Le FN tente de renouveler « Marine » plutôt que son programme
Le Front national table pour la présidentielle 2017 sur le renouvellement de l'image de sa candidate, Marine Le Pen, plutôt que...

Le FN tente de renouveler « Marine » plutôt que son programme

Le Front national table pour la présidentielle 2017 sur le renouvellement de l'image de sa candidate, Marine Le Pen, plutôt que...
Public Sénat

Par Guillaume DAUDIN

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Le Front national table pour la présidentielle 2017 sur le renouvellement de l'image de sa candidate, Marine Le Pen, plutôt que sur un programme à peine amendé et auquel le FN croit que les Français ont déjà adhéré.

En 2012, déjà, la candidate s'était certes prêtée à une séance photos dans Paris Match dans laquelle son vice-président et compagnon, Louis Aliot, lui caressait le menton.

Dans les travées de ses "Assises présidentielles" samedi et dimanche à Lyon circulait cette fois un tract de quatre pages entièrement consacré à Marine Le Pen, "présidente", "avocate", "élue", "battante"...

Le document, que le FN compte diffuser largement, reprend les codes de la presse "people". Marine Le Pen y vante son "regard particulier" de femme et sa "sensibilité féminine".

La stratégie est maintenant ouvertement assumée: grâce à son année de "retrait médiatique" en 2016, Marine Le Pen serait désormais "une femme libre", du Front national et de son programme... et entre les lignes, de son père, exclu à l'été 2015.

Cette ligne de communication s'est accentuée depuis 2012: tweets où elle embrasse M. Aliot, où elle pose avec ses soeurs Yann et Marie-Caroline (sur scène en conclusion du meeting de Mme Le Pen dimanche), blog personnel sur lequel figurent des photos privées, émission "Ambition intime" sur M6...

Le clou de cette mise en scène a été dimanche, en ouverture de sa réunion publique d'une heure, la diffusion d'un clip de campagne hagiographique où la candidate se présente "Au nom du peuple". L'esthétique de ce document --dans lequel elle apparaît le plus souvent seule ou avec ses équipes pendant deux minute et trente secondes-- contraste nettement avec l'austérité graphique de 2012 qui illustrait une campagne alors focalisée sur son programme politique et ses mesures.

"Il faut tuer ce qui s'est passé aux régionales" fin 2015, explique un rallié récent, faisant référence à la mobilisation du second tour de la gauche en Hauts-de-France et Paca afin de battre Marine Le Pen et sa nièce Marion Maréchal-Le Pen.

Pour "briser le rassemblement de second tour" anti-FN, "il faut que sa victoire n'apparaisse pas comme un traumatisme", poursuit cette source.

Marine Le Pen, elle-même, s'en est rendue compte. Lors de ces régionales, elle avait comparé l'immigration aux "invasions" barbares "du IVe siècle" ou publié une série de tweets avec des photos de victimes de l'organisation État islamique, suscitant l'ouverture d'une enquête préliminaire pour "diffusion d'images violentes".

Depuis, elle essaie d'apparaître moins clivante, laissant ses lieutenants porter le fer.

L'eurodéputée, dixit un soutien, "peut rassembler sur un label +Marine+", omniprésent dans les documents de campagne, alors que "Front national" et le nom "Le Pen" sont largement effacés. "+Marine+ a cassé l'armure", s'émerveille un proche.

Elle n'a pourtant pas pu s'empêcher à Lyon d'adopter un discours dur, ce qui lui a valu d'être ovationnée dimanche lorsqu'elle a dit à propos de l'immigration : "quand on aspire à s’installer dans un pays, on ne commence pas par violer ses lois. On ne commence pas par réclamer des droits."

- Le FN, "pas une secte -

Perdure ainsi la tension frontiste entre radicalisation et normalité. Début décembre, Marine Le Pen avait suscité un tollé en prônant la fin de l'éducation gratuite des enfants étrangers. Cette déclaration approximative qui avait été re-précisée ne figure pas dans ses "144 engagements présidentiels".

Après deux ans de communication sur le "travail de fond" programmatique, les 144 "engagements présidentiels" sont pourtant imprécis pour certains, et leur chiffrage peu détaillé.

"La bataille des idées est gagnée, il faut gagner la bataille de la confiance, de la crédibilité", préconisait un dirigeant du parti à l'AFP. On explique désormais vouloir "garder des cartouches" jusqu'au premier tour.

Le programme, d'ailleurs, est passé au second plan. "Il faut montrer que ce mouvement n'est pas un truc de dingue, une secte. On doit montrer une vision: nous on ne mégote pas sur la virgule du point de TVA... Certes, c'est un autre chemin...", reconnaît un autre proche.

Il souligne l'espoir de Marine Le Pen, contemptrice des "comptables", de parvenir à transformer la présidentielle en référendum pour arbitrer entre sa candidature "patriote" et les candidatures "mondialistes".

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