Le député Aurélien Taché, franc-tireur et poil à gratter de la majorité
Le député "marcheur" Aurélien Taché, dont les déclarations sur le voile agitent le mouvement présidentiel, est un jeune élu de l...

Le député Aurélien Taché, franc-tireur et poil à gratter de la majorité

Le député "marcheur" Aurélien Taché, dont les déclarations sur le voile agitent le mouvement présidentiel, est un jeune élu de l...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le député "marcheur" Aurélien Taché, dont les déclarations sur le voile agitent le mouvement présidentiel, est un jeune élu de l'aile gauche au parcours atypique, rompu aux coups d'éclat mais assez isolé.

Tenant d'une laïcité de "tolérance", l'élu du Val-d'Oise, 35 ans, co-animateur du pôle idées de La République en marche, a mis en colère le ministre de l'Education après une interview au Point dans laquelle accuse Jean-Michel Blanquer de "renforcer" le Rassemblement national par ses positions "confuses" sur le voile.

Tout en reconnaissant que "la loi n'interdit pas aux femmes voilées d'accompagner les enfants", le ministre a estimé que "le voile en soi n'est pas souhaitable dans notre société", provoquant un débat au sein même du gouvernement et de LREM qui a saisi son médiateur.

Si le débat mérite d'être posé, ce doit être de façon "organisée", a souhaité le patron des députés LREM Gilles Le Gendre, sa vice-présidente Marie Lebec étrillant une "sortie extrêmement malheureuse" du député.

Egalement de l'aile gauche, Jean-François Cesarini a même critiqué une série de "prises de position d'Aurélien Taché très peu populaires dans le groupe".

Certains collègues le soutiennent néanmoins, comme Laetitia Avia qui voit en lui "quelqu'un qui porte ses sujets avec beaucoup de conviction" et "fait de la politique avec ses tripes". "Aurélien n'oublie pas d'où il vient" et "ce qu'il dit parle et résonne en beaucoup de personnes", affirme la porte-parole de LREM à l'AFP.

Ce n'est pas la première fois que le mouvement doit "gérer" le trublion Taché. En mars, il avait reçu un rappel à l'ordre après ses propos tendant à comparer voile et serre-tête.

A l'époque déjà, la droite se frottait les mains face aux remous suscités, réclamant une "laïcité plus exigeante". Eric Ciotti (LR) épinglait alors M. Taché "porte-parole de l'islamo-gauchisme".

"Il se sent obligé d'être le porte-parole des musulmans de France", selon une source LREM.

- Clivant -

Le député au débit mitraillette est l'un des plus politiques au Palais Bourbon, dans la droite ligne de son itinéraire d'autodidacte. D'abord apprenti en plomberie, ce petit-fils de résistant communiste a entrepris à 19 ans un cursus en droit public à l’université de Limoges où il devient président de l'Unef.

Le syndicalisme étudiant, "ça apprend à avoir une lecture politique d'un milieu et à savoir par quelle technique on peut influer sur les choses", retient-il.

Après un passage à la Région Ile-de-France sous Jean-Paul Huchon, celui alors socialiste entre en cabinet ministériel à 30 ans sous le précédent quinquennat, auprès de Sylvia Pinel puis Emmanuelle Cosse, au Logement, en pleine crise des migrants.

Puis il devient délégué du groupe SOS, sur l'économie sociale et solidaire. Et démissionne du PS en 2016 pour rejoindre En Marche! où il contribue au programme sur logement et lutte contre la pauvreté.

"J'ai été anarchiste à 15 ans, socialiste à 25, macroniste à 35 mais je n'ai jamais changé d'idées", assure-t-il, concédant avoir "gardé (s)a sensibilité libertaire".

Elu pour la première fois en 2017, il s'active avec les trentenaires de la "bande de Poitiers" pour rééquilibrer la politique menée, jugée trop à droite.

Par son rapport au Premier ministre sur l'intégration des étrangers, il marque de son empreinte le sensible projet de loi asile-immigration, quitte à agacer le ministre Gérard Collomb. Sur le controversé texte anticasseurs, il s'abstient.

S'il co-dirige avec Marlène Schiappa le pôle idées du parti, il participe un temps en parallèle à un club de réflexion, Hyperion. Cela lui vaut des inimitiés dans un parti prônant le "collectif": "il est tout seul", d'après une collègue.

Le député est prêt à échanger, à la Fête de l'Huma, comme à la Convention de la droite de Marion Maréchal, événement auquel il renonce finalement en septembre.

Peu avant le débat début octobre au Parlement sur l'immigration, Aurélien Taché reçoit Carola Rackete, la capitaine du navire humanitaire SeaWatch, une proclamation en soi.

Mais "LREM n'est ni le PS, ni l'Unef" et un mouvement politique ne se construit pas "qu'avec des coups médiatiques intempestifs", grince un responsable.

Partager cet article

Dans la même thématique

ELYSEE PRESSE 1© La Famiglia
3min

Politique

« Cap sur l’Élysée » : Public Sénat lance sa série documentaire sur la présidentielle, à voir en avant-première

Public Sénat propose, en ligne dès ce 24 octobre, le premier épisode de « Cap sur l’Élysée », série documentaire inédite qui suivra la campagne présidentielle jusqu’au scrutin. Le premier épisode est disponible en intégralité sur publicsenat.fr, une semaine avant sa diffusion télévisée, le samedi 31 octobre à 21h sur le canal 8 de la TNT.

Le

MANIF FEMINISTE ANTI RASSEMBLEMENT NATIONAL
6min

Politique

Manifestation contre le RN à Orléans : un « aveu de faiblesse » pour la gauche ou un échec de la dédiabolisation de Marine Le Pen ?

20 000 à 30 000 opposants au Rassemblement national sont attendus samedi à Orléans où se tient le congrès du parti. Associations, syndicats, mais aussi responsables politiques comme Olivier Faure, Marine Tondelier ou Bally Bagayoko feront partie du cortège. Signe d’une dédiabolisation qui n’est pas encore aboutie pour le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen ? Ou un aveu d’impuissance de la gauche ? En 1997, une contre-manifestation avait rassemblé 50 000 personnes et les chefs de partis de gauche à Strasbourg où se tenait le congrès du Front national.

Le

7min

Politique

Pas de panier de produits sains à prix coûtant pour les consommateurs français : le texte a été rejeté par le Sénat

Jeudi, la proposition de loi déposée par les écologistes, qui entendait favoriser l’accès à une alimentation saine, a été rejetée par le Sénat. Si la nécessité de garantir l’accès aux produits de première nécessité dans un contexte inflationniste a été unanimement reconnue, plusieurs groupes politiques ont fait part de leur désaccord avec les moyens de sa mise en œuvre.

Le