Le Drian investit son capital politique à gauche de la majorité
Parcimonieux dans ses expressions publiques depuis son ralliement à Emmanuel Macron au printemps 2017, le ministre des Affaires...

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Parcimonieux dans ses expressions publiques depuis son ralliement à Emmanuel Macron au printemps 2017, le ministre des Affaires...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

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Parcimonieux dans ses expressions publiques depuis son ralliement à Emmanuel Macron au printemps 2017, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian sort du bois, en investissant son poids politique dans la structuration d'un flanc gauche à la majorité.

Ses anciens collaborateurs le martèlent: Jean-Yves Le Drian "sait que quand la parole est rare, elle est précieuse". "Ce n'est pas du blabla permanent", insiste le député (LREM) Guillaume Gouffier Cha, qui fut son conseiller au ministère de la Défense lors du quinquennat Hollande.

"Il choisit ses moments, ses sujets pour s'exprimer sur la politique intérieure. Et quand il le fait, c'est un acte politique", ajoute le député (LREM) du Morbihan Gwendal Rouillard, un fidèle depuis plus de 20 ans.

A cette aune, les sorties du Breton, ministre aussi taiseux que populaire, sont donc minutieusement scrutées. Lui qui fut tant courtisé par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle 2017, permettant au candidat de capter son aura régalienne, s'est jusque-là plutôt tenu en retrait.

L'exception a été une prise de parole remarquée le 9 décembre dernier sur RTL, en pleine séquence des "gilets jaunes", durant laquelle il a appelé à la mise en oeuvre d'un "nouveau contrat social", et relevé "un sentiment profond d'inégalités territoriales et sociales" dans le pays. Des observations qui ont donné le ton de la batterie d'annonces du chef de l'Etat pour sortir de la crise, le lendemain.

Au lendemain des Européennes qui ont vu l'électorat de la liste Macron se déporter à droite et la liste PS contenue à 6,2%, M. Le Drian veut davantage faire entendre sa voix, résolu à "constituer" une "sensibilité" de gauche. Une initiative qui fait écho à ses déclarations au moment de son ralliement à M. Macron en mars 2017: "je reste socialiste", avait-il lancé, assurant qu'il oeuvrerait pour "continuer à vivifier" le PS, "peut-être le construire autrement".

M. Le Drian, qui a depuis quitté le PS mais pas rejoint LREM, a donc il y a trois semaines battu le rappel de camarades socialistes, majoritairement issus du pôle des réformateurs mais pas adhérents à La République en marche, à l'image des ex-députés Gilles Savary, François Loncle ou Christophe Caresche. Les actuels ministres Didier Guillaume et Olivier Dussopt, issus aussi du PS, sont de la partie, ainsi que l'ancienne secrétaire d'Etat Juliette Méadel.

- "Figure tutélaire" -

De sources concordantes, un manifeste ou une tribune est en cours de confection pour une publication en juillet, avec l'idée de structurer un club ou, plus probablement, un parti pour la rentrée, dans la perspective des municipales. Cette formation serait le pendant à gauche du mouvement de centre-droit Agir de Franck Riester.

"Pour l'instant il est trop tôt" pour dire quelle forme tout cela prendra, assure un proche de Jean-Yves Le Drian, en relevant au passage que le ministre n'agit pas "seul dans son coin" et qu'il a l'aval de l'Elysée.

"Nous avons besoin de consolider le bloc et le socle majoritaire", explique l'ancien ministre et désormais député Stéphane Travert. "LREM est l'élément central du catamaran, auquel on arrime deux gros flotteurs de part et d'autre pour construire la coalition face aux nationalistes et populistes", métaphorise-t-il encore.

"Ce parti sera très pro-européen, débarrassé des ambiguités du PS ; un parti soucieux de poursuivre le redressement économique du pays et péréniser le modèle social ; et un parti désireux de ressourcer la démocratie par le tryptique décentralisation, déconcentration, et participation", résume un socialiste à la manoeuvre, quand un autre ajoute l'importance de "la prise en compte de l'urgence écologique".

"Jean-Yves Le Drian en serait le parrain, la figure tutélaire, plus qu'un dirigeant", complète un des initiateurs du projet.

"Il veut diffuser le modèle Macron-compatible mais pas Macron-servile, et en faire un pilier de la reconstruction de la gauche", ajoute la même source qui dit ne pas "partager la sensibilité pour le moins floue, labile de LREM" mais ne veut pas s'inscrire dans une opposition systématique à M. Macron, sous peine de voir diluée la "culture de gouvernement" des socialistes.

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