Le français peu utilisé dans les institutions européennes : « le départ des Anglais n’a rien changé »
En théorie le départ des Anglais de l’Union aurait dû mécaniquement renforcer la place de la langue française dans les institutions, aujourd’hui l’anglais n’est plus la langue officielle que de l’Irlande et de Malte, ce qui représente 1,2 % de la population en Europe. En pratique, la langue de Shakespeare est devenue, et va rester la langue de travail de l’Union européenne, ce que regrettent Nadine Morano, ou les eurodéputés Pierrette Herzberger Fofana, et Ivo Hristov invités de l’émission Ici l’Europe.

Le français peu utilisé dans les institutions européennes : « le départ des Anglais n’a rien changé »

En théorie le départ des Anglais de l’Union aurait dû mécaniquement renforcer la place de la langue française dans les institutions, aujourd’hui l’anglais n’est plus la langue officielle que de l’Irlande et de Malte, ce qui représente 1,2 % de la population en Europe. En pratique, la langue de Shakespeare est devenue, et va rester la langue de travail de l’Union européenne, ce que regrettent Nadine Morano, ou les eurodéputés Pierrette Herzberger Fofana, et Ivo Hristov invités de l’émission Ici l’Europe.
Public Sénat

Par Marie Brémeau et Pierre Bonte-Joseph

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4 min

Publié le

Officiellement, l’anglais, l’allemand et le français ont le statut de langue officielle au sein de l’Union européenne. Mais le constat est quasi unanime, pour dire que l’anglais l’emporte sur toutes les autres, au grand dam des amoureux de la langue française. C’est le cas de Pierrette Herzberger Fofana eurodéputée verte allemande née à Dakar formée en France qui a enseigné le français outre-Rhin : « Je crains que le français ne joue pas le rôle qu’on aimerait, tout comme l’allemand. La langue de travail ici c’est l’anglais. Dans toutes les commissions, tous les textes sont en anglais et évidemment on s’habitue et le départ des Britanniques n’a rien changé. »

« Le départ des Britanniques n’a rien changé »

Pas d’effet Brexit donc à Bruxelles. Ce que regrette fermement Nadine Morano, eurodéputée PPE et militante active de la défense du français. Elle porte un regard sévère sur les institutions qui ne jouent pas le jeu selon elle. « A la base 40 % des documents de la Commission européenne étaient rédigés en français en 1997, il n’y en a plus que 5 % en 2014. Au fur et à mesure il y a eu un glissement vers l’anglais parce que les parlementaires laissent faire, parce que les autorités laissent faire. SI vous allez sur le site de la Commission, tout est en anglais. »

« Regardez aujourd’hui il y a un sujet qui occupe tous nos compatriotes, qui concerne les informations sur les vaccins. L’Agence européenne du médicament n’est accessible qu’en anglais. C’est inacceptable et à un moment il faut taper du poing sur la table. »

Nadine Morano souhaite le respect strict des règles qui garantissent le multilinguisme au sein de l’union. Elle est aussi favorable à l’instauration de quotas.

« Il faut taper du poing sur la table »

« Regardez aujourd’hui il y a un sujet qui occupe tous nos compatriotes, qui concerne les informations sur les vaccins. L’Agence européenne du médicament n’est accessible qu’en anglais. C’est inacceptable et à un moment il faut taper du poing sur la table. C’est pour ça que je me suis levée une fois de commission et je n’ai pas accepté qu’on bafoue les règlements. Il y a des textes qui régissent l’utilisation des langues au sein des institutions. Il suffit de respecter les bases juridiques. On a un article 167 du règlement intérieur du Parlement européen qui dispose que tous les documents du Parlement sont rédigés dans les langues officielles. »

Le français, une façon de penser

Pas si simple d’imposer le retour d’une langue, qu’on a en quelque sorte abandonnée. Pour Ivo Hristov, député européen bulgare et amoureux de la langue française, ce ne sont pas des mesures administratives qui vont changer la donne, mais le rayonnement culturel couplé au déploiement des structures d’enseignement.

« La langue française, […] c’est une sensibilité qui manque terriblement dans les institutions européennes qui sont devenues trop rectangulaires, trop rigides, trop sommaires dans leur façon de s’exprimer ».

Et ce francophile d’émettre un doux rêve. « J’aimerais voir les gens s’intéresser à la langue française. Car c’est une façon de penser, c’est une culture, c’est une sensibilité qui manque terriblement ici même dans les institutions qui sont devenues trop rectangulaires, trop rigides, trop sommaires dans leur façon de s’exprimer. Et d’ailleurs le langage de Bruxelles est une des raisons qui explique ce fossé entre les citoyens et l’idée européenne. Le français peut le combler. »

 

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