Le gouvernement peut-il en même temps lutter contre la pollution et aider la filière diesel ?
Alors que la justice reconnaît une « faute » de l’Etat pour ne pas avoir assez lutté contre la pollution de l’air, le gouvernement lance une étude sur les derniers moteurs diesel. Si les résultats sont bons, ils pourront avoir la vignette Crit’Air 1, gage de faible pollution. Alors que les ventes de diesel baissent, l’emploi est menacé dans plusieurs territoires. La transition est nécessaire.

Le gouvernement peut-il en même temps lutter contre la pollution et aider la filière diesel ?

Alors que la justice reconnaît une « faute » de l’Etat pour ne pas avoir assez lutté contre la pollution de l’air, le gouvernement lance une étude sur les derniers moteurs diesel. Si les résultats sont bons, ils pourront avoir la vignette Crit’Air 1, gage de faible pollution. Alors que les ventes de diesel baissent, l’emploi est menacé dans plusieurs territoires. La transition est nécessaire.
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Parfois, les informations se télescopent. Des salariés d’une usine dans l’Aveyron menacés, un pic de pollution à Paris, la circulation différenciée et l’Etat condamné pour faute. Le fil conducteur de ces actualités du jour : la pollution.

Pic de pollution. Alors que l’Ile-de-France connaît un épisode de pollution à l’ozone, le gouvernement a annoncé de matin que la circulation différenciée serait mise en place « automatiquement » si le seuil d'information sur un polluant est dépassé pendant deux jours au moins, ou dès que le seuil d'alerte est atteint. Pour les véhicules les plus polluants, l’interdiction sera étendue à ceux munis d’une vignette Crit’Air 3. Les moins polluants, Crit’Air 1 et 2, soit les véhicules les plus récents, pourront encore circuler.

Tribunal. En début d’après-midi, c’est une décision de justice qui tombe : le tribunal administratif de Montreuil reconnaît que « l'Etat a commis une faute du fait de l'insuffisance des mesures prises en matière de qualité de l'air pour remédier au dépassement, entre 2012 et 2016, dans la région Ile-de-France des valeurs limites » de certains polluants. Décision prise suite au recours d’une mère et sa fille qui vivaient près du périphérique parisien et souffrant de problèmes respiratoires.

Salariés de l’usine Bosh de Rodez reçus à Bercy

Emploi. Quelques heures plus tôt, réunion au ministère de l’Economie, à Bercy. Autour de la table, la secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher, le directeur de l’usine Bosch d’Onet-le-Château, près de Rodez (Aveyron), les représentants syndicaux de l’usine et les élus locaux. Des emplois sont menacés.

Bosh est installé depuis 50 ans sur place. C’est aujourd’hui la plus grosse entreprise du département. Elle ne fabrique qu’un seul produit : des injecteurs pour les moteurs diesel. On compte à peu près 1500 salariés. Depuis le dieselgate, et dans un contexte où les pouvoirs publics veulent lutter contre cette motorisation en raison des rejets polluants, les ventes de diesel fondent. Derrière, l’emploi trinque. « Nous regardons avec les salariés de Bosh, les élus et la ministre les solutions » explique après la réunion le sénateur Les Indépendants (centre droit) de l’Aveyron, Alain Marc.

Conclusions de l’étude sur le diesel attendues en fin d’année

Lutter contre la pollution de l’air et sauver la filière du diesel en France : le gouvernement peut-il réussir cet « en même temps » qui semble inconciliable ? Pour le sénateur, la question ne se pose pas en ces termes. « Les dernières générations de diesel ne polluent pas plus, si ce n’est moins que l’essence, en termes de rejet de carbone notamment » souligne l’élu, « il ne s’agit pas de dire que le diesel pollue. Encore faut-il le prouver ». Les moteurs diesel dernière génération ont actuellement la vignette Crit’Air 2. Les défenseurs du diesel aimeraient les voir en Crit’Air 1. De quoi relancer les ventes, explique Alain Marc :

« C’est comme un vin prestigieux. Vous avez plus de chance de vendre des véhicules pour lesquels on sait qu’il y a le moins de dégâts environnementaux ».

Le gouvernement a fait un pas et accepte de lancer une nouvelle « étude très précise sur les nouvelles motorisations », comme l’a confirmé Agnès Pannier-Runacher ce mardi matin sur Public Sénat (voir vidéo ci-dessous). L’étude était déjà évoquée en février dernier. Elle l’a annoncé aux représentants de l’usine Bosh, ce matin. Si les résultats sont bons, la vignette Crit’Air 1 pourrait être attribuée. « Nous avons décidé de lancer début juillet une nouvelle étude sur les émissions de véhicules thermiques, qu’ils soient diesel ou essence, (…) dans les conditions de circulation réelle et sur des véhicules qui ont beaucoup roulé » a précisé lors des questions d’actualité le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Les conclusions de l’étude seront « rendues en fin d’année, en novembre ou décembre » selon Alain Marc.

Agnès Pannier-Runacher annonce une étude pour étendre la vignette Crit’Air 1 aux véhicules diesel
02:51

La défense de la filière ne mobilise pas que le sénateur de l’Aveyron. « Dans mon département de la Vienne, il y a des fonderies très importantes, de Renault notamment, qui emploient plusieurs centaines de personnes. Or Renault a cessé de commander les éléments pour les moteurs diesel » souligne le sénateur Les Indépendants Alain Fouché. Il ajoute : « En France, la suppression totale du diesel, comme le souhaitait le gouvernement, c’est la disparition de 15.000 emplois, selon l’institut de la métallurgie ». Selon lui, donner la vignette Crit’Air 1 au diesel serait « une mesure intelligente et forte pour l’emploi ». Regardez (images Quentin Calmet) :

Alain Fouché, sénateur Les Indépendants : « En France, la suppression totale du diesel, c’est la disparition de 15.000 emplois »
02:17

« La question n’est pas encore 5 minutes Monsieur le bourreau »

Une vision que ne partage pas et dénonce le sénateur écologise Ronan Dantec. « La question n’est pas encore 5 minutes Monsieur le bourreau » lance le sénateur de Loire-Atlantique, selon qui il faut tourner la page de cette motorisation. « Le diesel a deux problèmes : les particules fines et l’oxyde d’azote. Et sur l’oxyde d’azote, les constructeurs n’y arrivent pas, sauf à des coûts de développement de moteurs économiquement pas rentables. Tout le discours sur le diesel moins polluant reste technologiquement faux » pointe du doigt Ronan Dantec.

« Peut-être que le gouvernement a besoin d’une étude définitive pour régler la question » veut croire Ronan Dantec. Mais pour le sénateur écologiste, il n’y a qu’une solution, celle « de la mutation du parc diesel vers les moteurs électriques. Elle me semble inévitable. Il faut accompagner la transition, d’autant qu’il y a une politique industrielle européenne sur les batteries. Il faut la localiser là où l’industrie est liée au diesel ».

Quand la ministre Buzyn voulait voir le diesel « disparaître de nos axes routiers »

Alain Marc défend aussi la transition. Mais il n’a pas les mêmes réponses. « Si demain on se met à l’électrique, on divise par quatre les effectifs » met en garde le sénateur de l’Aveyron. Il croit plus en « l’hydrogène, où on est à la remorque technologiquement ». A Bercy, ce matin, la ministre a mis la pression sur Bosh sur ce point, selon le sénateur : « Elle a dit que si la diversification annoncée avec 300 emplois venait à ne pas voir le jour, Bosh serait appelé à rembourser les aides d’Etat ».

Les regards sont maintenant tournés d’ici la fin de l’année sur les résultats de l’étude. Elle aidera peut-être tout le monde à se mettre d’accord… y compris au gouvernement. Interrogée par Public Sénat, en novembre 2018, la ministre de la Santé, Agnès Buzy, estimait que « le diesel (devait) clairement disparaître de nos axes routiers ».

Quand la ministre Buzyn voulait voir le diesel « disparaître de nos axes routiers » (11/2018)
00:19

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