanic a inspiré l'opposition de droite comme de gauche, à l'image du député LFI Eric Coquerel qui estime que "ça va finir par couler tout ça".

- "Ministre à mi-temps" -

Le président des Républicains (LR), Laurent Wauquiez a qualifié de "surréaliste" l'annonce de M. Collomb qui, comme M. Hulot et Mme Flessel, "choisit sa date de départ", un acte selon lui "révélateur de l'affaiblissement du président de la République".

Le patron des LR a également dénoncé le fait que, selon lui, le locataire de Beauvau serait désormais "un ministre à mi-temps", toujours en poste mais déjà presque parti.

"Les neuf mois qui s'annoncent ne seront pas une sinécure. Personne ne comprendrait qu'il ne mène pas les chantiers à leur terme avant de s'en aller", a également déclaré à l'AFP le patron du syndicat policier Alliance, Jean-Claude Delage, qui voit cependant dans son annonce, une "marque de responsabilité et d'honnêteté".

"Je ne serai pas ministre de l'Intérieur jusqu'à l'avant-dernier jour. A partir d'une certaine période, il vaut mieux être totalement disponible pour la campagne", a expliqué M. Collomb dans L'Express.

Quelques heures après, le ministre s'est rendu dans la cité des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes (Essonne), pour inaugurer les "quartiers de reconquête républicaine", une des mesures-phares de la Police sécurité du quotidien (PSQ). Mais leur lancement a été totalement eclipsé par l'annonce de son départ. A son arrivée, M. Collomb, pressé de questions, a juste déclaré se sentir "super, de mieux en mieux" dans le gouvernement.

Il a ensuite donné rendez-vous "au mois de juin ou juillet pour tirer le bilan" de son action au ministère de l'Intérieur.

Moqué pour son verbe parfois brouillon, critiqué pour ne pas avoir su couper le cordon avec sa ville de cœur, Gérard Collomb a maintenu son crédit auprès de l'opinion publique en dépit de réformes contestées, surtout à gauche: la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme (Silt), qui a intégré dans le droit commun des dispositions de l'état d'urgence, ou la loi asile immigration, critiquée au sein même de la majorité parlementaire.

Mais cet été, le ministre de l'Intérieur a été pris dans la tourmente de l'affaire Benalla pour accuser une baisse sensible de 11 points de satisfaction sur son action en tant que ministre de l'Intérieur par rapport à septembre 2017, selon un récent sondage BVA-Mag2Lyon.

Partager cet article

Dans la même thématique

Le départ annoncé de Collomb, nouveau casse-tête pour Macron
7min

Politique

Présidentielle 2027 : pourquoi l’élection française inquiète déjà les Européens

À huit mois de la présidentielle française, Bruxelles scrute déjà avec inquiétude les propositions des principaux candidats. Budget européen, primauté du droit de l’UE, dette, soutien à l’Ukraine... l’éventualité d’une victoire du RN ou de Jean-Luc Mélenchon alimente les craintes. Au point de transformer la France en maillon faible de l'UE ? Ici l'Europe ouvre le débat, avec les eurodéputés Daniel Freund (Allemagne, Les Verts), Charles Goerens (Luxembourg, Renew Europe) et Andras Laszlo (Hongrie, Patriotes pour l’Europe).

Le

Paris : Francois Bayrou recoit l l UDI
7min

Politique

« Pas à la hauteur » : le coup de gueule d’Hervé Marseille, après le soutien de Bruno Retailleau à Valérie Boyer pour les sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône

Ça chauffe dans les Bouches-du-Rhône, où le soutien du président de LR, Bruno Retailleau, à la liste de la sénatrice LR Valérie Boyer, reste au travers de la gorge de son homologue de l’UDI, le sénateur Hervé Marseille. Car les LR ont apporté leur investiture à une autre liste, celle de la sénatrice UDI Brigitte Devésa et de Renaud Muselier, membre de Renaissance. Gérard Larcher devrait se rendre sur place la semaine prochaine pour soutenir cette liste. Un imbroglio qui divise un peu plus la droite sur place. Explications.

Le

NANTES:Franco-German summit in Nantes
8min

Politique

« Une épouvantable tragédie » : le tandem Chirac-Jospin face au 11 septembre 2001

Vingt-cinq ans après, les images sont restées intactes. Le 11 septembre 2001, alors que les Etats-Unis étaient frappés par les attentats d’Al-Qaida, Jacques Chirac se trouvait à Rennes et Lionel Jospin à Matignon. A sept mois de l’élection présidentielle, et dans un contexte de cohabitation, les deux têtes de l’exécutif français ont dû organiser, dans l’urgence, la réponse d’un pays qui n’était pas directement attaqué mais qui avait déjà été confronté à plusieurs vagues d’attentats sur son propre territoire.

Le

FRA – AN – ASSEMBLEE – COMMISSION AUDITION AURORE BERGE
6min

Politique

« Grand remplacement » : une théorie « raciste », rappellent les historiens à Aurore Bergé

La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a suscité la polémique au sein même de son propre camp, en refusant de qualifier de « raciste » la théorie du grand remplacement conceptualisée par l'essayiste d'extrême droite Renaud Camus. La ministre a néanmoins qualifié la théorie de « mensongère », a affirmé qu'elle entendait la combattre, et estimé que le débat sur ce sujet « faisait partie de la liberté d'expression ». Une position intenable pour l'historien de la colonisation Nicolas Bancel, qui rappelle que « la composante raciale » est au cœur de cette théorie.

Le