Un stylo, un formulaire, une dose de tchatche: dans un arrondissement des quartiers Nord de Marseille administré par le FN, des jeunes ont...
Le FN, Trump, et après? Dans une cité marseillaise, on bat le rappel pour 2017
Un stylo, un formulaire, une dose de tchatche: dans un arrondissement des quartiers Nord de Marseille administré par le FN, des jeunes ont...
Par Francois BECKER
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Un stylo, un formulaire, une dose de tchatche: dans un arrondissement des quartiers Nord de Marseille administré par le FN, des jeunes ont décidé de se "prendre en main" et battent le rappel pour l'inscription sur les listes électorales.
"Si on ne se réveille pas maintenant, ce sera trop tard": Mohamed-Abdallah Mohamed, 19 ans, large sourire et survêtement de l'OM, est l'une des chevilles ouvrières de ce "collectif jeune", qui a pour QG le centre social de la cité de la Busserine (14e), l'une des plus deshéritées de la ville.
"On se sentait inutile", explique ce lycéen de terminale logistique. La victoire du candidat FN Stéphane Ravier aux municipales de 2014 puis l'élection de Donald Trump leur ont donné "l'envie de s'impliquer". Une rencontre avec les organisateurs du "challenge citoyen", concours de la cité qui fera le plus reculer l'abstention à la présidentielle, les a convaincus de se lancer dans le porte à porte.
En trois journées, ils estiment avoir rendu visite à plus de 200 foyers. Et ont persuadé, mi-décembre, 20 citoyens de 18 à 63 ans de demander leur carte d'électeur. Moisson modeste, mais pas négligeable, pensent-ils, dans un quartier où s'inscrire n'est pas forcément un réflexe. L'abstention (70% au 1er tour des régionales de 2015, 27% au 1er tour de la présidentielle de 2012) y est très élevée.
Des membres du "collectif jeune" dans la cité de Busserine, à Marseille, le 15 décembre 2016
AFP
Dans le groupe d'une quarantaine de jeunes filles et garçons, certains sont étudiants, d'autres en difficulté scolaire. Tous ont en commun d'avoir grandi dans des quartiers où la pauvreté et le manque d'équipements publics, de transports, de commerces, sont criants.
"Ici, voter, ça reste quelque chose de bizarre. Les jeunes pensent que ça ne sert à rien", raconte Bouma, 18 ans, lycéen en maintenance des équipements industriels.
- "Je veux que ça change" -
Dans un secteur marqué par l'affaire Sylvie Andrieux, ex-députée PS condamnée pour avoir mis en place un système clientéliste d'échange de subventions contre des voix, ils regardent la politique d'un oeil désenchanté. "Ne pas voter, ce serait bête. Mais au fond de moi, je sais qu'ils sont tous mauvais", affirme Dhoul, 18 ans. "Je m'en fous des présidents, ce que je veux, c'est que ça change dans mon quartier", développe cet élève de BTS.
Sadi Madi (g), président du "collectif jeune", parle à un habitant de la cité de Busserine, à Marseille, le 15 décembre 2016
AFP
En frappant aux portes des tours de la cité, en parcourant ses rues poussiéreuses et en longeant ses murs décatis, les jeunes du "challenge citoyen" se heurtent à la défiance d'habitants qui se disent "jamais entendus".
Pour convaincre, "il faut être un peu blagueur, on s'adapte à la personne qui ouvre la porte, on va essayer d'aller au débat avec elle", explique Mohamed. La cote sondagière de Marine Le Pen leur donne du grain à moudre, dans un quartier où loge une importante population d'origine étrangère. L'élection du maire de secteur FN Stéphane Ravier, qui s'en est pris au centre culturel du quartier, "a fait l'effet d'un électrochoc. C'est un argument qu'on peut utiliser face à ceux qui disent qu'ils s'en foutent, que c'est toujours pareil".
"Quand ça craint, les gens vont voter", acquiesce sur le pas de sa porte Bahria El Habib, un chauffeur-livreur. "Si c'était pas ma mère qui me disait d'aller voter, franchement...", avoue quelques étages plus bas Kamel Bel Arbi, un ouvrier de 34 ans. Avant de citer ce qui l'angoisse, lui aussi: une victoire de Marine Le Pen "après Trump et Ravier".
Parmi les jeunes du collectif, la plupart ne sont que fraîchement convertis aux vertus civiques. "Personnellement, j'ai 20 ans et j'ai jamais voté", admet Delphine, étudiante en droit. Ses parents "ont arrêté" il y a déjà longtemps de voter et elle-même aurait pu "rester jusqu'à mourir" sans aller aux urnes.
Après le 31 décembre, les jeunes du Challenge citoyen ne raccrocheront pas les gants. Ils ont bricolé un isoloir improvisé, qu'ils comptent installer devant l'hypermarché ou aux sorties d'écoles, pour inciter à aller voter et tenter de décrocher le prix de la participation la plus élevée. Verdict le 23 avril, au soir du premier tour.
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